Figure discrète mais déterminée du septième art, Yamina Bachir-Chouikh aura marqué le cinéma algérien par son exigence artistique et son regard profondément humain. Le 3 avril 2022, la scène culturelle algérienne faisait ses adieux à l'une de ses voix les plus sensibles. Yamina Bachir-Chouikh, née le 20 mars 1954 à Alger, s'est éteinte à l'âge de 68 ans, après une longue maladie. Monteuse de formation, elle aura construit un parcours solide avant de signer l'un des films les plus marquants des années 2000 en Algérie. Une formation patiente dans l'ombre des plateaux C'est en 1973 qu'elle fait ses premiers pas au Centre national du cinéma algérien. Elle y apprend les fondamentaux du métier, découvrant progressivement les exigences techniques et artistiques du septième art. Elle débute comme scripte et participe à des œuvres devenues emblématiques, notamment Omar Gatlato de Merzak Allouache, sorti en 1976, puis Vent de sable de Mohammed Lakhdar-Hamina en 1982. Très vite, elle se spécialise dans le montage, un domaine où précision et sens narratif sont essentiels. Elle collabore étroitement avec Mohamed Chouikh, réalisateur qu'elle épousera par la suite. Elle assure le montage de plusieurs de ses films : La Citadelle, Youcef ou la légende du septième dormant, L'Arche du désert et Douar de femmes. Elle travaille également sur Le Cri des hommes d'Okacha Touita. À travers ces collaborations, elle contribue à façonner une partie importante du paysage cinématographique national. « Rachida », un premier long métrage marquant En 2002, elle passe derrière la caméra pour réaliser Rachida, son premier long métrage. Le film raconte l'histoire d'une jeune institutrice d'un quartier populaire d'Alger confrontée à la violence terroriste durant la décennie noire (1992-2002). Le film, coproduit notamment par Arte et StudioCanal, sort en janvier 2003 et connaît un retentissement international. Il est présenté au Festival de Cannes dans la section « Un certain regard » et circule dans de nombreux festivals. Il reçoit des distinctions à Amiens, Namur et Marrakech, consacrant Yamina Bachir-Chouikh comme une cinéaste engagée dont la parole dépasse les frontières. Une filmographie brève mais significative Sa carrière de réalisatrice comprend également le court métrage Louisa Sid Ammi (2003). En 2010, elle signe un documentaire historique de plus d'une heure, Hier... aujourd'hui et demain, consacré à l'engagement des femmes algériennes pendant la guerre de libération. À travers ce travail, elle rend hommage à des parcours souvent méconnus et prolonge son intérêt pour les destins féminins dans l'histoire nationale. Mariée à Mohamed Chouikh, Yamina Bachir-Chouikh était aussi la mère de Yasmine Chouikh, qui poursuit à son tour une carrière dans le cinéma. Sa disparition laisse le souvenir d'une femme discrète, rigoureuse et profondément attachée à raconter son pays sans détour. Sa filmographie, bien que resserrée, demeure un témoignage précieux sur l'Algérie contemporaine et sur la place des femmes dans son histoire.