Quand la colère prend des dimensions cholériques, elle devient un état de «colérat». Soit un état qui dépasse de loin la coutumière colère que chacun de nous peut piquer à la contradiction du sort ou en face d'un mauvais traitement. Le «colérat» est une colère silencieuse qui se subit sans pour autant atteindre des cimes d'extériorisation. Il se la joue volontairement dans la dérision, et parfois même dans l'hérésie. Quand aucun robinet domestique ne sert à rien, sauf à remplir des chasses d'eau ou à faire couler une flotte indésirable dans la tuyauterie d'une salle de bains, à la limite permettre à son eau de faire bouillir nos états d'âme espérant voir partir en vapeur nos soucis et inquiétudes; c'est dire que la panique est en train de se débiter de ce même robinet. Comme toute épidémie qui peut sévir dans n'importe quelle contrée, elle ne peut que s'inscrire dans le grand registre de la santé publique. Dans le constat, la prévention, l'arrêt de sa contagion, l'éradication de ses causes et la prise de mesures nécessaires. Tout ceci reste cholériquement insuffisant. Et cette santé publique, qui est une mission constitutionnelle, un devoir patriotique et religieux, ne doit pas se circonscrire dans un apaisement en discours ou dans un procès-verbal de cellule de crise. La mobilisation générale, tel un état de siège, est à même d'affronter cette invasion comme un savoir-faire nationaliste envers un ennemi s'apprêtant à envahir pas nos territoires mais nos corps, nos existences et toutes nos espérances. Cette énième tare qui vient, c'est comme si l'on n'en a pas assez, pourrir la vie et la menacer d'extinction, ne peut être un produit engendré par la fatalité ou provoqué consciemment par des manœuvres politiques. Basses et criminelles seraient celles-ci, si c'en était le cas. L'eau n'est pas responsable de ceci, affirme-t-on à l'autorité compétente, mettant par conséquent au banc des accusés «les fruits et légumes mal lavés». Ceci tend à prouver une défaillance dans la chaîne du contrôle tant des services du ministère de l'Agriculture que ceux du Commerce. Le pays est en pleine panique, le robinet, le melon, la pastèque sont boudés, soit le dessert et la flotte des pauvres, alors que l'eau dite minérale prend des pentes et enrichit davantage les puisatiers industriels et les sourciers à grande échelle. Les chargés de ces secteurs peinent à se faire voir et surtout convaincre pour tranquilliser la population. L'on saura d'ici peu un autre jeu de jet de responsabilité. Ce n'est pas moi, c'est l'autre. Assurément, moi et toi. Le citoyen, le consommateur, cet auteur-victime ultérieur. Ainsi, comment ne pas piquer un «colérat» ?