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L'Espaco décliné sur les sept couleurs de l'Arc en Ciel
Publié dans La Nouvelle République le 24 - 12 - 2018

Karim Sergoua semble être né plasticien, amazigh, agité dans la pure essence extirpée des vastes vallons de Boghni et de Mechtras. Il est fort probable si l'on se réfère à ses cheveux de feu qu'il soit issu de cette vaillante contrée berbère qui a encore bien des histoires méditerranéennes et africaines à raconter.
Natif du 21 mars 1960, Karim est né Bélier, fonceur et opiniâtre, fondamentalement entêté, il commence très tôt le dessin. Bien-sûr il est scout pour toujours, fait du théâtre amateur, tutoie un peu la musique. Mais au fond, il décide d'adopter une carrière artistique. Intègre l'école des beaux-arts et devient plus sérieux. Haut la main, il est ensuite diplômé en communication visuelle dès l'année 1985, et ensuite obtiendra un DESA, de l'Ecole supérieure des Beaux-Arts d'Alger, naturellement en option peinture en session de 1989.
Karim Sergoua, plasticien curieux de tout ne se lasse jamais d'investir toutes les pistes artistiques possibles. Pour cette fois, il s'invite à la galerie Espaco pour un séjour virevoltant et coloré. Soucieux de la transmission et du partage, il est de fait assistant à l'Ecole supérieure des Beaux-arts d'Alger, cela depuis 1989 et ensuite assistant a l'Ecole régionale des beaux arts de Tipasa depuis l'année 2009 pour rallier ensuite dans un juste retour des choses la «maison mère» ESBA.
Dans un parcours bigarré et riche en perspectives, ce plasticien protéiforme, adepte des tournures d'art total, a de fait, participé à de nombreuses actions collectives expérimentales, entre Body Art, performances, installations, sculpture et art graphique. On constatera sa présence en compagnie d'un panel de jeunes artistes aujourd'hui très connus sous l'égide de l'insigne Denis Martinez dans une des premières action du genre, intitulée «Dernières paroles d'un mur» à Blida en 1986 et les camions peints de Picasso en hommage à Pablo Picasso dans une action d'envergure menée en 1988.
L'une de ses dernières expositions à la défunte Galerie Gaïa en 2010 a laissé des couleurs dans les têtes, il en est passé de l'eau sous les ponts depuis. Le parcours versatile de l'artiste se poursuit inlassablement sur des actions painting, vidéo-art, il crée et participe à des collectifs de peinture comme P'Art-ci P'Art-là, et Essebaghine, laisse sa trace sur des Biennales artistiques, encourage les jeunes talents une peu partout entre ici et ailleurs, organise de nombreux Workshops qui révèlent leur part de richesse créative, et réalise de nombreuses œuvres qu'il expose individuellement, tout simplement un peu partout dans le monde libre.
Comme nous le remarquons, son parcours sinue allègrement entre les virgules du texte, il n'ya pas de point final qui mure son cheminement. Karim Sergoua expose en France, Italie, Koweït, Espagne, Portugal, Macédoine, Croatie Grèce, Maroc, Tunisie… Avec un égal talent pour toutes les formes artistiques qu'il adopte. Si l'on pouvait dire qu'une exposition d'art était personnelle, celle-ci dans ses sept remparts contre la stupidité en est certainement la forme la plus aboutie. Sur de la peinture, des sortes de patchworks multicolores, cousus comme des tipis d'Indiens, ouverts comme des bras accueillants, portant en soi des caractères d'un ésotérisme dont seul le plasticien possède la grammaire.
Mais où l'on devine le caractère totémique, la mère est ici évoquée, la sœur de la mère, l'autre sœur de la mère, la fratrie est honorée par ce qu'elle a apporté à ce jeune talent qui reste encore curieux de la notion de couple, la décline dans le fer forgé et les couleurs telluriques, un homme, une femme, accolés tout deux, côte à côte, dans une posture qui nous fait face, malgré le dos…au mur. Sur d'autres pistes, il plante des chaussures, encore la marche pour destituer la dictature du goût et, au passage, rendre hommage aux «marcheurs» de la démocratie.
Il est vrai qu'entre octobre 88 et nos jours… Bien des gens ont marché ! La série s'impose dans certaines de ses œuvres, la répétition comme pour insister, raconter, dire encore, tout répéter… Et puis, les diptyques, les œuvres qui se parlent, des tableaux qui se répondent dans un très riche passage de «paroles esthétiques», de compositions énervées, de fantomatiques silhouettes rouge sang, dont certaines menacent et d'autres rassurent, des chiens étranges, tenant plus des chacals, d'autres poissons, nous installant dans la mare nostrum.
Karim Sergoua, «7Houmate»…sept couleurs pour sept choix esthétiques
Cet homme est hors du temps, un seul nom, un seul prénom, et la magie d'un art qui accompagne indéfiniment ce derviche coloriste habité par je ne sais quelle énergie magique. Il adopte le chiffre sept pour tout ce qui le charge de messagerie intemporelle, sept remparts, sept dormants, sept merveilles du monde, sept cieux…et sept techniques diverses, entre travail de céramique, raphia, cordes et cordages divers, tesselles colorées, fétiches accrochés, peintures sur toile et sur bois, compositions installées, fétiches «accroche-rêve» pour l'évocation ancestrale, «marche» déclinée en multiples sculptures miniatures qui donnent le ton de son poil à gratter très politisé, tout cela pour un artiste qui, au-delà du temps, maintient intact son amour pour les ancêtres et le présent, dans une sorte d'aller-retour affectif jamais gratuit esthétiquement.
Il est un des artistes algériens les plus difficiles à déconstruire et à décortiquer stylistiquement. Pour de multiples raisons, mais pour aussi cette sorte de paganisme heureux, cet art brut de décoffrage qu'il pratique en réorganisant ses «croyances» diverses qui le feront sans complexe, respecter Dieu, tout en puisant des espoirs «hydriques» dans «l'Anzar». Karim Sergoua, sorte de Boughandja insolent, arrive les bras chargés de peintures, de céramiques, de papier, de toile ou de tissus pour nous réinventer le monde sur «7Houmate», soit on y voit sept parties d'un art devenu pour ce plasticien total une finalité.
Soit il nous suffit que cela ne reste qu'un hommage à quelques sept protecteurs échappés du monde étrange de ce flamboyant personnage à l'énergie fulgurante puisée dans les rites de zaouias, ou dans les petites alcôves noires de suie et cire fondante de bougie regardées dans l'Algérie profonde de nos aînés, de ces «Bouderbala» tolbas légendaires puissants jusque dans la sublimation des mythes, des rituels volés à notre histoire immémoriale, notre inconscient de la couleur et des sens.
Art total…art totems !
Entre art rural, villages secrets et vieilles pierres tombales sculptées et «témoins» du temps figé dans le rituel de la mort qui rejoint le rituel de la vie, son cœur inspiré balance pour aller aussi vite se délecter de ces trésors d'étalages décorés de multiples expressions qu'il trouve chez des vendeurs ambulants de cigarettes qui l'ont précédés par leurs couleurs, de cd, K7 et autres babioles multicolores entre real Madrid ou Barça pour des joutes parlantes et criantes de vérité. Le plasticien fait de ces choses-là un exercice fabuleux de transmission à travers la sublimation de l'apparence signifiée, triviale et pourtant fondamentale pour son art consommé de la dérision.
Les «Ichoomar» lui parlent, le bruit des cafés lui susurre ses vérités, les «houmistes» sont pour lui des abécédaires truculents, et les toits des maisons des repères inexpugnables si sensibles pourtant ! Karim Sergoua va décliner sa propre histoire dans «7Houmate», sept quartiers, sept «Blocks» vivants qui deviendront un réservoir artistique original, surprenant avec une nuit colorée consacrée au dessin, suivie des «noctambules» du croquis au sein de l'Espaco, avec des débats autour de la jeune création, les nocturnes de la poésie, avec ce questionnement ultime sur l'acte de peindre chez nous, ici, juste en bas des sept protecteurs, des sept quartiers de la création… Juste pour transfigurer l'élan de mort en élan de vie et de faire du passé, un passage heureux vers l'avenir !!!
Il est à l'Espaco, l'espace d'un instant, volé à son calendrier solaire.
Exposition «Seven houmate», de Karim Sergoua, peinture, céramique, installations, workshop, du 8 décembre 2018 au 8 janvier 2018, à l'Espaco, Résidence CMB, 196 Oued Terfa, El-Achour, entrée libre, renseignements au 0665 208 298.


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