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Aïn Temouchent: La vigne n'a plus sa place d'antan
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 22 - 09 - 2018

Le secteur de la vini-viticulture négocie aujourd'hui un important tournant de son histoire. Il n'est plus considéré comme une richesse du bled. Victime des atermoiements des politiques, plombée par les tabous culturels et dépouillée de son immense potentiel hérité de l'ère du colonialisme, la vigne a du mal à se refaire une santé dans cette contrée témouchentoise au sein de laquelle elle entretenait pourtant des rapports intimes avec la population.
Des lustres durant, le raisin a constitué l'épine dorsale de l'économie locale. On dit même que la plantation du raisin remonte à l'époque romaine. Depuis, la période des vendanges était devenue un rituel festif qui débordait des champs pour gagner la zone envahie par des ruches de gosses guettant le passage des « pastéras », ces tracteurs remplis de grappes juteuses qui allaient déverser leur contenu dans les caves des Duffaud, Meyer, Karsenty ou la Viticoop de Sidi Saïd. L'odeur de la vinasse se répandait partout jusque dans les maisons. Aïn Temouchent, naguère la plus riche région viticole d'Algérie, peut-elle vraiment se passer d'une culture séculaire profondément enracinée dans le terroir ? Une question intéressante et plus que jamais d'actualité. D'abord, comparativement avec le blé, elle (la culture de la vigne) est moins sensible aux intempéries. En Algérie, le climat sec diminue les maladies cryptogamiques par rapport aux autres spéculations, la vigne, en revanche, est beaucoup plus résistante.
On comprend dès lors pourquoi les Européens comme les musulmans préféraient un hectare de vigne à dix hectares de blé. Ce qui a fait dire à un Français du contingent qui a écrit un volumineux ouvrage sur la vie des paysans de l'arrondissement d'Aïn Temouchent : « La vigne a chassé le blé, elle a chassé le mouton, elle a chassé la forêt et le palmier nain... »
Avant l'indépendance, la région comptait environ un millier de fermes et 420 caves capables de vinifier toute la production, c'est-à-dire près de 500.000 quintaux de raisin. Pour le seul domaine des Keroulis appartenant à la société Germaine, la récolte en 1960 était d'environ 110.000 hectolitres de vin et moûts à plus de 13° soit 140.000 quintaux de raisin. Un rendement de plus de 100 quintaux à l'hectare. La moyenne étant estimée à l'époque à 78 qx/ha ou 60 hl/ha. Les Keroulis s'étendaient sur une superficie de 1.400 hectares d'un seul tenant. Jusqu'à la fin des années 70, grâce à une main-d'œuvre qualifiée et expérimentée, la vignoble arrivait plutôt bien que mal à maintenir la tradition.
Les ceps de vigne sacrifiés
Le pays, fort de la manne pétrolière et privilégiant l'industrie «industrialisante», ne tarda pas à sacrifier les ceps de vigne sur l'autel de la politique. Les opérations d'arrachage finiront par réduire à sa portion congrue le secteur de la vinification. Des millions d'hectares furent reconvertis en champs de blé, particulièrement dans les anciens fiefs de la colonisation comme la Mitidja ou le Souf-Tell. La localité d'Aïn Temouchent plus que toute autre, dut subir de plein fouet une décision qui s'avérera par la suite infructueuse, voire ruineuse. Lorsque la replantation fut décidée, le potentiel vitivinicole avoisinait avant l'année 2000, les 9.000 hectares contre 56.000 hectares en 1961. Les moyens de transformation de leur côté, telles que les caves, quand elles ne furent pas cédées aux puissants qui les ont revendues à coups de milliards, se trouvaient dans un état de délabrement très avancé. Les opérations de plantation entre 2000 et 2005 touchèrent près de 2.500 hectares de terre pour la vigne de table et 15.000 hectares pour ce qui concerne la vigne de cuve dont l'extension s'est faite en priorité dans les zones de piémonts (Berkeche, Hassasna, Aoubllil), afin de réhabiliter le label V.A.O.G. (Vin d'appellation d'origine garantie). Le potentiel viticole en place a été évalué à 24.909 hectares contre 97.160 hectares pour les céréales. La campagne vendange vinification mobilise bon an mal an une vingtaine de caves, compte tenu des déboires vécus par la corporation des viticulteurs, les prévisions ont été revues à la baisse. Moins de 200.000 quintaux, il y a dix ans. Dérisoire par rapport aux premières années de l'indépendance.
Le P.N.D.A. (Plan national de développement agricole) a permis donc de complanter une superficie de près de 16.500 hectares. L'ONCV refuse désormais de prendre le raisin jugé de mauvaise qualité, entre autres le «Merseguerra» qui a pourri sur pied dans certaines zones, faute d'acquéreurs. L'Alicante et le Cinsault occupent également des superficies sans commune mesure avec les besoins de l'encépagement vu les normes admises dans l'élaboration des vins d'assemblage. Les cépages dits double fin sont actuellement prédominants à hauteur de 60%, alors que leur valeur organoleptique est infime. Ils n'entrent dans la composition du vin que pour ajouter du volume, mais les viticulteurs soucieux d'abord de rentabilité l'écoulent frais sur le marché. Une précaution inutile puisque la surproduction a fait chuter les prix. Les vinificateurs s'étant montrés plus exigeants. Les nouveaux cépages tels que le Cardinal Merlot, le Pinot ou le Cabernet Sauvignon, réputés plus savoureux, sont enlevés à des tarifs plus intéressants. Il reste que le vignoble, faute de main-d'œuvre qualifiée et de moyens modernes de transformation, est en passe de céder définitivement le terrain au blé, moins résistant mais plus rentable. Le grand souci, c'est qu'il est tributaire des éléments naturels, notamment la pluie. Une dépendance sujette à quelques inquiétudes étant donné que le réchauffement de la planète a entraîné des bouleversements climatiques.
En définitive, la mort programmée du vignoble risque d'ôter à la contrée une de ses richesses historiques. Les conditions de vinification du raisin ne sont plus les mêmes qu'il y a trente ans, car le fait de jouir d'un microclimat ne suffit plus, empêche le sucre dont le raisin algérien est particulièrement riche, de se transformer en alcool. Dans ce cas-là, certains ajoutent du sucre pour élever le taux d'alcool ou pratiquent le mouillage des vins quand ceux-ci affichent plus de 12°. Le cep de vigne, en outre, n'est pas gourmand en eau, un minimum de 350 mm par an et une pluviométrie idéale se situe entre 600 et 650 millimètres/an. Autre atout surprenant, la sécheresse pallie par deux avantages, primo elle augmente la teneur en eau du raisin, et secundo elle diminue les maladies et donc des frais de traitement préventifs du vignoble.
Un dilemme
La vigne a aussi la caractéristique de puiser, grâce à ses racines profondes, dans les réserves d'eau que ne peuvent atteindre ni le blé ni l'herbe. En aval, il faut savoir que les caves ont besoin de beaucoup d'eau à la fin de l'été. Le refroidissement des caves est une question de vie ou de mort pour le vin avant sa bonification, c'est ce qui ressort d'une émission de la chaîne française FR2 intitulée « Envoyé spécial » qui a consacré un excellent reportage sur la vigne et le vin rosé du cru français. La méticulosité et l'esprit d'initiative des vignerons de l'Hexagone sont tout à fait remarquables. Des progrès extraordinaires dont nous soupçonnions à peine l'existence, du fait du parcours chaotique de la vigne en Algérie. A titre d'exemple, nous avons retenu que certains vignerons préféraient vendanger la nuit, sous les projecteurs, afin de profiter de la fraîcheur, sachant que le raisin se bonifie mieux quand il est cueilli à une basse température. Ces techniques reprises par les Américains et les Russes ont amélioré la qualité du vin et permis à ces pays de bien se positionner sur les marchés européen et asiatique.
Tout le processus est mécanisé - il n'y a pas de coupeurs - et des bacs de refroidissement remplacent les écoulements d'eau. Une armada d'experts et spécialistes contrôlent la fabrication du vin. Des subtils dosages aux fines colorations, toute une équipe contribue à la création du millésime. Finalement, le développement de n'importe quelle filière agricole demeure l'affaire des agriculteurs, de leur volonté de prendre en compte les aspects novateurs, conditionnant la production dont ils sont les principaux responsables. Cette dimension technique a été à l'évidence mal appréhendée par nos fellahs et peu encouragée par les pouvoirs publics qui se sont limités à délivrer des aides. D'autres considérations d'ordre politico-religieuses ont probablement influé sur l'état de rabougrissement de la vini-viticulture, en accusant les services agricoles d'avoir imposé des cépages non conformes, les viticulteurs ou du moins certains d'entre eux, ont trouvé un alibi à leurs velléités pour masquer la finalité des aides consenties ou simplement faire l'impasse sur une question qui dérange leur spiritualité. Ils se sont rabattus sur le raisin de table, notamment le Dattier et le Cardinal, vendus actuellement au prix de 200 dinars le kilo pour augmenter leurs bénéfices sans trop d'efforts. Et dire que durant la période faste du vignoble, la majorité des autochtones n'achetaient pas leur raisin. Il suffisait d'aller le cueillir ou d'attendre le passage des remorques qui sillonnaient la contrée pour remplir le «cabasso».
Mais la grande interrogation demeure posée. Peut-on se passer du vignoble ? Si c'est oui, il est temps alors de se mettre à niveau pour devenir concurrentiel et tirer le maximum du raisin et de ses dérivés. Dans le cas contraire, il faudra repenser la stratégie préconisée et réfléchir sérieusement à un substitut de la vigne. Déchirant dilemme.


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