La bataille d'Aït Yahia Moussa (Tizi-Ouzou), qui a eu lieu le 6 janvier 1959, demeure une des pages les plus glorieuses de la Guerre de libération nationale et rappelle la détermination d'un peuple à se libérer du joug colonial et à recouvrer sa liberté et sa souveraineté. Lors de cette bataille, 700 moudjahidine et 100 moussebeline ont réussi à infliger d'énormes pertes à 45.000 soldats français, appuyés par l'aviation et des tirs de napalm, selon les témoignages de moudjahidine et un document du Musée régional du moudjahid de Tizi-Ouzou. En début de l'année 1959, la localité d'Ait Yahia Moussa, située dans la Zone IV de la wilaya III historique, s'apprêtait à marquer l'histoire. L'ennemi, ayant eu vent d'une réunion des hauts dirigeants de l'Armée de libération nationale (ALN) devant se tenir au domicile de Krim Belkacem, au village de Thizra Aissa, notamment avec les colonels Amirouche Ait Hamouda (wilaya III historique) et M'hamed Bougara (wilaya IV), a mis au point une opération d'envergure. L'objectif était de capturer ou d'éliminer des membres du commandement de la Révolution. Pour ce faire, 45.000 soldats ont été mobilisés, en plus des troupes stationnées dans les postes avancés et des renforts provenant de localités voisines, selon le document du musée. Des moudjahidine qui avaient participé à cette bataille, dont Rabah Bendif de Tadmait (décédé), ont raconté que grâce à la vigilance des sentinelles de l'ALN, postées sur les crêtes, l'arrivée des troupes françaises a été immédiatement signalée. Face à l'ampleur de l'encerclement, une opération d'exfiltration de hauts responsables militaires de l'ALN et de documents sensibles vers la forêt de Boumahni a été décidée et menée avec succès, déjouant ainsi le plan initial de l'ennemi. Le combat s'est engagé au matin du 6 janvier et selon le témoignage de feu Rabah Bendif, l'affrontement a été d'une violence extrême. Pour contrer l'artillerie lourde et l'usage massif du napalm, les chefs militaires de l'ALN ont adopté une stratégie de contact direct: le combat au corps-à-corps. Dans un témoignage recueilli il y a quelques années, feu Chettabi Hocine, ancien chef de front, blessé lors de cette bataille, avait confié que son chef militaire, le lieutenant Mohand Oulhadj de Tafoughalt (zone IV), ayant constaté que les troupes françaises commençaient à reculer pour laisser place à l'artillerie et à l'aviation, avait donné l'ordre à sa compagnie d'engager un combat au corps-à-corps. Dans l'après-midi du même jour, un chef de bataillon français a été éliminé par les moudjahidine. Il s'agissait du capitaine parachutiste Graziani qui avait sur lui un poste émetteur pour communiquer avec les dirigeants de l'opération. Il a été neutralisé lors d'un corps-à-corps par le moudjahid Rekam El Hocine. La rupture de la transmission radio entre ce chef de bataillon et ses supérieurs a plongé l'état-major de l'ennemi dans la panique. Pensant que tout le bataillon a été neutralisé, les forces coloniales recourent aveuglément à l'utilisation du napalm et de l'artillerie, allant jusqu'à brûler leurs propres soldats dans la confusion totale, avaient témoigné Rabah Bendif et Chettabi Hocine. Les combats se sont suivis jusqu'au soir et avant de se replier, l'armée coloniale avait tenté une ultime ruse en allumant des feux pour simuler le maintien de ses positions, mais les patrouilles de reconnaissance de l'ALN ont réussi à déjouer le piège. Le bilan de cette bataille témoigne de l'héroïsme des moudjahidine Selon le document du Musée régional du moudjahid, 391 moudjahidine sont tombés en martyrs, alors que l'ennemi français a subi des pertes énormes avec 1.200 entre soldats et officiers éliminés, dont le capitaine Graziani et le lieutenant Chassin, en plus d'un nombre important de blessés. Soixante-sept ans après, la bataille d'Aït Yahia Moussa demeure un symbole d'une foi inébranlable en la liberté, où la stratégie mise en place par l'ALN et le courage des moudjahidine ont triomphé face à la puissance de l'arsenal et au nombre important de soldats et d'officiers déployés par l'ennemi.