L'action des avocats belges, engagés dans la défense de nombreux militants nationalistes algériens en Belgique et en France durant la guerre de libération, avait pour fin de "relayer l'intelligence et la sensibilité d'un peuple réduit absurdement à l'esclavage" par le colonialisme français, a affirmé le responsable du collectif de ces avocats, Serge Moureaux. "Ce ne sont pas les Belges ou les Français des collectifs ou des réseaux qui ont assuré la victoire finale des accords d'Evian, ce sont les Algériens eux mêmes", a-t-il soutenu, soulignant que "l'organisation efficace montée comme une horloge par le peuple algérien tout entier, a permis aux Algériens de reconquérir leur dignité confisquée". Selon cet avocat, les Belges étaient quelques uns à reconnaitre en temps utile la voix de la justice et à la répercuter puis à servir comme militants, "en suivant à la lettre les directives du GPRA ou de la fédération FLN de France". "Nous avons eu l'humilité d'écouter la voix des opprimés et de cesser de nous gargariser des grandes tirades sur la civilisation occidentale", a-t-il ajouté. Ils étaient peu nombreux ceux qui, de 1954 à 1962, ont osé tenir ce discours et agir en conséquence, en se mettant à la disposition de la fédération de France du FLN, fer de lance en Europe de la guerre de libération. Le prix payé par le peuple algérien dans son combat pour la démocratie et la liberté comme celui pour lequel tant d'Algériens étaient morts en Europe pendant la seconde guerre mondiale, a encouragé ce jeune avocat à l'époque, à s'engager aux côtés des nationalistes algériens. "Je ne puis passer sous silence le prix payé pour tout cela: les ratissages, les bombardements, les camps de concentration, les exécutions sommaires, les exécutions ciblées, les disparitions organisées, la torture systématisée, les enfants, les femmes assassinés", a-t-il expliqué, assurant que les sanctions prises contre lui et Me Cécile Draps par le tribunal militaire de Lille étaient "dérisoires" par rapport à ce que d'autres militants engagés ont subi. Il a cité, à ce titre, l'assassinat de Me Pièrre Popie à Alger, Me Ould Aoudia à Paris, du professeur Laperches à Liège et d'Akli Aissiou, étudiant en 7ème année de médecine à l'Université libre de Bruxelles (ULB), "assassiné à Ixelles par un tueur du renseignement spécial du gouvernement français sur ordre du général De Gaulle". La guerre de libération menée par le peuple algérien était pour cet avocat anticolonialiste, un "sursaut d'un peuple maltraité, privé de justice et de fraternité". "Ce n'était en rien une rébellion absurde contre la modernité et la civilisation ou la conséquence d'un complot international téléguidant de l'extérieur des naïfs", a-t-il soutenu, affirmant que "le système d'exploitation colonial, l'asservissement d'un peuple aux fantasmes racistes de l'occident, l'aveuglement des pieds noirs devant la revendication d'égalité de la population algérienne sont seuls responsables de cette révolution". Pour Serge Moureaux, "le couplet sur l'action civilisatrice du colonialisme est et reste une véritable escroquerie intellectuelle".