C'est curieusement dans les premières années ayant précédé l'indépendance que l'Algérie a connu ses meilleurs rendements dans le secteur du tourisme. Le vaste programme de construction des structures d'accueil sur le littoral comme dans l'intérieur du pays en est le meilleur témoignage. La masse des touristes reçus était pourtant, en très grand majorité, composée de Français. À côté de cela, la quasi-totalité du personnel enseignant, dans tous les paliers scolaires et universitaires, était aussi des Français. On s'explique alors mal comment en ces temps où les blessures issues d'une guerre meurtrière étaient encore vives et pas refermées aucun sentiment, acte de vengeance ni tout autre dépassement n'a été commis contre les touristes. Bien plus encore, de très bonnes relations empreintes de beaucoup d'amitié étaient tissées entre Algériens nouvellement indépendants et leurs hôtes français. Cela est la preuve que l'Algérien des années 1960 était mûr, réfléchit et avait une haute opinion de la perception de la vie et des rapports qu'il développait avec son entourage. Bien plus que cela, il régnait au sein même de notre société une ambiance débordante de sérénité, de civilité, de sagesse et de bon sens de la vie. Bien évidemment que ces attentions reposaient sur l'héritage d'un soubassement civilisationnel, historique et naturel de la cité Algérie. Mais en ces temps-là, ces hautes qualités et valeurs humaines n'avaient pas encore été alors transformées ni altérées par l'infernal discours politique revanchard et producteur de haine, de rancœur, d'animosité et de refus de l'autre. Ces effets et transformations, inhabituels dans les comportements de notre société, allaient malheureusement s'installer peu à peu dans les esprits pour devenir de trompeurs arguments mobilisateurs. Tous les délits “légaux” se sont alors déclenchés à partir de là. Les conséquences de l'aventurisme nous ont conduits à la situation actuelle où même les étrangers ne sont plus en sécurité tandis que l'industrie du tourisme, jadis florissante, demeure une vaine projection économique très incertaine pour le présent et l'avenir car contrariée par tant de déroute et de conversion porteuses de graves troubles sociaux. A. A.