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Beni-Saf : De la guillotine à Oran, à l'horrible exhibition publique macabre de Benslimane Mohamed, à l'assassinat des 7 frères Boubakeur, en passant par le « Puits de l'horreur »
Journée nationale du chahid
Publié dans La Nouvelle République le 23 - 02 - 2026

Comme partout sur le territoire national, la Journée nationale du chahid a été commémorée dans le recueillement.
A Béni-saf, chef-lieu de daïra de la wilaya d'Aïn-Témouchent, les autorités locales, civiles, militaires et religieuses, ainsi que les représentants de la grande famille des chouhada, se sont retrouvées au cimetière des martyrs, situé à l'entrée est de la ville, pour une lecture de la fatiha et le dépôt d'une gerbe à la mémoire des héros disparus, dont les noms sont frappés sur le marbre indélébile de la stèle, érigée en leur honneur.
Ce jour-là, Béni-Saf a rendu un vibrant hommage à ses martyrs.
Les chouhada de la glorieuse guerre d'indépendance, resteront les héros éternels, et leur nom, résonnera dans la mémoire collective des vivants, comme une semence en l'honneur du sang versée et de leur sacrifice. C'est dans cet esprit de mémoire et de transmission aux plus jeunes que la ville de Béni-Saf et les beni-safiens, âgés pour les uns et jeunes pour les autres, se souviennent et se recueillent respectueusement soit sur leurs tombes, soit devant la stèle commune érigée, comme un repère physique, soit également au cours de simples discussions en ce mois de février, en se rappelant leur sacrifice. C'est aussi dans cet esprit de tristesse mais aussi de souvenir qu'il est utile de citer les trois chouhada condamnés à mort, par l'armée coloniale française, après avoir subit mille et une tortures, détenus prisonniers à Oran et puis exécutés, guillotinés par cette machine de mort, un 7 février 1957, à peine 3 ans après le déclenchement de l'action armée du 1er novembre 1954 . Ces béni- safiens, avec un courage exceptionnel, se sont pliés, devant la lame tranchante de la guillotine qui allait dans un dernier instant de vie sur terre, leur arracher la tête et leur couper le souffle de vie, cette lame qui allait les décapiter, faisant tomber leur tête dégoulinante de sang, dans un panier prévu à cet effet. Insoutenable et horrible ! Il semblerait que ces décapitations se faisaient en série, par trois, quatre ou cinq condamnés à mort et qu'il est arrivé que les bourreaux à certains moments, hésitaient à remettre la bonne tête avec le bon corps.
Comment des hommes peuvent-ils agir ainsi ?
Il faut vraiment avoir le coeur bien accroché, même si, en fait dans leur esprit, ce n'était que des « indigènes ». Comment peuvent-ils être certains de n'avoir pas confondu tel corps avec telle tête ? Cela n'avait sans doute, pour eux, aucune importance. C'était de la routine. Il faut que ça se sache, Il faut le faire savoir sans haine. Juste pour la connaissance, le savoir, juste pour l'histoire.
Il s'agit des martyrs Sidi Ykhlef Yekhlef, Kebdani Miloud et Soussi Mohamed de Béni-Saf, mais il y avait bien d'autres condamnés qui attendaient dans l'antichambre de la mort. Leurs chants religieux et à la gloire à l'Algérie ne pouvaient que glacer le sang à tout humain, et inévitablement faire serrer le coeur. Il y avait entres autres Bouchriha Ahmed, Mohamed Bentayeb, Houel Bénamar, Kebdani Miloud et Sidi-Ykhlef.
Il semblerait aussi que dans leur immense courage exemplaire, les vivants, pendant quelques instants encore, se « disputaient » à qui affronterait dans ce duel bien inégal, la colère de la guillotine, à qui passerait le premier. A qui allait mourir le premier.
Selon ces faits historiques, c'est Sidi-Ykhlef qui devait arbitrer et déterminer l'ordre pour chacun de ses camarades de qui devait passer sous la lame tranchante. Il se réserva le dernier passage.
A-t-il vu ses amis de cellule mourir, donner leur vie pour l'Algérie ? A-t-il donc vu le sang gicler ? A-t-il vu les soubresauts des corps ? A-t-il senti cette odeur particulière du sang chaud ? Quand son tour arriva, il aurait demandé à ne pas être attaché, et sans menottes, se disant libre, ce pourquoi il combattait, il avança de lui même, vers son bourreau et s'allongea sur le plateau, offrant sa tête à cette machine infernale. Avec un sourire, il aurait déclaré « Ektaa » ( coupe ! )
La violence, la haine de l'arabe et la terreur
Les 3 héros , originaires de Béni-Saf, que je cite plus haut, n'ont pas hésité à combattre, dès les premières heures de la lutte, à combattre les éléments de l'armée française, au cours d'accrochages acharnés, bien que démunis, au contraire des soldats en face. Démunis de matériel certes mais pas de cette volonté indéfectible, de ce courage énorme qui anime l'esprit de ces hommes exceptionnels, décidés à défendre le pays, sans penser à leur devenir, ni à un quelconque autre horizon que celui de l'indépendance, et pour eux, voir peut-être, enfin le drapeau national flottant tout en haut des mâts et sur le fronton des bâtiments. Hélas, ils n'en auront pas cette occasion, leur espoir aura été vain. Ces hommes souvent sans une instruction poussée, ni littéraire, ni technique ni scientifique ( le colonialisme ayant prit la précaution de fermer les portes), et donc sans avoir fait l'école de guerre, avaient quand même, une toute autre instruction, celle de la foi, de l'audace, du courage, du patriotisme. Comme l'ensemble des combattants, ils étaient animés par le seul objectif d'amener les forces françaises à reconnaître leur combat pour la liberté et amener la France coloniale à entamer des discussions, des négociations, après avoir, grâce à leur combat, réussit à internationaliser devant le monde entier, la question de l'Algérie qui n'aspirait qu'à sa souveraineté, à son indépendance Yekhlef, Miloud et Mohamed, n'étaient à Béni-Saf que l'exemple frappant de la dynamique de milliers de leurs frères, tant dans les montagnes, dans les maquis, que dans les douars ou dans les villes. Ils ont combattu, se sont mis en danger et pour beaucoup sont morts à peine sortis, d'une étape de jeunesse, assassinés, sous d'atroces tortures. A Béni-Saf, un peu plus bas que le cimetière des martyrs, en allant vers le centre-ville, se trouve le « Maqam Echahid, » où quelques 400 d'entre eux furent jetés, pour certains encore en vie après la phase torture, du haut de ce puits de l'horreur et qui, encore à ce jour, renferme, dans cette fosse commune, les ossements, au fond de ce trou froid et sombre, matérialisé par une stèle, un simple monument et une grosse grille en fer qui ferme, à ras le sol, l'ouverture de ce puits. Depuis tant d'années, la population cite ce puits en exemple, ce puits dit de l'horreur, où pourraient se trouver leurs proches disparus lors des combats contre les soldats français. Beaucoup de ces disparus n'ont pas eu de sépulture digne de leur abnégation, de leur courage et de leur don de soi. Quand sera-t-il possible d'entamer une exhumation de ces ossements, dont certains pourraient être reconnus par leurs proches, suivant tel ou tel signe distinctif ? Difficile et très douloureuse opération certes, mais la finalité, serait de leur donner une sépulture, un petit espace en terre où les familles pourraient en un recueillement, s'agenouiller et les pleurer. Sur un côté de cette stèle, un épitaphe de quelques mots, fixé au mur de cette stèle rappelle cette terrible réalité, cette barbarie des soldats de la France coloniale. Quand les habitants se remémorent ces « évènements tragiques, il y a comme une soif, un manque, une impression de vouloir en savoir plus, tout un intérêt historique pour cette guerre. Ce sentiment reste présent et même si cela fait vraiment mal, la population regrette que la France, encore aujourd'hui, reste si intransigeante à remettre ses archives, alors que c'est utile pour construire l'histoire commune. Une histoire certes désastreuse entre les deux pays qui se sont si férocement affrontés, sans merci, défendant les uns leur statut du colonialisme, avec un caractère impitoyable, sanguinaire, et pour les autres, leur désir d'indépendance, après 132 ans de misère, d'exactions, de souffrance, de viols, de tueries, tout cela avec un réel déséquilibre de la force, surtout quand on sait, d'une façon générale, que le plus fort veut toujours absolument écraser le plus faible, souvent au prix de la torture, de la terreur, et des assassinats en public pour insuffler la peur et donner l'exemple à celles et ceux qui voudraient se révolter. L'armée française savait tout cela et en usait au quotidien.
A Béni-Saf comme ailleurs, dans les veines coulait le sang de la lutte, de la révolte, de la colère contre l'injustice pour la dignité, pour l'indépendance, contre l'occupation coloniale, terrible, sauvage, qui a créé la haine, qui la fait pousser dans les esprits dès l'enfance, cela devenait une raison pour les enfants, que de voir le père et la mère tués devant soi, devant des yeux innocents mais déjà moralement adultes. Que de souffrances, que de traumatismes dès le plus petit âge ! Que de malheurs ! Comment oublier ? Qui des anciens d'aujourd'hui, ne se souvient de quelques détails de sa vie d'enfant , de sa scolarité, de ses repères ? A cet âge là, la mémoire enregistre et se réveille parfois suite à un déclic, des années, bien des années après. Reconnaître ces affres, ces exactions, ces horreurs, c'est permettre de s'en souvenir avec un état d'esprit apaisé, propice à une condition morale mieux à effacer la douleur de la détestation. On dit bien que le temps reste un des meilleurs remèdes s'il est assimilé quelque peu accepté, pour ne pas en rester prisonnier et en ressentir le mal pour toujours.
Evocation et reconnaissance
Bien sûr, ces martyrs issus de la commune de Béni-Saf, tous n'ont pas donné leur nom à une rue, à une place, à un espace ou à un bâtiment administratif. Ils ont été nombreux à se sacrifier et il est pratiquement impossible de le faire, pour tous. La décision des différentes commissions de décider si tel bâtiment ou telle rue serait dénommé de tel ou tel nom de martyr n'est pas aisée, tant le sacrifice de ces héros est le même pour tous, celui d'avoir donné sa vie pour que les générations puissent vivre indépendants dans un pays souverain.
Des exemples, il y en a, et chaque mort est une mort de trop. Tous ces chouhada ont oeuvré dans le même sens, mais il y a des symboles, abjects et horribles, que les enfants de l'époque, n'ont jamais pu oublier, c'est entres autres, celui de Benslimane Mohamed, dit « Khider El Kebdani » . Un choc pour les habitants, un traumatisme à vie pour les enfants,que de voir, un corps ensanglanté, les jambes et les bras, attachés en croix sur un véhicule militaire, qui avance, à très petite vitesse, dans toutes les rues de la ville et des quartiers alentours.
Une mort atroce, exhibée, à la population terrorisée. Une sauvagerie ! Un cynisme barbare, ignoble, afin que la population soit terrorisée, que la peur s'installe et qu'aucune aide ne soit apportée aux « fellagas », ni eau, ni nourriture, ni abri, ni médicaments et encore moins des soins médicaux pour les blessés. Un message sans équivoque à la population civile « indigène » anéantie devant une telle cruauté affichée publiquement, avec ce sinistre half-track militaire, qui roulait dans les rues de la ville, le corps écartelé de Benslimane, attaché sur le capot. Qui peut oublier une telle scène effroyable ? Quel esprit malade a pu décider une telle ignominie ? Un cauchemar pour les enfants dont les mamans tentaient de cacher le regard vers cette image d'horreur, avec les pans de leur robe. Une image insoutenable contraire aux règles des armées. Un véritable exemple abject de la technique pour terroriser une population civile. Ainsi donc, cette armée n'hésitait pas à employer la terreur pour obtenir l'appui de la population locale contre les moudjahidine, une volonté d'imposer sa certitude que l'Algérie est et doit rester française, et que par conséquent, ces éléments de l'ALN ne seraient qu 'une petite minorité, que des ignorants, analphabètes, des brigands et des semeurs de troubles, mais pas des révolutionnaires, dotés d' un programme et d'une vision au long cours et qu'ils représenteraient pas, en l 'occurrence, les aspirations d'indépendance de la population. Les années qui suivirent prouvèrent tout le contraire.
Autre exemple, aussi terrible, Béni-Saf se souvient de la mort des 7 frères Boubakeur, une fratrie décimée par les tortionnaires de l'armée coloniale française Ils étaient sept. Sept garçons avec le même nom de famille qui hélas, là encore, n'est inscrit nulle part. Aucune rue, aucune place, aucun édifice, ne porte ce nom. Comment qualifier cet « oubli » ? Est-ce que les membres des commissions en charge des dénominations ne connaîtraient-ils donc pas cette histoire, même s'ils ne seraient pas eux-même natifs de Béni-Saf ? Difficile à comprendre, sachant que cela se fait sur la base de dossiers.
Les autorités locales, de la daïra et de la wilaya, chacune en ce qui la concerne, devraient rétablir cet oubli, en mémoire de cette famille, dont les descendants, sans aucun doute, attendent depuis tant d'années, une reconnaissance symbolique qui ferait que si l'on passe devant le nom des Boubakeur affiché ici ou là, ou que l'on demande par exemple une adresse, l'on pourrait se poser la question de savoir qui étaient donc ces sept frères assassinés. Ce ne serait que rendre hommage à toute cette fratrie que de connaître leur histoire, leur sacrifice.
Il y avait Mohamed, Ahmed, Boubekeur, Cheikh, Habib, Boucif, et Miloud, tous des Boubakeur habitants le quartier populaire de Boukourdan (Ségla).
Gloire et honneur aux martyrs dont le nom et les faits d'armes resteront gravés dans la mémoire des algériens !


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