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Coronavirus Covid-19 : une maladie sans visage, un visage sans maladie !
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 06 - 06 - 2020

« Ils sont en train de détruire la planète... La bonne nouvelle, c'est que comme toute créature vivante, la terre possède également un système immunitaire et que tôt ou tard elle se mettra à rejeter les agents porteurs de maladies, telle l'industrie pétrolière. Et avant espérons-le qu'on finisse comme l'Atlantide et la Lémurie» Thomas Pinchon
Le coronavirus Covid-19 n'épargne personne, ni les gouvernants, ni les gouvernés, ni les militaires, ni les civils, ni les croyants, ni les mécréants, ni les riches, ni les pauvres, ni les vieux, ni les jeunes. Il est invisible, incolore et inodore. Il passe de main en main, de bouche à bouche et de lit en lit. C'est un ennemi redoutable. Il est l'air qu'on respire, le verre qu'on tient, il est partout et personne ne le voit. Le coronavirus n'a ni âge, ni sexe, ni religion, ni frontières. Pour éviter sa propagation, les autorités ont ordonné le confinement de la population menacée. La mort et la vie font chambre à part. Chacune est confinée dans sa chambre. Les vieux sont les plus fragiles. Nous récoltons dans la vieillesse ce que nous avons semé dans notre jeunesse.
Nous avons fait de notre progéniture des enfants rois, alors pourquoi s'étonner qu'ils deviennent des adultes tyrans ; la richesse ne nous épargne ni de la cruauté de nos enfants, ni de la maladie, ni de la vieillesse, ni de la mort. Malades et abandonnés par nos enfants, nous partions nous soigner dans les hôpitaux parisiens, recherchant la quiétude et finir nos jours dans les bras de notre mère patrie la France. Nos grands-parents ont participé à la libération de la France de l'occupation nazie ; nos parents l'ont aidée dans sa reconstruction ; nos enfants se sont installés durablement sur le sol français. Une fois décédés, de retour sur notre sol natal dans des cercueils plombés pour être enterrés selon le rite musulman dans un cimetière populaire par des gens que nous n'avons jamais côtoyés durant notre vie entière. Nous vivons à l'occidentale et nous sommes inhumés à l'orientale. Une fois mis sous terre, nos enfants s'entretueront pour le partage de l'héritage tout en nous méprisant. Seule la mort arrête cette course infernale vers plus de richesse, plus de gloire, plus de plaisir. Nous cherchons en vain notre bonheur dans la possession des biens matériels.
En vérité, ce n'est pas nous qui possédons les biens, ce sont les biens qui nous possèdent. Plus nous avons de biens, plus nous en voulons, moins nous avons de temps pour nous-mêmes. Le bonheur n'est pas dans la possession des biens mais dans la possession de soi. Jeunes, nous usons prématurément notre santé pour gagner plus d'argent, vieux nous dépensons cet argent pour retaper cette santé vacillante. Nous pouvons acheter des lunettes mais nous ne pouvons pas acheter la vue, nous pouvons nous offrir un lit luxueux mais nous ne pouvons pas acheter le sommeil, nous pouvons acheter du sexe mais nous ne pouvons pas acheter l'amour. Tout cela et infiniment plus est un don de Dieu et non un produit de l'homme.
Il est vrai d'affirmer qu'un minimum de confort est nécessaire à l'exercice de la vertu comme il est juste de dire que l'extrême pauvreté comme l'extrême richesse mènent vers l'impasse. La solution est dans le juste milieu : la tradition musulmane nous apprend que se lever le matin en bonne santé physique et mentale et disposer pour soi et sa famille de quoi se nourrir la journée vous donne le sentiment de posséder les biens de la planète tout entière. Evidemment le contentement est une valeur qui a perdu ses lettres de noblesse par les temps qui courent. Dans ce monde, nous ne sommes qu'un numéro dans une course effrénée vers plus de richesses. La consommation devient ostentatoire, signe de distinction de classe, tous sont malades de l'argent, tous finalement regardent vers les revenus pétroliers et gaziers pour étancher cette soif. La richesse distribuée ne craint pas de se montrer au grand jour tandis que les inégalités sociales s'accroissent. La corruption et la mauvaise gestion des ressources conduisent la majorité de la population à un appauvrissement certain. Grâce au pétrole, l'argent facile coule à flots, les hommes au pouvoir ne sont pour rien dans cette abondance, à la fois illusoire et éphémère. De nos jours, le diable est devenu plus percutant que par le passé, il ne tente plus les hommes par la pauvreté mais par la richesse. C'est la course à la richesse matérielle jusqu'à ce que l'on « visite la tombe ».
C'est l'ère de la démesure et le début de la démence. Satan est devenu plus percutant que par le passé, il ne tente plus par la pauvreté mais par l'argent. La mort est une lanterne qui nous éclaire sur les chemins de la vie. « Le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions ».Les valeurs fortes d'une société sont le respect de la dignité accordée équitablement à tous les individus qui la composent et les chances accordées à chacun pour réaliser son potentiel. Aucune société au monde ne refuse ces idéaux. La jeunesse semble vouloir l'égalité comme un droit, un droit à l'emploi, au logement, à la vie. Bref, un droit perçu comme une manière de parvenir à l'âge adulte. De plus, elle doute des capacités de l'Etat à résoudre ses problèmes existentiels. Il est difficile de prévoir où et quand la maladie se manifestera car il existe une grande différence entre une propension à la maladie et la manifestation réelle sur le terrain. La disposition à la maladie est le résultat, nous semble-t-il, de la contradiction entre la dépendance et la marginalisation. Le Covid-19 traite de la rupture, du désordre et de l'ordre. Il défie la raison et brise le silence. Aujourd'hui, une analyse sur la société se fonde sur le professionnalisme, la compétence et l'honnêteté intellectuelle. Or que constatons-nous ? Certains intellectuels se compromettent ouvertement avec le régime en place afin d'assurer ou de préserver leur statut sans fournir une production de qualité ; d'autres soutiennent volontairement et fidèlement n'importe quel régime au pouvoir pourvu qu'ils soient bien lotis. Les intellectuels en Algérie ont tendance à véhiculer des valeurs ostentatoires et consommatoires. Nous sommes en présence d'un domaine de la recherche encore inexploré qui considère le Covid-19 non comme un symptôme mais le résultat d'un modèle de développement qui a échoué ; car le développement n'engendre pas seulement des crises économiques mais également une crise identitaire, de rationalité et de légitimité. L'Algérie paie un prix élevé sur le plan politique et social pour ce type de développement qui a détruit une économie locale de subsistance, poussé à un exode rural massif et à une urbanisation féroce et sauvage sous le crédo du développement et de la modernisation, marginalisé une frange importante de la population et accru la dépendance du pays vis-à-vis de l'étranger. Le tout a exaspéré les contradictions sociales, sources de toutes formes de maladies. L'expérience montre que lorsque la maladie se propage, elle engendre son propre dynamisme c'est-à-dire qu'elle génère son propre discours. La démocratie comme soupape de sécurité devient alors une façade derrière laquelle les couches compradores, l'hégémonie étrangère, les sociétés multinationales travaillent ensemble dans leurs propres intérêts.
L'erreur au départ était la mise en œuvre d'un modèle de développement « soufflé » de l'extérieur, favorisant les puissances métropolitaines et faisant table rase du passé. Les espoirs que les économistes avaient fondé sur ce modèle de développement ne se sont jamais réalisés d'où un écart entre les programmes politiques et leurs résultats concrets : une politique médiocre et une économie désastreuse. Il est indispensable et urgent de repenser le développement économique et politique dans un contexte de crise sanitaire car le Covid-19 rejette le conformisme politique et les formes de pensée conventionnelles. Il s'agit de prendre conscience de l'échec d'une tentative de développement et de modernisation et d'en tirer les conclusions au plus tôt. C'est pour avoir nié cette évidence que beaucoup de sociétés en cours de modernisation sont devenues vulnérables aux idéologies totalitaires lorsqu'elles cherchaient à se développer, à s'industrialiser. Car le développement crée l'inégalité, la modernisation l'accentue. Nous sommes théoriquement, politiquement, économiquement et socialement mal préparés aux contradictions et aux incertitudes de la vie sociale moderne.
En effet, il est inconfortable pour un Etat de considérer le « fatalisme » comme une mise en accusation de la société ou comme la conséquence d'erreurs économiques et politiques graves, comme il est difficile à une société d'admettre que sa survie dépend de l'étranger. Il est vrai que les explications d'ordre sociologiques tendant implicitement à fournir une couverture idéologique au « fatalisme » en lui accordant une certaine légitimité sont dangereuses comme il juste de penser que les recettes économiques menacent l'intégrité physique des citoyens, compte tenu du faible niveau de la production locale, du taux démographique élevé et de la forte dépendance algérienne vis-à-vis de l'étranger.
C'est pourquoi, les solutions politiques retenues, telles que la recherche de relais institutionnels à même de désamorcer les conflits, la mise en valeur du régime en glorifiant sans succès un passé révolu. Avec le temps, les pays marginaux comme l'Algérie contrôleront de moins en moins leurs ressources et leur espace sur la carte géopolitique qui se dessine dans les états-majors des pays occidentaux. Sur cette carte, les nations faibles n'ont plus de place.
La famine sera le critère de sélection biologique dominant. En politique, les gouvernants ne devraient pas être imprévoyants, les hommes politiques ne devraient pas abuser de leur pouvoir. Ils devraient respecter leur fonction et être capables d'écouter, d'observer et de comprendre les ressorts de la société qu'ils dirigent.
En un mot, avoir une vision globale et lointaine eu égard aux enjeux qui se profilent. La tâche principale d'un gouvernement est d'empêcher qu'une population qui a goûté à la sécurité, au confort et à la facilité, de sombrer dans la peur, la famine et le chaos. Car un faible niveau de développement et ou de modernisation n'apporterait qu'amertume et désespoir. Il nous semble que la solution radicale et définitive à cette situation est la mobilisation interne des ressources, un contrôle politique autonome et la création d'infrastructures pour redresser la production intérieure au lieu du développement des échanges inégalitaires avec l'extérieur par des moyens politiques. Bref, il s'agit de remédier à une productivité défaillante en renforçant la discipline du travail, en intégrant les marginaux dans la sphère productive, en reculant l'emprise de la rente spéculative sur la société et sur l'économie, en sécurisant les investisseurs locaux et en instaurant des mécanismes obligeant les gouvernants à rendre compte de leur gestion. Pour ce faire, la société doit posséder ou former des personnes aptes à imaginer des choix potentiels, à apprécier les alternatives et tester les nouvelles possibilités.
La richesse la plus importante de tout pays, c'est le travail de ses habitants, leurs aptitudes, leurs expériences, leurs facultés d'adaptation, leurs comportements, leur sens de l'effort et leur santé mentale et physique. C'est pour avoir oublié cette évidence que des nations disparaissent au profit d'autres plus performantes, plus dynamiques et plus clairvoyantes. L'histoire récente du pays a montré que l'accumulation des pétrodollars et l'insertion au marché mondial sans stratégie et sans planification ne mènent pas nécessairement au développement mais à la dilapidation, à la corruption, à la maladie, à la fragilisation du système immunitaire.
*Dr


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