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«L'instinct du médecin légiste» du Professeur Rachid Belhadj
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 28 - 11 - 2020

«La découverte d'une personne décédée dans des circonstances violentes ou suspectes a toujours bouleversé les sentiments les plus profonds de notre âme et de notre corps, réveillant en nous cette phobie cellulaire
de mourir un jour dans les mêmes circonstances.»
Professeur Rachid Belhadj est chef de service Médecine légale et directeur des Activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha Pacha d'Algérie. Cet exergue est tiré de son livre «L'instinct du médecin légiste » où il décortique, écrit-il, «des situations qui déclenchent en nous des mécanismes complexes de défense et d'intelligence pour catalyser, en fin de compte, nos instincts et nos intuitions les plus profonds à la recherche de la vérité(...)». Il fait savoir aux lecteurs que son livre «relate quelques histoires criminelles ayant eu lieu à Alger durant les années 2000, des affaires riches en émotions où l'impossible n'est pas interdit dans les esprits des spécialistes de la gestion de la scène du crime». Des crimes qui, écrit-il, ont été «solutionnés en un temps record, dans le respect des règles et investigations scientifiques, procédures pénales et de la dignité humaine».
Prof Belhadj a mis en avant « la ténacité et l'expérience professionnelle de l'ensemble des acteurs » qui doivent entreprendre des opérations, disons-le, macabres pour élucider le crime, ses circonstances et dévoiler son auteur et (ses) armes. Il cite «officiers de la police judiciaire, enquêteurs, médecins légistes, magistrats et police scientifique(...) avec la collaboration du médecin légiste» qu'il est à ce jour. C'est ce même Prof Belhadj qui nous a dit dans l'édition du 15 novembre dernier que «les décès des malades Covid exigent de nous qu'on les diagnostique, parfois en procédant à la PCR ou à une autopsie, on doit mettre le corps dans un sac, bien le fermer et le mettre dans une morgue dédiée au Covid, en attendant son identification par la famille, on oblige au respect strict des gestes barrières pour éviter que le cadavre ne contamine ses proches, parce qu'il peut être contagieux au niveau de certaines parties (s'il est manipulé au moment du lavage rituel), c'est pour cela qu'on refuse qu'il soit lavé ».
Le devoir «du silence»
Il nous décrivait les actes et procédures entrepris à Mustapha depuis que la pandémie du Covid-19 sévit à grande échelle.
Mais dans son livre l'approche diffère totalement tant il est du devoir du médecin légiste d'autopsier un cadavre sans en ébruiter les résultats parce qu'écrit-il « notre expérience nous a appris que le silence est d'or dans toutes les phases de l'autopsie(...), la seule partie habilitée légalement à fournir des informations à la famille sur les causes du décès est l'autorité judiciaire et personne d'autre ». Il témoigne en sa qualité de médecin légiste que « je ne peux faire l'économie de rappeler que l'opération d'autopsie en vue de déterminer les causes directes ou indirectes du décès est considérée comme l'une des opérations médicales les plus difficiles surtout dans ces cas de morts non violentes ou encore dans les cas de corps calcinés ou en putréfaction, où les parties judiciaires et de sûreté comptent sur les réponses à toutes les questions posées pour élucider le crime(...) ». La salle d'autopsie, écrit-il, «était dans un état de dégradation avancé, mais qui malgré cet état de délabrement a vu passer «sur sa table complètement abîmée des corps de personnes ordinaires et de personnalités connues ou haut placées à l'exemple du corps du défunt directeur général de la sûreté nationale, Ali Tounsi, assassiné dans son bureau, des 7 moines assassinés à Tibhirine dans la wilaya de Médéa, du Français décapité Hervé Gourdel, des victimes de l'attaque terroriste menée contre la base de vie de la centrale gazière de Tiguentourine dans la wilaya d'Illizi ». D'autres « à la veille de l'indépendance, commis par l'OAS (Organisation armée secrète), notamment l'attentat au port d'Alger, les événements fratricides entre moudjahidine juste après l'indépendance, les événements en relation avec les manifestations de l'ex-FIS dissous, du terrorisme et de la décennie noire(....), l'attentat à la voiture piégée du Bd Amirouche, la Maison de la presse Tahar Djaout, du Palais du Gouvernement, les catastrophes naturelles, les inondations de Bab El Oued, le séisme de Boumerdès(...)».
L'effroyable violence familiale
Les faits relatés par Prof Belhadj dans «L'instinct du médecin légiste» remontent à 2016. Il prévient en préambule que «le travail dans le domaine de la médecine légale est pénible et éprouvant psychologiquement et physiquement». En notant qu'à cette époque, «nous traitions pas moins de 40 victimes de violence des deux sexes». Sa remarque -de taille- est que «la violence familiale a gangréné la structure et le ciment qui fondent la famille algérienne, augmentant de manière inquiétante et effroyable, un phénomène qui avait commencé à dévorer la société comme le feraient des tissus du corps humain, les cellules cancéreuses». D'autres autopsies se faisaient «en moyenne sur trois ou quatre cadavres par jour et un plus grand nombre au lendemain des weekends».
Digne d'un polar, le livre est construit cependant sur des faits bien réels et déroule les différentes étapes d'autopsies sur des cadavres assassinés parfois par leurs propres proches. Prof Belhadj écrit en effet qu'«il m'est arrivé de recevoir des gens dans mon bureau qui étaient au comble de l'émotion et de l'affliction par la perte d'un être cher ou un proche, voire même un ami, pour s'avérer plus tard être ceux-là mêmes qui ont maltraité et tué la victime ».
Il est 9h du matin en cette année 2006. La secrétaire fait part au Prof Belhadj d'un «dossier spécial avec une demande d'autopsie sur le corps d'une femme assassinée avec une arme à feu, dans un appartement, selon la déposition du frère de la victime». Première de ses questions : «le dossier est-il accompagné d'une réquisition médicale ?». La réponse par non de la secrétaire lui fait dire «dans ce cas il vaut mieux attendre l'envoi de la réquisition à nos services, s'assurer qu'il n'y a pas d'erreur et que la mission qui nous est confiée y est bien précisée». La secrétaire nuance, «Docteur, nous avons bien une réquisition transmise par les services de transport des corps dépendants de la morgue d'El Alia mais ce n'est pas le document original, c'est une copie conforme». Je ne pouvais supporter, écrit-il, «ce que j'entendais et me suis dit se peut-il que l'absence de coordination entre la morgue d'El Alia et notre service atteigne ces proportions ?(...).
«Mon Dieu ! Qu'as-tu fait ?»
Malheureusement, nous enregistrions parfois l'arrivée d'un corps au service de médecine légale qui devait séjourner encore des heures entières dans l'ambulance mortuaire en attentant l'arrivée de la réquisition. » Un temps d'attente qui, note-t-il, « est du point de vue médical une cause directe et suffisante pour que le cadavre se putréfie et pour que des modifications se produisent sur les blessures rendant forcément les preuves irrécouvrables ». Le dossier remis par la secrétaire « était vide ne comportant que la demande d'autopsie (....) », remarque-t-il. Le crime devant être élucidé a été perpétré selon le témoignage de la sœur et du frère de la victime rapporté dans le livre sur «une personne (leur sœur âgée) de 32 ans, divorcée, avec une fille unique, originaire de l'intérieur du pays, issue d'une famille pauvre, travaillant comme femme de ménage chez une dame connue, riche et influente répondant au nom de Madame Affef». La victime, écrit l'auteur, « a été retrouvée morte assassinée dans la maison de sa patronne, avec une arme à feu, après que le ou les auteurs eurent volé tout l'argent et les bijoux de la propriétaire de la maison ». Il décrit « les nombreuses étapes méthodiques de construction de l'affaire » que le médecin légiste se doit de marquer en entreprenant l'autopsie en tant que «personne de science et de connaissances qui doit respecter la loi, l'éthique médicale et les droits de l'homme, et mettre sa science, son savoir et son expérience au service de la justice et de la vérité sans jamais excéder ses limites». Aidé dans sa tâche «par des expérimentés et des professionnels», il affirme ainsi que «vous trouverez forcément les preuves accablantes et irréfutables qui vous permettent d'élucider l'énigme d'un crime (....)».
L'infirmier avait complètement déshabillé la victime, écrit l'auteur. « Mon Dieu ! Qu'as-tu fait ? Pourquoi as-tu enlevé les vêtements de la victime ?», a-t-il crié. Plus loin, Prof Belhadj écrit «je me suis rendu compte que la victime n'a pas été tuée avec une arme à feu»...
L'auteur dénoue le crime dans tous ses travers. Sous le sous-titre «Le rêve», il planche plus loin sur un autre assassinat qui met en rôle deux êtres, «de ce qu'il y a de plus sacré dans la famille, la mère et le père », la victime et son assassin. Un crime commis dans un quartier populaire du vieil Alger... D'autres qu'il autopsie sous l'intitulé «Le cadavre putréfié», «La bombe» ou «L'innocence assassinée». Toutes des affaires douloureuses que Prof Belhadj en tant que médecin légiste évoque et dénoue à ses lecteurs à travers les 275 pages de son livre.


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