Avant même d'évoquer les dates et les salles, il faut parler d'un attachement. Celui qui unit Marcel Khalifa à l'Algérie ne date pas d'hier. Depuis les années 1980, le musicien libanais entretient avec le public algérien une relation singulière, faite de respect mutuel et d'émotion partagée. Lors de son passage au Salon international du livre d'Alger en 2025, il rappelait d'ailleurs que c'est sur une scène algérienne qu'il avait, pour la première fois, ressenti la force d'un véritable public. Ce souvenir fondateur éclaire son retour prévu pour le Ramadhan 2026. Plus qu'une tournée, il s'agit d'une forme de retrouvailles. À Alger, Oran et Constantine, ses concerts prendront des allures de rendez-vous avec l'histoire, tant son œuvre a accompagné les espoirs et les combats de plusieurs générations. Le oud face à l'orchestre : un dialogue audacieux La capitale ouvrira le bal avec deux soirées programmées les 28 février et 1er mars 2026 à 22h à l'Opéra d'Alger Boualem-Bessaïh. Sur scène, le maître du oud sera entouré de l'orchestre symphonique de l'institution, placé sous la direction du jeune chef Lotfi Saïdi. Le spectacle, intitulé « Quand le luth arabe dialogue avec l'orchestre symphonique », annonce la couleur : il ne s'agira pas d'un simple récital, mais d'une rencontre entre deux univers sonores. Marcel Khalifa n'a jamais cessé d'explorer les possibilités offertes par le métissage musical. En intégrant le oud à des formations symphoniques, il a contribué à redessiner les contours de la musique arabe contemporaine, la sortant de cadres strictement traditionnels pour l'ouvrir à des architectures plus vastes. Après Alger, l'artiste se produira le 4 mars 2026 à la salle Maghreb d'Oran, avant de conclure son périple à la salle Ahmed-Bey de Constantine. Trois escales qui permettront à un large public de renouer avec une voix et un répertoire devenus familiers. Une trajectoire façonnée par la poésie et l'engagement Né le 10 juin 1950 à Amchit, au Liban, Marcel Khalifa découvre la musique dans le cercle familial, guidé par un père flûtiste. Diplômé du Conservatoire national de Beyrouth en 1971, il y enseigne le oud avant de fonder, en 1976, l'ensemble Al Mayadeen. Cette formation devient rapidement le laboratoire d'une chanson engagée, portée par une conscience politique aiguë. Sa collaboration avec le poète palestinien Mahmoud Darwich marque profondément son parcours. En mettant en musique des textes d'une grande intensité, il offre à la poésie un nouvel espace de résonance. Des chansons comme « Oummi », « Rita w'al-Bunduqiya » ou « Jawaz Al Safar » traversent les frontières et s'imposent comme des symboles culturels dans l'ensemble du monde arabe. Son engagement, notamment en faveur de la cause palestinienne, lui vaut d'être souvent comparé à Bob Dylan. Comme l'artiste américain, il fait de la chanson un outil de réflexion et de résistance. Mais au-delà du discours, c'est aussi l'innovation musicale qui distingue son œuvre : il libère le oud de certaines contraintes classiques et l'intègre à des orchestres internationaux, dont l'Orchestre symphonique de Kiev, affirmant ainsi une vision universelle de la musique. Une reconnaissance internationale, une empreinte durable Au fil des décennies, les distinctions viennent saluer cette trajectoire singulière. Prix de la musique palestinienne en 1999, médaille nationale palestinienne des arts et de la culture en 2000, nomination comme artiste pour la Paix par l'Unesco en 2005, Grand Prix Charles-Cros en 2008, puis Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en France en 2018 : autant de marques de reconnaissance pour un créateur qui n'a jamais dissocié art et conscience. Aujourd'hui, son influence dépasse largement le cadre libanais. Ses compositions, mêlant profondeur poétique et richesse instrumentale, continuent de rassembler un public intergénérationnel. En Algérie, son retour en ce mois de Ramadhan s'inscrit dans cette continuité : celle d'un dialogue ancien, nourri par la mémoire et renouvelé par la création. À travers chaque accord de oud, Marcel Khalifa rappelle que la musique peut être à la fois héritage et promesse. Et c'est sans doute cette tension entre fidélité et audace qui explique, encore aujourd'hui, l'enthousiasme suscité par chacune de ses apparitions sur scène.