À l'heure où le monde célèbre la Journée internationale du jazz, l'Agence Algérienne pour le Rayonnement Culturel inscrit Alger dans une cartographie sonore où se croisent mémoire, création et ouverture. Le 30 avril à 19h30, les jardins de la villa Abdellatif accueilleront une soirée musicale qui se veut bien plus qu'un simple concert : une exploration vivante des mutations du jazz en Algérie. Dans cet écrin patrimonial chargé d'histoire, la programmation esquisse une trajectoire artistique où le jazz, loin de se figer dans ses codes, s'affirme comme un langage en perpétuelle recomposition. Trois formations, trois écritures, mais une même volonté : réinventer sans trahir. Le trio TinniT ouvre cette traversée sonore avec une proposition résolument ancrée dans son époque. Entre pulsations électroniques et réminiscences nord-africaines, leur musique déploie une esthétique hybride, presque cinématographique. Leur premier album, paru en février 2025, a posé les bases d'un univers où la tradition devient matière à transformation plutôt qu'objet de conservation. Chez eux, le jazz n'est pas un héritage figé, mais une matière vivante, malléable, ouverte aux influences du monde. À leurs côtés, Maâlam Jazz Quartet propose une lecture plus introspective du genre. Son approche puise dans les racines spirituelles du jazz, convoquant une profondeur presque méditative. Ici, chaque note semble habitée, chaque silence porteur de sens. Le groupe s'inscrit dans une continuité historique tout en y insufflant une énergie organique, fidèle à l'esprit d'improvisation qui fonde l'essence même du jazz. Enfin, Abdelhakim's Steps vient clore cette soirée avec une démarche qui conjugue rigueur technique et liberté créative. En revisitant les standards tout en intégrant des compositions originales, le projet interroge la notion même de répertoire. Le résultat : une musique exigeante, mais accessible, où virtuosité et sensibilité dialoguent sans jamais s'opposer. Au-delà des performances, cette soirée s'impose comme un manifeste discret : celui d'un jazz algérien pluriel, affranchi des étiquettes, capable de dialoguer avec son époque sans renier ses racines. En investissant la villa Abdellatif, lieu de résidence d'artistes et symbole de création, l'AARC ne se contente pas d'organiser un événement culturel ; elle crée un espace de rencontre, où les sons racontent ce que les mots peinent parfois à saisir. Dans un monde saturé d'images et de discours, le jazz rappelle, avec élégance, que l'écoute reste une forme essentielle de compréhension. Et à Alger, le temps d'une soirée, cette écoute promet d'être profondément habitée.