Gouvernance et Affaires de l'Etat: Le départ de Laagab de la présidence officialisé    Produits de consommation: Le ministre s'explique sur la hausse des prix    Véhicules de moins de trois ans: Ce pourquoi l'importation a été gelée    Affaire autoroute est-ouest: Le procès en appel reporté    Football - Ligue 1: Le WAT respire, le cauchemar continue pour le CABBA    La JSM Tiaret en deuil: Mohamed Zaoui n'est plus    El Ançor: Plus de 4 millions DA pour l'assainissement à la plage des Andalouses    L'ENTERREMENT DES VIVANTS    Organisation de la Omra: Près de 500 agences de voyages candidates    Mots et maux de l'histoire    La Roma sanctionné par une défaite sur tapis vert    Real : Un coach argentin en cas de départ de Zidane ?    Real Madrid: Zidane positif à la Covid-19    Boudjemaa Boushaba, nouveau directeur de l'Education de la wilaya de Sétif    Taïeb Hafsi invité par Cap-Horizon 2054    L'huile d'olive "Dahbia" finaliste au Dubaï Olive Oil 2021    Les Tunisiens ne décolèrent pas    Il veut rendre à l'Amérique son rôle phare dans le monde    L'Espagne ne doit pas céder au «chantage» du Maroc    Réunion d'urgence sur les violences au Darfour    Un prêtre porté disparu dans le Sud-Ouest    Le détenu Mohamed Baba-Nedjar en grève de la faim    Interrogations sur le rôle de l'Anie    Nouveau procès pour le général Saïd Bey    Tebboune subit une intervention chirurgicale réussie sur le pied droit    La demande de liberté provisoire de Rachid Nekkaz rejetée    Duel à distance entre l'ESS et le MCA    "La JSK n'est pas en crise"    Les Rouge et Noir visent la quatrième victoire de suite    Les procès en appel de 11 hirakistes renvoyés au 10 mars    «L'exploitation du schiste n'est pas pour demain»    Pas de marchandises à exporter, ni de navires algériens sillonnant les océans    La plateforme internet en stand-by    «Nous ne recevrons pas la quantité nécessaire de vaccin de façon immédiate»    Découvrez les bienfaits des oméga-3 !    Vu à Alger    Quand l'offre dépasse la demande    «Ni repentance ni excuses», tranche Paris    Cheikh Namous, un grand qui a accompagné les plus grands    A Berlin, une danseuse noire pourfend le racisme dans le ballet classique    Les villes sans cœur : l'Algérien vit comme dans un hôtel, toujours prêt à retourner dans son village !    Deux œuvres algériennes en lice    "Il n'y a qu'en Algérie où on conteste nos symboles"    «En 1981, les Américains ont proposé l'Algérie pour le prix Nobel»    Récifs artificiels : en Algérie, des expériences timides    Jijel : Amarrage d'un bâtiment français à Djendjen    BIDEN, DIDEN ET L'UTOPIE    Cheikh Namous, une vie consacrée à la musique    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.





Les Gilets Jaunes, le Hirak et l'enjeu de la démocratie
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 01 - 12 - 2020

Patrick est un Gilet Jaune ! C'est un gars hors pair avec une faconde inhabituelle. Il aime discuter de tout et de rien. Et entre deux verres, il peut raconter tout un tas d'anecdotes, jusqu'au point que l'on s'imagine qu'il en invente certaines. Parisien de naissance, aucune ville française ne lui est étrangère, tellement la passion du voyage est ancrée dans son esprit. Méditerranéen de culture (d'après sa définition), il s'intéresse à tout ce qui se passe au Maghreb, en particulier l'Algérie, dont il y voit de l'espoir. Il me disait, un tantinet moqueur, que l'homme méditerranéen a deux traits profonds, intimement liés l'un à l'autre : la passion d'abord, puis ensuite la familiarité avec la révolte. Partout où il est, la fumée lacrymogène et la casse y sont ! La dernière fois que l'on s'est vus, c'était en juillet 2019 à Marseille. La ville phocéenne était alors parée de ses plus beaux atours pour organiser un festival culturel sur le livre. »Les Algériens, m'explique-t-il avec un brin de malice brillant au coin des yeux, nous ont enseigné les fondamentaux des révolutions réussies !» «Mais lesquels ?» lui dis-je curieux. «Tout d'abord, l'unité dans l'action, et puis le fait qu'on peut faire une révolution, sans passer forcément par la case lacrymale et la violence, deux choses typiques des révoltes populaires. C'est déjà un exploit pour tous les peuples des deux rives de la mare nostra».
En prononçant ce mot «violence», Patrick a regardé dans le vide, puis l'a répété, pas une fois, mais trois. Pour lui, les choses auraient pu dégénérer en Algérie, si les manifestants n'avaient pas fait montre d'une grande maîtrise de leurs réflexes, et surtout d'une constance dans leur démarche. C'est d'ailleurs, d'après lui toujours, l'erreur que les Gilets Jaunes ont commise en Hexagone. Ces derniers sont entrés directement, pour la plupart, dans le jeu des politiques, en optant pour la force «médiatisée» à outrance afin de faire valoir leurs droits qui sont d'ordre économique. «Et quand on adopte la violence ou la tactique du camp adverse qui essaie de vaincre, dominer et manipuler par la diversion et la force, on tombe forcément dans son labyrinthe». L'exemple algérien, m'explique-t-il, est singulier dans la mesure où la masse populaire avait agi en force symbolique unie dans sa diversité, c'est-à-dire en contrepoids démocratique alternatif dans un rapport de forces complexe contre à la fois des forces anticonstitutionnelles corrompues et des clans satellitaires et larbins courant derrière les dividendes de la rente. En outre, le Hirak avait un fort ancrage dans l'Algérie profonde, ce qui lui a permis de gagner en longévité et en maturité au fil des mois, sans qu'il ne fléchisse devant les tentatives de sa déstabilisation psychologique. «Et tu penses que le mouvement des Gilets Jaunes n'a pas aussi cet ancrage-là ?» «Malheureusement non !» «Mais pourquoi ?» «Parce qu'à la base, c'est un mouvement d'ouvriers salariés, à peine différent des Nuits Debout, que des milliers de Français ont organisées auparavant partout en France !» «C'est-à-dire ?» « C'est simple, quand les Algériens sont sortis, ils n'ont pas demandé d'augmentation de salaires et de pouvoir d'achat, ils n'ont pas demandé de logement ni de l'élévation de leur standard de vie, ni moins encore un dinar qui leur offre des droits aux vacances d'été, mais ils ont demandé une chose, une seule chose qui vaut l'or : la dignité. Or, comme tu le sais mon ami, la dignité, on ne l'achète pas, mais on l'acquiert, on la conquiert, on se l'approprie.
C'est pourquoi, le régime n'a pas pu acheter ni soudoyer les masses algériennes pour qu'elles cessent de manifester, contrairement au Mouvement des Gilets Jaunes qui s'est divisé dès le départ, scindé en catégories syndicales, appâté par les échéances électorales, en cédant aux demandes pressantes des deux extrêmes (de droite et de gauche) !» «Donc, pour toi, sur le long terme, le Hirak peut vraiment réussir ? Je te pose bien sûr cette question, en tenant compte, du fait que les Algériens vivaient dans un Etat de non-droit. Pas comme les Gilets Jaunes, du moins en principe !» «Le Hirak, c'est un espoir pour l'Algérie, les Algériens et la planète entière pour son message de paix et sa croyance dans le changement pacifique des choses. D'ailleurs, en si peu de temps, il a balisé le terrain pour un autre lendemain, il démantelé symboliquement les réseaux de la tricherie et de la mafiocratie qui se nichent en haut de la pyramide, il a revalorisé l'Algérien touché dans sa dignité et il a exposé à la vindicte médiatique mondiale les faussaires. L'espoir est permis, même si le chemin est encore long pour la conquête du pouvoir effectif.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.