Le fait remarquable dans la riposte de l'Iran à l'agression américano-sioniste du samedi 28 février 2026 est sans doute la formidable mobilisation du peuple, dès les premiers bombardements, à travers des manifestations de masse ininterrompues, jour et nuit, quel que soit le temps qu'il fait, dans la capitale, Téhéran, Place de la Révolution, et partout dans le pays, en appui à ses dirigeants et à son armée, allant même jusqu'à dicter la fermeté face à l'impérialisme américain et son instrument l'entité sioniste, et neutraliser ceux qui seraient tentés par la compromission. Tout le monde a pu le constater en suivant les événements sur l'écran de sa télé, son téléphone portable ou son ordinateur. Les correspondants de médias sur place ont rapporté le « message de résilience intérieure » porté par ces manifestations quotidiennes indiquant que les tentatives de déstabilisation du peuple iranien et de division du pays ont échoué. C'est, ont-ils estimé, la preuve du renouveau iranien face aux défis et à l'agression extérieure. A ce jour, les manifestations massives se poursuivent. Les manifestants brandissent des drapeaux iraniens et des banderoles dénonçant l'agression américano-sioniste, et ils scandent des slogans en soutien aux forces armées. Le peuple avec l'armée Les rassemblements populaires sont perçus par les dirigeants iraniens comme partie intégrante de la riposte et tout aussi importants que les actions militaires qui ont ciblé les bases américaines dans la région, en plus des territoires palestiniens occupés. Ils ont constitué le prolongement politique du front militaire, au moment même où les agresseurs espéraient inciter l'opinion publique iranienne à se soulever contre ses dirigeants et provoquer une sorte de « révolution de couleur » qui mettrait à bas « le régime »- pour reprendre un terme utilisé par les médias occidentaux afin de désigner les gouvernements des pays qui ne plaisent pas à leurs dirigeants. Tous les efforts visant à diviser la population et à la scinder en deux ont échoué. En Iran, le peuple conscient et mobilisé a apporté son appui à son « régime » plutôt que se laisser manipuler pour servir les intérêts des ennemis de son pays. Tout cela témoigne du soutien populaire au « régime » et de la cohésion interne du pays. L'armée iranienne a salué la forte participation de la population aux cérémonies d'adieu aux martyrs de l'opération Dena, considérant cette présence comme un « pilier fondamental du renforcement du moral de nos forces armées ». Pour rappel, le 8 mars, l'armée iranienne avait annoncé que le destroyer «Dena », qui revenait d'une mission d'entraînement après les exercices de paix « Milan 2026 », avait été la cible d'une attaque brutale de la marine américaine, de manière totalement injustifiée et déloyale. L'équipage du destroyer iranien comptait 136 personnes, dont 104 ont été tuées et 20 sont portées disparues ». 32 autres membres d'équipage ont été blessés. Il participait à une manœuvre cérémonielle et n'était ni en posture offensive ni défensive, il a été pris pour cible sans aucun avertissement, avait souligné le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghtchi. Un courage et une volonté admirables Fait significatif : des manifestations se sont déroulées malgré les coupures de courant généralisées à Téhéran, provoquées par les frappes aériennes de l'armée sioniste ; la population a continué de scander des slogans contre l'ennemi sur la place des Martyrs. De même, des marches et des manifestations à Téhéran et dans d'autres villes ont été organisées pour rendre hommage aux journalistes Fatima Fattouni, Mohammad Fattouni et Ali Shoaib, tués par une frappe aérienne de l'armée sioniste au sud-Liban, et dont les photos ont été diffusées. La tristesse mais aussi la joie : les Iraniens ont célébré dans les rues l'annonce de la destruction de deux avions de chasse américains par la défense aérienne iranienne. Fait marquant : à Téhéran, le 3 avril au soir, la chaîne de télévision Al Mayadeen a montré en direct des images de la place de la Révolution à Téhéran au moment où, au Nord de la ville, des missiles tombaient et que retentissaient les explosions des attaques dans les zones proches des manifestations. Les manifestants ont refusé de quitter les lieux, scandant des slogans tels que « Nous combattrons et mourrons, nous ne transigerons pas ». Les observateurs ont noté la forte présence de femmes. Quand le président américain, Donald Trump, a renouvelé ses menaces envers l'Iran, exigeant la réouverture du détroit d'Ormuz, faute de quoi « mardi (7 avril) sera une journée de bombardements de ponts et de centrales électriques », des Iraniens, femmes et hommes, se sont rassemblés près de ces infrastructures pour les protéger. « S'ils ne parviennent pas à un accord, nous ferons tout sauter et nous nous emparerons du pétrole», avait lancé le président Trump ; « Ramener l'Iran à ''l'âge de pierre'' », « mettre fin à la civilisation iranienne », c'étaient ses propos. A ce moment, grâce au soutien populaire manifesté concrètement, sur te terrain, les dirigeants iraniens pouvaient répliquer en promettant des représailles « Encore beaucoup plus dévastatrices » si Donald Trump met à exécution ses menaces. En agissant ainsi, en acceptant les pertes en vies humaines, les destructions d'habitations et d'infrastructures et les restrictions drastiques qui touchent sa vie quotidienne, le peuple iranien participe directement à la défense de la souveraineté de son pays face aux agresseurs américano-sionistes qui bombardent des écoles, des hôpitaux, des stades, des Universités, des centres de recherche, des infrastructures hydrauliques et électriques, des usines, des théâtres, et diffusent des mensonges sur le prétendu anéantissement des capacités militaires de défense de l'Iran. Dès le premier jour, ils ont bombardé une école située à Minab, au Sud du pays, faisant plus de 175 morts, des petites filles âgées de 7 à 12 ans. A l'annonce du cessez-le-feu, après l'acceptation par les Etats-Unis des conditions iraniennes, de grandes marches populaires ont eu lieu en Iran pour célébrer la victoire. Pendant les heures de pourparlers irano-américains à Islamabad (Pakistan), la population iranienne est restée mobilisée et ses manifestations ont apporté un appui précieux à sa délégation. Ainsi, les négociateurs iraniens pouvaient affirmer qu'ils quitteraient la salle de négociation si les intérêts du peuple et de l'Iran n'étaient pas respectés. Face aux prétentions américaines de porter atteinte à la souveraineté nationale de l'Iran, la voie de la fermeté a été rendue possible par la mobilisation d'une population hautement politisée. Fort de ces impressionnantes démonstrations, l'Iran a pu rejeter une proposition de cessez-le-feu, qui, selon Reuters, avait comme condition la réouverture du détroit d'Ormuz. En fait, le détroit d'Ormuz, sous contrôle des forces navales iraniennes, n'est fermé, ont affirmé les dirigeants iraniens, qu'aux navires américains et à leurs alliés qui participent à l'agression contre l'Iran. Lorsque, mercredi 8 avril, dans l'après-midi, l'armée d'occupation sioniste a lancé une série de frappes aériennes ciblant diverses zones du Liban, commettant des massacres dans la capitale, Beyrouth, et ses environs, ainsi que dans le Sud du pays, la Vallée de la Bekaa et le Mont-Liban, plusieurs villes d'Iran ont été le théâtre de manifestations massives continues en soutien aux dirigeants iraniens et en solidarité avec le Liban. A Téhéran, les manifestants rassemblés sur la place de la Révolution brandissaient des banderoles proclamant : « Nous n'abandonnerons pas le Liban ». Ils scandaient des slogans tels que « Soutenir le Liban, c'est faire preuve de loyauté », « Nous n'abandonnerons pas le Liban » « Nous refusons de capituler », « Mort aux compromis ». Avec une armée prête à toute éventualité, l'Iran maintient le cap sur les fronts politique et diplomatique dans un contexte régional et international reconfiguré et différent d'avant le 28 février 2026, grâce à un peuple mobilisé en permanence. Cette mobilisation n'a rien d'étrange, elle plonge ses racines dans les sentiments anti impérialistes du peuple iranien qui s'étaient déjà exprimés au début des années 1950 dans la bataille de la nationalisation du pétrole. Il suffit, pour s'en rendre convaincre, de consulter les journaux de l'époque. Retour à 1951 En 1951, les Algériens, sous domination coloniale française, avaient la possibilité de suivre et comprendre le sens des événements qui se déroulaient en Iran, en lisant Alger républicain, placé, depuis le début de l'année, sous la direction de Henri Alleg qui avait renforcé la dimension anti-colonialiste et anti-impérialiste de sa ligne éditoriale. On pouvait ainsi apprendre qu'en mars 1951, la chambre des députés d'Iran (dont faisait partie le Dr. Mohamed Mossadegh, leader du Front national, mouvement d'opposition) a adopté à l'unanimité un Décret nationalisant les pétroles sur l'ensemble du territoire iranien. Dans sa relation des faits, Alger républicain avait mis l'accent sur le mouvement populaire qui s'est manifesté dès les premiers signes de pressions britanniques. Par des manifestations de rues et des grèves, les Iraniens ont apporté leur appui, qui s'avèrera décisif, à la revendication de la nationalisation du pétrole. Ils ont démontré leur détermination à ne pas laisser porter atteinte à l'indépendance de leur pays. Le Dr. Mossadegh, qui était encore député de l'opposition, a appuyé la mobilisation populaire : « le succès remporté sur la nationalisation du pétrole est si important qu'il faut organiser de grandes réjouissances dans tout le pays », déclara-t-il. En même temps, il alertait : « Les ennemis du peuple iranien cherchent à provoquer des désordres favorables à leurs intérêts ». Quelques jours après, à Téhéran, attentats et complots ont commencé, destinés à justifier un coup de force anglo-américain et à empêcher la nationalisation du pétrole. Fin mars 1951, les manifestations se sont amplifiées dans les zones industrielles contre l'ingérence anglo-américaine aux cris « les impérialistes à la mer ». Tandis que de nombreuses arrestations étaient annoncées à Téhéran, une grève a été déclenchée à l'Anglo-Iranian Oil Company », (AIOC). Le mouvement populaire prenait de l'essor. Les agences de presse ont annoncé des grèves ouvrières lancées à Ispahan et Abadan dans le secteur des textiles contre l'intervention anglo-américaine et ont fait part, dans le même moment, de l'arrivée de trois navires de guerre anglais à Abadan, n'excluant pas une intervention militaire pour empêcher la saisie des biens de l'AIOC. A la mi-avril 1951, la police a ouvert le feu sur les cortèges de grévistes de l'AIOC à Abadan, 14 personnes ont été tuées. Malgré l'interdiction, des rassemblements massifs ont eu lieu devant le Parlement ; les orateurs ont proclamé « la solidarité avec les 20 000 ouvriers d'Abadan, la nationalisation des pétroles et l'expulsion des agents britanniques des compagnies pétrolières anglo-américaines qui ont colonisé l'Iran et plongé son peuple dans la misère ». Un comité de lutte pour la nationalisation des pétroles avait été créé. Fin avril 1951, le Dr Mossadegh est appelé à former le nouveau gouvernement. Il a expliqué : « Nous savons que le représentant d'une puissance étrangère (l'ambassadeur anglais à Téhéran) est intervenu auprès de l'ex-président du Conseil (Hussein Ala) pour suggérer la dissolution de la Chambre, c'est pour cela qu'il a démissionné ». Un des objectifs déclaré du mouvement populaire était d'empêcher un compromis qui favoriserait les intérêts britanniques. Les syndicats qui agissaient dans la clandestinité ont pris une part déterminante dans le mouvement de rejet des ingérences anglo-américaines, au point où Eradj Eskandari (ancien ministre iranien du Commerce, de l'Artisanat et des Arts en 1946) a affirmé que la nationalisation des pétroles en Iran a été la victoire des syndicats. Dans son édition du 1er et 2 juillet 1951, Alger républicain a publié, sous un titre étalé sur 8 colonnes à la Une: « Voici pourquoi le peuple iranien veut être maître chez lui », une étude de Eradj Eskandari sur la situation en Iran. Il a rapporté comment l'AIOC s'ingérait dans les affaires du pays en corrompant des personnalités politiques et des journaux. En juillet 1951, l'Iran, en appui sur de puissantes manifestations populaires, ignore les décisions de la Cour internationale de justice de La Haye, qui avait remis en cause la nationalisation du pétrole, et se retire de cette institution. Au même moment, l'Iran rompt ses relations avec l'entité sioniste. Les pressions exercées sur le Dr Mossadegh se poursuivront en août 1951 pour l'amener à annuler la nationalisation des pétroles. Mais l'Iran ne capitulera pas, grâce à la volonté d'indépendance du peuple iranien qui a rejeté les ingérences anglo-américaines. Que s'est-il passé en 1953 ? Siavush Randjbar-Daemi, (spécialiste en histoire iranienne à l'Université de Manchester, au Royaume-Uni) affirme que le coup d'Etat de 1953 a couronné «les opérations secrètes de la CIA, qui incluaient l'impression de fausses propagandes du PC iranien [Tudeh – Parti des masses d'Iran] afin de présenter le parti comme plus virulemment anti-islamique qu'il ne l'était en réalité». (https://www.sitecommunistes.org/index.php/publications/documents/3447-rappel-historique-le-coup-detat-de-1953-et-la-memoire-collective). Par la propagande, la corruption et l'organisation de violences de rue, sur fond de difficultés sociales créées par les pressions anglo-américaines, la situation a été préparée pour entraîner la chute de Mohamed Mossadegh. Des foules furent transportées le 18 août à Téhéran en bus et camion pour installer le chaos Un gouvernement militaire fut installé. Le coup d'Etat réussi, les Etats-Unis pouvaient s'emparer des richesses pétrolières iraniennes, jusqu'au soulèvement populaire de 1979. Les relations avec l'entité sioniste qui avaient été rétablies par le Shah sont, à nouveau, rompues.