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"IGUERBOUCHÈNE est le premier Algérien compositeur de musiques de film"
MOULOUD OUNNOUGHÈNE, AUTEUR DE "DIALOGUE DES CULTURES MUSICALES"
Publié dans Liberté le 23 - 08 - 2021

Dans cet entretien, Mouloud Ounnoughène, neurologue et auteur de nombreux ouvrages sur la musique, revient sur la vie du musicologue algérien Mohamed Iguerbouchène, décédé il y a 55 ans. Ce compositeur d'exception, reconnu dans le monde et considéré comme le père du métissage musical en Algérie, reste toujours ignoré dans son pays.
Liberté : Vous avez écrit un ouvrage intitulé Mohamed Iguerbouchène, une œuvre intemporelle. Comment a éclos l'idée d'écrire un livre sur ce compositeur ?
Mouloud Ounnoughène : Dans les années 90, je donnais des cours de musique à l'atelier de solfège-piano de la maison de la culture de Tizi Ouzou. Un ami cinéaste de formation m'offre une partition d'Iguerbouchène, je me suis évidemment attelé à la déchiffrer sur mon clavier. Grand était mon étonnement, puisque cette Danse mauresque n°4 possédait tous les schèmes d'une mélodie d'inspiration kabyle mais supportée par une technicité, des nuances et une harmonie dignes des partitions de l'époque "classique" occidentale. Dès lors, cette perplexité s'est progressivement transformée en curiosité ; cet empressement de comprendre et de savoir davantage allait grandissant, car plus j'avançais, plus je découvrais différentes facettes de son art. Iguerbouchène passait de la sonate à la rhapsodie, de la mélodie à la symphonie, il écrivait des contes, donnait des conférences, produisait et animait des émissions sur les musiques du monde, il donnait aussi des conférences à radio PTT d'Alger, il en a présenté au début des années 40, des épisodes sur la musique arabe comparée, etc. Voyez-vous, tous ces éléments ont suscité davantage d'engouement pour finaliser ce projet littéraire. Je me suis déplacé en Autriche à la recherche de ses traces, me suis rendu à Paris où j'ai noté des témoignages, j'ai eu des informations de Londres, lieu de son passage pour sa formation musicale. Son nom a souvent été "charcuté", igwer bouchen, igar bouchen. Ceci a entravé un peu mes recherches. En Algérie, très peu le connaissent dans sa globalité, c'est par bribes et recollement que j'ai taillé les informations. Il y a certaines personnes qui ont des documents et qui font dans la rétention de sources, cela n'a fait que me motiver davantage pour poursuivre et éditer mon livre qui porte le titre Mohammed Iguerbouchène, une œuvre intemporelle.
Iguerbouchène avait donc un riche itinéraire ?
Le talent d'Iguerbouchène est magnifié par des catalyseurs qu'il a su naturellement saisir, et ce, à travers notamment son long et inépuisable parcours initiatique qu'il le conduit depuis son Djurdjura natal aux prestigieuses écoles de musique européenne de son époque, de Londres à Vienne, de Milan à Paris.
De chacune de ces villes, il capitalisera et rapportera son lot d'érudition. Il en est sorti nanti d'un savoir musical exceptionnel, une moisson de notes enchanteresses.
Le voilà ainsi outillé dans la magnifique entreprise de composition. Iguerbouchène n'a pas usurpé la nouba de Zyriab, il n'a pas non plus abusé du folklore pour se faire valoir ; Mohamed crée, innove et déconstruit son univers musical. Il est doué d'une plasticité de "syntaxe" musicale.
Il produit par ailleurs des quatuors inhabituels pour l'époque, ils ont été distribués pour l'oud, la flûte, le qanoun et la derbouka.
Quel est son style musical ?
Iguerbouchène opère dans un style musical qui n'est pas habituellement écouté chez nous au quotidien, il a utilisé différentes formes d'expression, à savoir la rhapsodie, la symphonie, la sonate... Il a aussi écrit des quatuors pour oud, derbouka, nay et qanoun.
De même, il a collaboré avec de nombreux chanteurs comme Chikh Noureddine, Farid Ali, Ahcène Mezzani, Sid-Ahmed Agoumi, Karim Tahar, Saïd Ferhat, etc.
Il a composé par ailleurs une cinquantaine de musiques pour Salim Hellali. Ces chansons existent bel et bien sans que l'opinion publique sache qui est l'auteur de ces mélodies : rôle qui incombe aux programmateurs et animateurs radio.
Iguerbouchène a aussi composé des musiques de film ?
Mohamed Iguerbouchène est doué dans le domaine de la composition de musiques de film. Il est pourvu de cette faculté de création musicale instantanée, quand on lui déroule une pellicule, il en saisit rapidement le rythme des séquences, l'architecture motrice du film mais surtout le message émotionnel. Premier compositeur algérien de musiques de film, il cosigne avec Vincent Scotto la bande-son du film Pépé le Moko avec Jean Gabin. Iguerbouchène grave ses partitions dans les studios américains de la Walter Ranger/United Artists, notamment pour le compte du film Algiers.
C'est la sulfureuse Hedy Lamarr et le talentueux Charles Boyer qui tiennent la tête d'affiche. Iguerbouchène illustre musicalement le charmant Bim, le petit âne dont le commentaire est écrit et dit par Jacques Prévert.
Il collabore aussi avec Tahar Hennache dans le film documentaire Ghatassine essahra. Il a également travaillé avec Georgette le Tourneur de Marçay dans Vision saharienne.
Je n'omets pas d'évoquer sa signature musicale du film Minaret dans le soleil dont le thème s'articule autour de la ville de Tlemcen. Ce film a obtenu un prix au festival de Venise de 1949. La liste est assez longue....
Un dernier mot ?
La question motrice pour l'écriture de mon livre a été comme suit : comment un génie comme cet érudit de la musique est méconnu dans son propre pays, alors que des hommages et des colloques fusent pour certains "artistes" dont la production ou la qualité lyrique de leur œuvre est infiniment dérisoire par rapport à celle de Mohamed Iguerbouchène ?
Mon grand souhait est de l'intégrer dans l'enseignement musical au sein de nos établissements scolaires, car son catalogue éclectique est un cas unique d'école. Les partitions d'Iguerbouchène existent, il suffit à mon sens qu'une "décision" soit prise, en partenariat avec l'orchestre symphonique, pour mettre en bande sonore ses œuvres, ainsi elles seront accessibles au large public.

Entretien réalisé par : K. Tighilt


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