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Jeune coq et vieux loup !
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 16 - 12 - 2010

Jeune coq deviendra plus tard vieux loup* ! Le dicton est plus que vraisemblable. Il tient beaucoup de la vérité. Et c'est souvent vrai… ! Là, on ne saute vraiment pas du coq à l'âne ! Oh, pardon, plutôt du coq au loup ! Quelle gymnastique devons-nous faire ? Ni plutôt de la basse-cour à la jungle ! Ni même de la ferme à la forêt lointaine ou voisine ! Ou tout simplement d'une chose à son contraire : sinon d'un extrême à l'autre !
Dans la nature des volatiles, l'œuf deviendra tout naturellement tout petit poussin, bien avant même que celui-ci ne devienne à son tour jeune et plus tard grand coq. Sans plus… !
Quelle est alors cette relation du coq avec le loup ? Celle entre un tout jeune bipède et un vieux quadrupède ? Entre un vrai domestique et un véritable animal sauvage ? Entre celui qui réveille très tôt son monde et celui qui fait peur à tout son monde ? Pourquoi donc jeune coq deviendra-t-il vieux loup et non un tout jeune loup ou un quelconque chacal de nuit ?
Le titre, à vrai dire, s'appuie sur des animaux connus ou reconnus comme tels pour désigner cette ruse humaine allant crescendo d'un être assez jeune à son semblable plutôt bien vieux. L'expression vaut ce qu'elle vaut sur le plan de la ruse dans son côté graduel et plutôt vertical. Ici donc, il est question de ruse et de malice dans toute l'étendue de l'expression usitée ou tout simplement dans les deux « concepts » empruntés à ces animaux pour tout juste désigner le chef parmi les chefs des malins et très rusés êtres humains dans cette sphère de la ruse où le jeune coq fait figure de simple amateur, trahi par son attitude et son comportement hautins, vaniteux et condescendants.
Cependant, l'expérience de la vie a bien démontré que la montée en cadence ou en puissance dans l'assouvissement « des besoins de luxe » chez l'être humain le pousse tout simplement à démarrer dans sa vie comme un quelconque jeune coq, en tentant à plus tard bien terminer ses derniers jours tel un vieux loup, aidé par l'expérience accumulée depuis.
Ainsi, plus le responsable local ou national vieillit, dure ou perdure dans sa responsabilité ou fonction, plus il s'éloigne le plus logiquement du monde des qualités et valeurs intrinsèques louées au jeune coq pour épouser finalement celles que tout le monde attribue volontairement au vieux loup. L'expérience marquant de son empreinte le temps l'invite donc à escalader une à une ces marches de l'interdit et des nombreux non-dits, faisant de lui, parfois même malgré lui, ce loup bien aguerri et très bien entraîné à ces filouteries, lesquelles manquent fondamentalement au registre du tout jeune coq, imbu de sa personnalité et soucieux de son apparat dans son côté élégant et très distingué.
Le phénomène en question a de quoi nourrir toutes les prétentions des uns et des autres, parfois bien démesurées dans cette folle course lancée à vive allure vers cette quête à tout prix de l'argent, à l'origine douteux, et d'une notoriété le plus souvent surfaite.
La politique est donc ce terrain de prédilection vers où convergent ces êtres humains, inspirés de ces «seules aspirations animalières», visibles à l'œil nu et de loin. La ruse propre au loup, l'animal, cède le pas et beaucoup de terrain à «Loulou» ; l'autre loup des êtres humains.
Ainsi donc, sur ce vrai terrain du véritable mensonge, à peine voilé ou détecté, se côtoient au besoin mais à longueur de temps le jeune coq avec le vieux loup. Convoitant souvent la même chose ou ayant fondamentalement les mêmes objectifs, si ce n'est l'œil sur les mêmes avantages et nombreux privilèges, ils s'y prennent cependant au travers de certains procédés souvent totalement différents.
Le premier fait appel à la force physique et l'énergie de sa jeunesse au moment où le second met à contribution celle plutôt mentale et le savoir-faire accumulé au poste. A la bonne raison du premier nommé correspond donc le fait accompli de la seule raison de faire ou de défaire les choses pour ce dernier cité mais non le dernier à être né. Celui-ci affiche – tout fier de son action – ses légales et nombreuses prétentions à l'heure où celui-là joue la prudence, en ne découvrant jamais en public ses cartes maîtresses ou puissants atouts.
Finalement, l'un n'est tout juste qu'un modeste herbivore et bon céréalier sur les bords au moment même où l'autre passe pour être un vrai carnivore. Juste une poignée de grains suffit à apaiser la faim et satisfaire à l'appétit de celui-là. Par contre, il faut tout un gros cadavre à dépecer et à décortiquer et dévorer pour cet autre, tenant du fauve la férocité et des bêtes intelligentes ou pas si bêtes la malice des gens doués ou vraiment instruits.
Dans les deux cas de figure, nous avons donc affaire à cette farce, capable de forcer le destin, pour remplacer le génie humain.
Et dans le monde politique de nos jours, cela est devenu un « menu commun et parfois régulier » d'avoir à connaître de ces fétus de la vingt-cinquième heure, pressés de se mettre sous les feux de la rampe. Pressés de paraître dans la peau d'un vieux loup, à l'origine simple jeune coq.
Dans notre sphère politique menée à la peine et avec beaucoup de haine contre des concurrents tout désignés par cette « troïka contre-nature », il y a peut-être beaucoup de ceci et peu de cela ou inversement. Peut-être même un peu plus de jeunes coqs que de vieux loups ou vice versa.
La ruse du jeune coq s'arrête fondamentalement au stade de la séduction dont sont victimes ou complices ces jeunes poulettes, pensant caresser le physique ou jouir toutes seules des honneurs dus à ce prince charmant. Tandis que celle des vieux loups va bien au-delà de la raison des choses communes ou admises touchant l'ensemble de la société.
Entre séduction et soumission se situe le quartier général de l'un et de l'autre. Cela fait toute une trotte de passer de ce monde-là à cet autre !
Autrefois, dès qu'on parlait du loup, il nous sortait des buissons, nous provoquant tous ces difficiles frissons. De nos jours, à peine avons-nous terminé de prononcer son nom que c'est plutôt le tout jeune coq qui nous pointe du doigt ou se pointant à l'horizon. Si ce n'est de sa présence physique parmi nous pour nous faire croire que c'est lui le loup en question même si tout le monde est convaincu du contraire de sa vaine prétention ou action de faire dans l'imitation.
Avec beaucoup de peine et surtout tous les nombreux honneurs dus à de vrais combattants, la génération de novembre a déjà tiré sa révérence ou tire encore à sa fin. Que Dieu nous préserve ceux encore en vie !
Grands guerriers, dotés de ce qualificatif de vieux loups durant la révolution, ils sont probablement tous restés ainsi à l'indépendance du pays.
Le grand manège auquel nous assistons aujourd'hui tend-il à faire d'un tout jeune coq un vieux loup dans cette quête de faire aussi bien que les premiers ?
Alors, jeune coq deviendra-t-il, un jour, vieux loup ? Apparemment, le chemin à parcourir est encore trop long… !
Un peuple courageux, brave et vaillant, comme celui algérien, ayant vécu ou survécu à tous les soubresauts, aux côtés ou à la lisière de la gouvernance du pays menée par ces vieux loups, ne peut honnêtement leur souhaiter qu'une chose : que Dieu leur prête encore longue vie !
L'amour qu'il porte à sa patrie est plus grand que ne le pensent certains, bien loin de la réalité de cette Algérie profonde. Pour les besoins de la cause longtemps défendue, il sait encore patienter… Il n'est pas à un sacrifice près, de plus ou de moins ! L'Algérie, son cher pays, mérite bien plus que cela.
C'est également cela la continuité dans la révolution. A sa façon, il est cet autre combattant de l'Algérie qui offre en échange de rien sa vie à sa vraie patrie.
Manifestement donc, il est ce soldat décidé à mourir debout ! Il est cette sentinelle à ne dormir jamais ! Pas même lorsque ses cils s'alourdissent et se referment sur ses yeux pour l'empêcher de voir juste plus loin que le bout de son nez !
(*) Se dit au sujet des carrières des fonctionnaires.


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