Le président de la République à l'occasion de la fête du 01 mai 2017 a tenu à souligner, je le cite : «face à la crise financière que l' Etat est déterminé à accompagner la promotion de l'investissement national, et en partenariat par son soutien multiforme et par l'amélioration de l'environnement économique. Et le défi exige du patronat local de se mobiliser, aujourd'hui plus que jamais, pour accroître l'investissement dans tous les secteurs et le déployer ainsi, à travers tout le territoire national par l'amelioration de e la productivité et compétitivité économique de sorte que les entreprises algériennes résistent localement à la concurrence extérieure et que la production parte à la conquête de marchés extérieurs». C'est dans ce cadre d'orientation qu'en ce mois de mai 2017, face aux tensions budgétaires, qualifiant ce programme d'ambitieux, la Banque mondiale (BM) se propose d'apporter son soutien à l'Algérie dans le cadre du partenariat stratégique qui relie l'Algérie et la Banque dans la mise en place de son nouveau modèle économique 2017/2030, pour qui avec les compétences disponibles au niveau du Gouvernement (algérien), ce programme pourra être mis en œuvre en dépit des défis existants Pour sa concrétisation, il s'agira impérativement d'approfondir les réformes structurelles et de lever toutes les contraintes au secteur privé national et international. Et e afin de favoriser l'efficacité économique pour une croissance durable au sein d'une économie ouverte tout en garantissant le principe de justice sociale. En d'autres termes, l'Etat entrepreneur et exploitant direct doit s'effacer peu à peu pour laisser place à un Etat exerçant la puissance publique et qui sera conforté dans ses missions naturelles d'arbitrage et de régulation. D'une manière générale, ce qui est stratégique aujourd'hui peut ne l'être demain. Car ce que l'on entend par secteur stratégique, et non stratégique doit être appréhendé, non en statique mais en dynamique du fait à la fois de l'évolution du monde et de la structure de l'économie algérienne. Ainsi la règle des 51/49% qui se fonde sur une vision essentiellement idéologique dépassée, où l'on peut démontrer que le partenaire étranger prend peut de risque, les surcoûts étant supportés par l'Algérie via toujours la rente, me semble inappropriée sans avoir défini ce qui est stratégique et ce qui ne l'est pas à partir de critères objectifs (voir A. Mebtoul dans Jeune Afrique contribution 2012). Le blocage de l'investissement en Algérie ne réside pas en des changements de lois ou d'élaboration de stratégies utopiques, vision bureaucratique, comme on ne combat la sphère informelle,(40% de la masse monétaire en circulation avec une concentration du capital argent au profit de quelques oligopoleurs tissant des liens avec certains segments du pouvoir de la sphère réelle, elle-même produit de la logique rentière et de la bureaucratie, par des mesures administratives autoritaires où il est plus facile d'importer que d'investir. 4.- Quelles sont les contraintes rencontrées sur le terrain pour dynamiser les privatisations? Je recense cinq contraintes institutionnelles en Algérie. Premièrement, les expériences réussies qui ont suscité l'adhésion populaire montrent la création d'une grande Agence des privatisations, ayant une mission transitoire, composés d'experts de hauts niveaux, relativement autonome sous la dépendance de la présidence ou du chef du gouvernement ou des parlements. Deuxièmement, il s'agit d'éclaircir concrètement les relations fonctionnelles qui ne sont pas clairement définies notamment entre les Ministères sectoriels dont celui de l'Industrie , les structures du Ministère des Finances (direction des domaines, de la fiscalité, des douanes- et des banques primaires), pour éviter les susceptibilités entre différents ministres- en termes de pouvoir économique- et les relations avec les autorités locales qui n'ont pas été associées à ce processus alors qu'ils entretiennent des relations directes avec l'environnement. Sans leur adhésion ce processus peut être avorté. Troisièmement, ne convient-il pas de mieux définir à l'avenir ce que l‘on entend par partenariat loin de tout slogan idéologique, l'objectif étant l'efficience économique base de la cohésion sociale future, avec l'autonomisation de la décision économique évitant les fameux slogans des chartes socialistes du passé secteur privé facteur complémentaire du secteur d'Etat ? Quatrièmement, l' expérience menée sur le terrain a montré des comptabilités défectueuses, existant un écart entre le réel et le bilan coté terrain, la majorité des unités évaluées n'ayant pas de comptabilité analytique afin de cerner les couts. Cinquièmement, les délais entre le moment de sélection de l'entreprise à privatiser, les évaluations, les avis d'appel d'offres, le transfert au Conseil des Participations de l'Etat sous la présidence du chef du premier ministre , puis au Conseil des ministres et la délivrance du titre final de propriété ne sont pas clairement datés ce qui risque de décourager tout repreneur. Car, en ce monde les capitaux mobiles vont s'investir là où les obstacles économiques et politiques sont mineurs, le temps étant de l'argent. Or seule une synchronisation clairement définie permettrait d'éviter les longs circuits bureaucratiques. Les répartitions de compétences devront être précisées pour savoir qui a le pouvoir : de demander l'engagement d'une opération de privatisation ; de préparer la transaction ; d'organiser la sélection de l'acquéreur ; d'autoriser la conclusion de l'opération ; de signer les accords pertinents et de mettre en œuvre les accords de privatisation et s'assurer de leur bonne exécution. Aussi, il faut être attentif à tant à la méthode que la technique de privatisation qui ne sont pas neutres mais traduisent des rapports de forces au niveau de la société, soit la volonté d'accélérer le processus soit d'opter pour le gradualisme. Le processus de privatisation comprend plusieurs phases contenues dans un programme subdivisé en plusieurs étapes dont certains constituent un passage douloureux mais déterminant pour l'entreprise. La méthode usuelle consiste à établir d'abord un diagnostic aussi complet que possible comprenant: la situation de l'outil de production, la qualité des produits, la position commerciale, l'analyse de la compétitive avec des normes internationales, le diagnostic financier, le diagnostic fiscal, l'étude de l' environnement local, national et international, l'évaluation du management et la qualification du personnel A l'issue dû diagnostic l'on peut élaborer un scénario de privatisation, accompagné de plusieurs alternatives tenant compte de la politique économique du gouvernement, des contraintes qui s'imposent tant au pays qu'a l'entreprise ainsi que des propositions de choix stratégiques à moyen et long terme. Ces propositions concernent en général: le plan budgétaire, le plan industriel, le plan financier, le plan commercial, le plan d'emploi, et la mise en œuvre du calendrier. C'est la demande c'est à dire le marché qui est l'élément déterminant (taux directeur du profit, existant un marché mondial de privatisation) et non l'offre. C'est donc le taux de profit sectoriel mondial qui est indicateur de référence et dans la plupart des pays qui ont engagé la privatisation, il y a eu décote d'environ 20 % par rapport à la valeur déterminée, (en comparaison à des projets neufs) pour attirer les investisseurs nationaux, internationaux. C'est d'ailleurs avec cette illusion bureaucratique des années 1970/1980 que certains récemment en Algérie croient que c'est l'Etat à décider par une politique volontariste de créer telle ou telle filière. L'économie algérienne est appelée à évoluer au sein d ‘une économie ouverte, étant liée à un Accord d'Association, voulant adhérer à l'OMC. Est-ce que ces filières que l'on installe aujourd'hui, opérationnelles seulement vers 2017/2022 seront pérennes lorsque le dégrèvement tarifaire sera zéro horizon 2020 ? 5.- Cependant, il faut s'attaquer à l'essentiel qui est une gouvernance mitigée, liée à une profonde moralisation de ceux qui gèrent la Cité. Sans vision stratégique, comment adapter l'Algérie à la mondialisation par plus d'espaces de libertés, en levant les contraintes d'environnement afin de permettre l'épanouissement de l'entreprise créatrice de richesses, en combattant non par des textes mais réellement cette corruption socialisée qui menace les fondements de l'Etat algérien, poussant la majorité à se tourner vers les valeurs spéculatives, il ne faut pas attendre à une véritable relance économique. Il y a lieu de souligner que la base de la réussite des réformes doit reposer sur une transparence totale et une large adhésion sociale. Dans les pays développés le niveau élevé d'éducation favorise la transmission de l'information étant dans une économie de marché structurée. En cas de non vision stratégique axée sur la concurrence, le processus de libéralisation qui doit être maitrisée grâce à l'Etat régulateur, s'avérera un échec patent avec le risque de passage d'un nouveau monopole privé spéculateur, favorisé par le Monopole source d'inefficience. Comme nous l'avons montré dans plusieurs contributions nationales et internationales récentes en posant la problématique du futur rôle de l'Etat dans ses relations avec le marché, il s'agit de faire naître le marché dans un contexte de non marché à travers cette mutation systémique bouleversant la cohérence des anciens réseaux, pour créer une dynamique nouvelle à travers de nouveaux réseaux acquis aux réformes( de nouvelles forces sociales) dans le cadre d'une nouvelle cohérence synchronisée avec les mutations de l'économie mondiale. Cette dynamique sociale est seule à même d'éviter ce manque ce cohérence et de visibilité dans la politique socio-économique dont les changements perpétuels de cadres juridiques (fonction des rapports de force au niveau du pouvoir) en est l'illustration où plusieurs centres de décisions politiques, atomisant les décisions et rendant volontairement opaques les décisions, traduit le non consensus. Aussi insérer le secteur privé sans distinction avec un secteur d'Etat comme le stipule la nouvelle Constitution suppose une volonté politique de libéralisation conciliant l'efficacité économique et une profonde justice sociale ce qui ne signifie pas la fin des entreprises publiques ayant de brillants managers qui doivent évoluer dans un cadre concurrentiel supposant l'application de leur autonomie relative en ce monde turbulent et incertain devant prendre des décisions de management stratégique au temps, réel. Or le retour à la gestion administrée ne peut que bloquer les énergies créatrices. La réussite de la dynamisation du secteur privé national et international condition de al réussite du modèle de développement économique est intiment liée à l'approfondissement de la réforme globale dont la réussite est conditionnée par une plus grande visibilité dans la politique socio-économique, un Etat de Droit, et la démocratisation des décisions économiques renvoyant à la transparence la plus totale. L'on doit éviter ce slogan creux de bradage du patrimoine public par les tenants de la rente et donc de diaboliser tant le secteur privé national qu'international qui créent de la richesse. (Suite et fin) Dr Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités, expert international