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Une virée de la dernière chance ?
Publié dans Le Quotidien d'Oran le 24 - 04 - 2022

Le déplacement du Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, en Ukraine et en Russie, pour y rencontrer les plus hauts responsables des deux pays belligérants, révèle-t-il une volonté réelle de faire taire le langage des armes, ou est-ce le signe d'une incapacité de trouver des solutions diplomatiques à ce conflit, et qu'il s'agit seulement d'une virée dans la forme de la dernière chance à la paix ? Que cela soit l'une ou l'autre option, le déplacement de M. Guterres dans ces deux pays ne peut être anodin. Près de deux mois après l'engagement de l'opération militaire spéciale des Russes en Ukraine (24 février), vue par d'autres comme une invasion militaire pure et simple d'un pays souverain, la situation semble échapper totalement aux mécanismes de gestion des conflits par l'ONU.
Jamais, peut être, l'ONU n'a été aussi marginalisée dans un conflit qui a pris des dimensions mondiales, menaçant de ce fait les équilibres géopolitiques classiques, et faisant planer de multiples crises sur de nombreux pays, alimentaires et énergétiques notamment. Déjà, le soir du 23 février, alors que les membres du Conseil de sécurité devaient tenter d'apaiser les tensions, ils ont été surpris par la précipitation des événements vers la guerre, sans attendre une quelconque parole de médiation onusienne. La suite creusera plus profond encore le fossé entre l'ONU et la Russie, quand le président Poutine ne prend plus la peine de répondre au SG de l'ONU au téléphone, et un président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui n'a parlé au téléphone qu'une seule fois avec le chef de l'ONU (le 26 mars), et qui semble privilégier d'autres sentiers hors des couloirs de l'ONU pour défendre son pays.
Le 5 avril dernier, le chef de l'ONU a expliqué que, compte tenu de l'urgence de la situation, il avait chargé le Coordinateur des secours d'urgence de l'ONU, Martin Griffiths, de se rendre en Russie et en Ukraine pour obtenir un cessez-le-feu humanitaire immédiat, mais devant les difficultés de la mission, il a changé d'avis et a décidé d'aller lui-même parler aux deux chefs d'Etat ukrainien et russe. Ainsi, après avoir envoyé deux correspondances distinctes au président russe et son homologue ukrainien, leur demandant de le recevoir à Moscou et à Kiev, Antonio Guterres sera reçu mardi prochain à Moscou par Vladimir Poutine, où il rencontrera également le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par les agences de presse russes. Mais, rien n'a été précisé quant à sa rencontre avec le président ukrainien, qui aura lieu avant ou après le déplacement à Moscou.
Peut-on espérer un apaisement des tensions dans la région après ce déplacement où se joue non seulement l'issue de ce conflit dramatique, pour les populations ukrainiennes notamment, qui ont par millions fui les zones de combats, et épuisant pour d'autres pays lointains, qui subissent ses effets collatéraux d'une manière très inquiétante ? Que pourrait bien proposer M. Guterres aux deux présidents pour les convaincre d'arranger un cessez-le-feu humanitaire en urgence ? Tout dépend de ce qu'il aura dans sa valise. C'est une mission bien délicate avec en toile de fond la menace d'une implosion de l'ONU elle-même, à cause des divisions profondes dans les rangs des cinq membres permanents de son Conseil de sécurité (Moscou, Washington, Londres, Paris et Pékin).


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