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Marché des fruits et légumes: Les raisons d'une débandade
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 29 - 08 - 2017

Le marché des fruits et légumes traverse, une fois encore, une zone de fortes perturbations, avec des prix qui défient les ministères concernés, et mettent à rude épreuve les budgets des ménages, à quelques jours de l'Aïd el Adha. La laitue à plus de 200 DA/kg, la courgette à plus de 220 DA/kg, la tomate entre 45 et 70 DA/kg, ou la pomme de terre à plus de 45 DA/kg, c'est le tableau peu reluisant qu'offre le marché algérien des produits agricoles. Le ministère du Commerce comme celui de l'Agriculture n'ont, jusqu'à présent et en dépit d'une situation alarmante, rien fait de concret pour mettre de l'ordre dans cette filière, hormis des déclarations sans lendemains pompeusement annoncées au mois d'avril dernier par l'ex-ministre par intérim du Commerce, Abdelmadjid Tebboune. Et, surtout, à mettre en place des mécanismes efficaces pour lutter contre la spéculation, au point que l'opinion publique n'hésite plus à pointer un doigt accusateur vers ces deux ministères dans la situation de débandade que traverse le marché des fruits et légumes depuis plusieurs années. C'est également la position de la Fédération nationale des marchés de gros de fruits et légumes (FNMGFL).
Selon son président Mustapha Achour, la flambée des prix des produits agricoles, dont la laitue et la courgette, est le résultat de plusieurs facteurs, dont la destruction d'une partie de la production de ce cucurbitacée, la spéculation, l'absence de transparence du circuit commercial par la non- facturation et la domination des lobbies de la filière agricole. «La stabilité des prix de ces produits est tributaire de l'organisation de la production agricole, de la maîtrise des marchés de gros et de l'imposition rigoureuse de la facturation», estime-t-il, avant d'expliquer que «les quantités de légumes produites cette saison ont dépassé la demande, faisant sensiblement baisser les prix en juin, ce qui a amené les agriculteurs à se débarrasser de leur production pour éviter les frais engagés dans le processus de récolte sans pouvoir les écouler.» Pour lui, il s'agit là d'une «véritable catastrophe : les agriculteurs se sont mis à cultiver de la laitue et de la courgette sans se soucier de la possibilité de leur commercialisation, mais en raison des surplus, ils n'ont pas été en mesure d'écouler leurs récoltes, ce qui les a amenés à planter sur les mêmes surfaces d'autres spéculations, entrainant la hausse des prix des légumes détruits, dont la courgette, qui est passée à 250 DA actuellement». Pour le président de la FNMGFL, «la responsabilité de cette situation incombe au ministère de l'Agriculture, qui doit maîtriser les programmes agricoles, la plupart des terres agricoles relevant de l'Etat». Et, plus spécifiquement en ces jours de pré-fête de l'Aïd el Adha, qui va entraîner plus de quatre jours fériés, donc de forte demande sur certains produits agricoles, la forte poussée de fièvre des prix des produits agricoles n'est que le résultat de «la spéculation, l'absence de transparence et la progression du marché parallèle.»
Où sont passés les 10.000 contrôleurs ?
Dès lors, soutient-il, «il appartient aux ministères du Commerce et de l'Intérieur de mettre fin à ces phénomènes.» Pour lui, il est «inconcevable» que 70% de la production agricole soit orientée et commercialisée sur les circuits informels, loin des marchés de gros, qui devraient être mieux gérés par les APC et les wilayas. La faillite des circuits officiels, des collectivités locales et des ministères concernés dans la gestion des marchés des produits agricoles a fait que les circuits informels prospèrent et ce sont eux qui gèrent en réalité la filière du commerce des produits agricoles. «Entre le moment de la récolte et de la commercialisation, plusieurs spéculateurs et intermédiaires interviennent pour acheminer les produits vers les marchés parallèles.
Il arrive que le même produit soit vendu deux à trois fois entre les spéculateurs avec une marge bénéficiaire pour chacun, et c'est de cette manière que le produit arrive aux marchés de gros et de détail au double de son prix», poursuit le président de la FNMGFL. Il a appelé le ministère du Commerce pour que celui-ci élabore un code rigoureux qui oblige les producteurs locaux et les importateurs à faire entrer leurs productions dans les marchés de gros, et a souligné la nécessité d'imposer des sanctions sévères contre toute violation du circuit commercial du produit. Au mois d'avril dernier, le ministère du Commerce, alors dirigé par intérim par M. Tebboune, avait annoncé la mise sur pied de brigades mixtes avec le ministère de l'Agriculture pour traquer les spéculateurs sur le marché des produits agricoles.
Tebboune avait, rappelons le, indiqué que «nous ne permettrons pas aux commerçants spéculateurs et fraudeurs de récupérer les taxes et impôts pris en charge par l'Etat dans le cadre des subventions pour les mettre dans leurs poches», avant d'ajouter que «nous prendrons les mesures nécessaires pour lutter contre le phénomène de gonflement des prix même s'il faut recourir à la justice». Des paroles sans grand effet sur le terrain, puisque le marché a connu plusieurs périodes de hausses injustifiées et intolérables pour les citoyens, notamment durant et avant le mois de ramadhan, sans qu'il y ait de réaction de ces deux ministères, qui assistent avec une certaine impuissance à une anarchie totale dans la filière du commerce des produits agricoles. Mieux, beaucoup se demandent où sont passés les 10.000 agents de contrôles promis par l'ex-ministre du Commerce par intérim, et, surtout, son appel aux citoyens à dénoncer les spéculateurs avait été interprété comme le signe de l'impuissance des pouvoirs publics à contrôler ce marché.
Pour le président de la FNMGFL, «les commerçants en gros sont innocents de toutes les accusations dont ils font l'objet», pointant du doigt les «pseudos agriculteurs» ayant bénéficié de terres agricoles dans le cadre des politiques de soutien, et qui les ont données en location à des prix exorbitants au lieu de les exploiter, appelant le ministère de l'Agriculture à ouvrir des enquêtes sur ces cas précis. Les offices publics créés récemment pour réguler les marchés de légumes et de fruits, comme Magro, ne servent à rien et «assistent passivement à cette anarchie, qui a gagné les marchés de gros et de détail», affirme t-il. Une décrue des prix sera observée après l'Aïd, pronostique-t-il enfin.


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