Longtemps considérées comme une fatalité, les complications liées aux maladies cardiaques et rénales pourraient aujourd'hui être mieux maîtrisées grâce à des avancées thérapeutiques majeures. En Algérie comme ailleurs, spécialistes et acteurs de santé insistent désormais sur l'importance d'une prise en charge précoce et coordonnée pour freiner l'évolution de ces pathologies lourdes.L'insuffisance cardiaque touche 64,3 millions de personnes dans le monde, selon l'OMS, avec près de 4 millions de nouveaux cas chaque année. En Algérie, la prévalence augmente sous l'effet des facteurs de risque. Par extrapolation, près de 990 000 Algériens seraient concernés. Près de 30 % des patients évoluent vers une insuffisance rénale nécessitant une dialyse après quelques années. Toutefois, de nouvelles classes thérapeutiques viennent aujourd'hui modifier l'évolution de ces maladies. Elles permettent de stabiliser l'insuffisance cardiaque et de ralentir la progression de la maladie rénale chronique, notamment chez les patients diabétiques et hypertendus. Ces avancées ont été au cœur d'une journée de formation organisée par NHS Mediacom, avec le parrainage de l'Association des laboratoires d'analyses médicales, de la Société algérienne de cardiologie et de la Société algérienne de médecine générale, et le soutien de groupes pharmaceutiques, dont AstraZeneca et El Kendi. À cette occasion, des spécialistes ont abordé le syndrome cardio-rénal sous l'angle des facteurs de risque, du diagnostic, des traitements et de la pharmaco-économie. Le Pr Mohamed Chettibi, chef de service de cardiologie au CHU Issad Hassani de Béni Messous, rappelle que les maladies non transmissibles représentent 65,7 % des décès chez les 30-69 ans. Les maladies cardiovasculaires arrivent en tête avec 36% des cas, devant les cancers 13%, les maladies transmissibles 15 %, les pathologies respiratoires 3 % et les traumatismes 10 %. Il souligne également des différences entre les sexes : les femmes sont davantage touchées par l'hypertension et les troubles cérébro-vasculaires, tandis que les hommes sont plus exposés aux infarctus du myocarde et aux maladies cardiaques ischémiques. « Les principaux traitements de l'insuffisance cardiaque sont disponibles en Algérie », affirme le Pr Chettibi, tout en insistant sur la nécessité d'optimiser le parcours de soins, notamment après une première hospitalisation. De son côté, le sympathique et dynamique Pr Farid Haddoum, chef de service de néphrologie et d'hémodialyse au CHU Mustapha, met en garde contre le caractère silencieux de la maladie rénale. « Qui peut affirmer avec certitude que ses reins fonctionnent correctement ? », interroge-t-il. Un diagnostic tardif conduit souvent à la dialyse chronique. Selon les données nationales de 2025, sur 42 500 patients atteints d'insuffisance rénale, 3 500 ont bénéficié d'une greffe, 1 000 sont en dialyse péritonéale et près de 38 000 en hémodialyse. Le Pr Haddoum souligne également le coût élevé de la prise en charge : entre 35 000 et 70 000 DA par an pour les traitements médicamenteux, contre environ 2 millions de dinars par an pour l'hémodialyse. Il estime que les nouvelles molécules permettent aujourd'hui de préserver la fonction rénale de manière significative. En clair, l'Etat peut faire des économies, importantes, ce qui pourrait alléger la facture. Abordant l'enjeu économique, le Pr Zoubir Sari, spécialiste en médecine interne, met en avant l'impact du syndrome cardio-rénal sur les systèmes de santé. « Ces pathologies entraînent des hospitalisations répétées et nécessitent des technologies coûteuses », explique-t-il. Les conséquences sont également lourdes pour les patients et leurs familles, entre perte de revenus et dépenses importantes, ainsi que pour l'Etat, confronté à une pression accrue sur les budgets hospitaliers. Le Pr Sari plaide ainsi pour une prise en charge intégrée et coordonnée, axée sur la prévention primaire, secondaire et tertiaire, afin d'améliorer le pronostic et la qualité de vie des patients. Enfin, les industriels pharmaceutiques contribuent à l'amélioration du parcours de soins à travers le développement de traitements innovants, la formation continue et le soutien aux stratégies de prise en charge intégrée, tout en accompagnant la dynamique nationale de production locale de médicaments. À l'heure où les systèmes de santé font face à une pression croissante, ces avancées thérapeutiques et organisationnelles ouvrent la voie à une médecine plus préventive, capable de retarder les complications lourdes et d'améliorer durablement la qualité de vie des patients.