Eliminatoires de la CAN 2021: L'Algérie connait ses adversaires    Bahloul échoue aux élections du conseil exécutif de la CAF    Amar Ghoul placé en détention provisoire à la prison d'El Harrach    L'état de santé de Lakhdar Bouregâa inquiète ses avocats    Sonelgaz recourt à l'emprunt international    «Les pays émergents doivent leur essor au secteur privé producteur de richesses»    Trump accusé de racisme par le Congrès    13 personnalités proposées pour le dialogue    Sit-in devant la cour d'Alger pour la libération des détenus : La solidarité s'élargit    A la conquête de la seconde étoile !    Vendredi particulier en Algérie et au Caire    Baccalauréat 2019 : Les résultats connus aujourd'hui    Relogement de 71 familles    Arrestation de plusieurs malfaiteurs dans différentes localités    Arrestation de trois étudiants en flagrant délit de chantage    Révolution populaire : mémoire, identité et avatars constitutionnels    ACTUCULT    La mise en œuvre de l'Accord d'Alger sur le Mali toujours «en cours»    «La SPA Soprovi est le seul opérateur agréé dans le montage des véhicules en Algérie»    La France se dote d'un commandement de l'espace    La protection de l'enfance, «une responsabilité collective»    Brèves de Boumerdès    Oran : Un vaste réseau de trafiquants de véhicules démantelé    La campagne lancée à la veille du match de la finale de la CAN    Des personnalités conduiront le processus    Concours Cheikh Abdelhamid Benbadis    Bouira retrouve son ambiance nocturne    Village Sahel (Bouzeguène) : Ouverture, demain, du Festival Raconte-arts    LE JUSTE MILIEU    ASMO - Malgré les instructions du wali: Le bricolage se poursuit    Des habitants tirent la sonnette d'alarme: Oran impuissante face aux chiens errants !    Doit-on s'inquiéter du mode de gouvernance de Sonatrach ?    A quand le «provisoire» de ce «gouvernement» ?    Transition, débat politique et euphorie footballistique : mobilisations collectives et fluidité politique    Des points de vente pour l'approvisionnement des boulangers: 33 minoteries fermées à Oran    Chlef: Du nouveau pour les chemins communaux    La footballisation des esprits ou la défaite de la pensée    Algérie : «Pour enchaîner les peuples, on commence par les endormir»*    L'épuration ou le crime d'« indignité nationale »    Pour accompagner la dynamique nationale de développement : Nécessité de renforcer la production de l'énergie électrique    Récompense : Des tablettes des avancées technologiques du jeu remises aux quarts-de-finaliste    Niqab en Tunisie: "Montrez-moi patte blanche ou je n'ouvrirai point"    Saisie en 2012 : L'OMC donne raison à la Chine contre les USA    Syrie : Les combats s'intensifient à Idleb aggravant la situation humanitaire    Banques : Wells Fargo accroît son bénéfice, la marge d'intérêts sous pression    Le calvaire des usagers    Les 13 personnalités du Forum civil    Les élues démocrates répondent à Trump    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





«J'ai couru vers le Nil»* de Alaa El Aswany: Comment la révolution égyptienne a été brisée ?
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 15 - 06 - 2019

Un ouvrage profond où domine le courage politique et intellectuel de Alla El Aswany qui appréhende frontalement les évènements politiques de l'Egypte durant l'année 2011.
Le roman est au cœur de l'histoire de la révolution égyptienne. Il décrit au quotidien les luttes, les rêves des jeunes Egyptiens pour une vie plus libre, mais aussi les manipulations sordides, les mensonges, les humiliations et les tortures déployées par le pouvoir militaire pour conserver le même système politique.
L'ouvrage se veut un témoignage diversifié de ce qui s'est réellement passé durant cette période à la fois pleine d'espérance et de retournement brutal de situations dramatiques du fait du politique approprié par la hiérarchie militaire, où le pouvoir apparaît dans toute sa monstruosité.
Le livre est impressionnant par les détails qu'il apporte sur les pratiques sociales diversifiées des personnes confrontées à cette révolution qui se voulait citoyenne. Il met en scène des trajectoires sociales différentes des acteurs sociaux. Certains vont opter résolument, en se mobilisant de tout leur être, jour et nuit, quels que soient les risques encourus, pour la révolution localisée à la Place Tahrir (libération) devenue historique de par sa réappropriation collective par les Egyptiens. D'autres personnes, au contraire, sont prêtes à accepter toutes les domestications pour obtenir les faveurs des plus puissants, dévoilant le recyclage politique des uns, les stratégies matrimoniales des autres, pour capter de façon à la fois hypocrite et violente l'argent, le pouvoir et le sexe dans un système qui fonctionne dans le donnant-donnant. Il instrumentalise les médias, le religieux et les patrons d'entreprise, pour accéder dans le mépris le plus abject, à imposer son diktat sur la société. Tout va être fait par le pouvoir pour «réussir» à discréditer auprès des gens de peu, les jeunes Egyptiens défiant le pouvoir militaire. Les médias se chargent d'opérer des montages audiovisuels. Les journalistes ont pour ordre de capter les personnes qu'il s'agit «d'acheter» pour dire leur regret d'avoir participé à la lutte pour la liberté contre le pouvoir. Elles se mettent en scène, le visage caché, se reniant totalement, pour s'étiqueter comme des «traîtres» au service de puissances étrangères, payées par elles, notamment Israël.
Le grand imam, travaillant en étroite collaboration avec le responsable de la sécurité militaire, est constamment mobilisé pour soutenir activement le pouvoir militaire, en échange de privilèges importants.
Il n'hésite pas à évoquer à la télévision, l'importance de l'obéissance, de la «sagesse» face aux plus puissants.
La religion est ici domestiquée, retravaillée par ses acteurs, pour faire plaisir aux maîtres du moment.
La formidable utopie des jeunes Egyptiens prêts à tous les sacrifices pour vivre leur amour, leur liberté, leur émancipation politique, contraste avec la répression aveugle des militaires, les humiliations subies par les Egyptiennes contraintes de subir par la force le test de virginité. Un moyen extrêmement violent qui dévoile la volonté acharnée du pouvoir pour rabaisser l'Autre dans l'indignité la plus sordide, en insultant ce corps nu de la femme sans défense, de la façon la plus inhumaine qu'il soit. Ecoutons ces propos rapportés par l'auteur : «Je me suis mise nue devant eux. C'était la fête. Une quantité d'officiers et de policiers contemplaient le spectacle. Après que je lui ai dit de fermer la fenêtre, l'officier m'a à nouveau envoyé des décharges en m'insultant, et je me suis soumise» (p. 265). L'auteur n'hésite pas à faire parler des témoins qui décrivent avec force et précision ce qu'ils ont subi dans leur corps, et qui restera à jamais gravé dans leur histoire personnelle. Cet ouvrage est bouleversant. Il indique le drame d'une révolution passionnante avortée par la force des armes, les manipulations multiples pour la dévier de sa trajectoire dominée par cet élan émancipateur déployé de si belle manière par les jeunes Egyptiens.
Dans la quatrième de couverture, l'éditeur note la pluralité des postures qui ont profondément marqué la révolution racontée avec beaucoup de profondeur par l'auteur. «Chacun incarne une facette de cette révolution qui marque un point de rupture, dans leur destinée et dans celle de leur pays. Espoir, désir, hypocrisie, répression. El Aswany assemble ici les pièces de l'histoire égyptienne récente, frappée au coin de la dictature, et convoque le souffle d'une révolution qui est aussi la sienne. A ce jour, ce roman est interdit de publication en Egypte».
*Actes du Sud, 2018


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.