kAvec un riche parcours de militantisme et de lutte contre le colonialisme français durant la glorieuse Guerre de libération nationale, le colonel Lotfi, chef de la wilaya V historique, de mai 1958 jusqu'à sa mort en martyr lors de la bataille de Djebel Bechar, le 27 mars 1960, est reconnu non seulement pour sa compétence, son expérience et son savoir-faire dans le domaine militaire, mais également comme l'un des planificateurs les plus éminents de la Révolution du 1er Novembre 1954, a affirmé l'historien et enseignant à l'université Tahri-Mohamed de Bechar, Dr Mohamed Laihar. Tout au long de son engagement au sein de l'Armée de libération nationale (ALN), qu'il a rejointe en octobre 1955, le colonel Lotfi a mené une étude socio-économique approfondie sur le développement futur de l'Algérie, a précisé Dr Laihar. Cette étude, de plus de 100 pages, portait sur divers domaines, tels que l'agriculture, l'irrigation goutte à goutte, les ressources hydriques, l'énergie hydraulique, ainsi que les richesses minières et pétrochimiques, notamment celles liées au charbon, au fer, au pétrole et au gaz, a-t-il ajouté. Ces secteurs ont été minutieusement étudiés et documentés par le martyr colonel Lotfi, selon les précisions apportées par le même historien. Cette étude reflétait la vision prospective du colonel Lotfi pour une Algérie indépendante, mettant en lumière les vastes ressources énergétiques du pays et les moyens d'en tirer profit pour soutenir son développement économique, a-t-il expliqué. Dans cette même étude, il a également décrit avec précision les structures gouvernementales de l'Algérie indépendante, défini les missions et les prérogatives des ministres, abordé la valeur du dinar, ainsi que les moyens de protéger la monnaie nationale contre tout risque de dévaluation. Il avait, en outre, esquissé les grandes lignes de la politique étrangère de l'Algérie indépendante, insistant sur l'importance de son intégration dans les coalitions économiques et sociales internationales, en particulier celles relevant des Nations unies (ONU), a-t-il ajouté. Les perspectives avancées par le colonel Lotfi dans cette étude, notamment en ce qui concerne l'exploitation des ressources minières du pays, à l'instar du gisement de fer de Gara Djebilet dans la wilaya de Bechar, se sont concrétisées, a-t-il souligné. Actuellement, l'exploitation de ce gisement est devenue une réalité, grâce à la mise en place de diverses infrastructures dédiées à son extraction et à son acheminement vers les unités de traitement à Oran, notamment à travers la réalisation et la mise en service d'une méga-ligne ferroviaire de 950 km reliant ce gisement à ces unités, dans le cadre du programme économique du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a-t-il précisé. Le colonel Lotfi, de son vrai nom Dghine Boudghene Benali, a rejoint les rangs de l'ALN, en octobre 1955, à l'âge de 21 ans, au sein de la wilaya V historique, alors dirigée par les martyrs Larbi Ben M'hidi et Abdelhafid Boussouf, où il fut désigné adjoint particulier du commandant Si Djaber, avant d'être chargé de superviser les sections militantes des zones de Tlemcen et Sebdou. Dans ces régions, il participa activement à la mise en place des premières cellules clandestines du Front de libération nationale (FLN). Reconnu pour son intelligence remarquable et ses aptitudes organisationnelles exceptionnelles, il se vit confier, dès 1956, la mission de structurer les réseaux de fidaï dans toute la région de l'Oranie. Cette mission cruciale s'est déroulée dans un contexte marqué par l'intensification des actions armées sous l'impulsion du commandement de la Révolution du 1er Novembre 1954. Après le Congrès de la Soummam, tenu le 20 août 1956, il adopta le nom de guerre « Si Brahim » et se porta volontaire pour mener des opérations militaires dans le Sud-ouest du pays. En tant que chef militaire, Lotfi livra plusieurs affrontements décisifs, infligeant des pertes significatives aux troupes coloniales. En janvier 1957, il fut promu au grade de capitaine et nommé chef de la zone 8 de la wilaya V historique. Un an plus tard, en mai 1958, il fut promu au grade de colonel et prit la tête de cette même wilaya, devenant ainsi le plus jeune colonel de la Révolution du 1er Novembre 1954. Cette étape de sa carrière au sein des rangs de l'ALN s'inscrit dans une période marquée par l'intensification des offensives des forces coloniales françaises contre les maquis de l'ALN. Au début de l'année 1960, il participa aux travaux du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) à Tripoli (Libye), au cours desquels il présenta son étude socio-économique sur l'avenir d'une Algérie indépendante, a indiqué le même historien. Cependant, le 27 mars 1960, lors de la bataille de Djebel Bechar, à proximité de la ville éponyme, le colonel Lotfi tomba en martyr aux côtés de ses compagnons, les martyrs Laouedj Mohamed, dit commandant Faradj, ainsi que les djounoud Brik Ahmed et Cheikh Zaoui. La commémoration du 66e anniversaire de cette bataille, prévue ce vendredi à Bechar, rappelle la dévotion sans faille du colonel Lotfi et de ses compagnons à leur patrie et à leur juste cause.