Longtemps réduite à son rôle de pourvoyeur de matières premières, l'Afrique s'impose désormais comme l'un des marchés les plus attractifs au monde, avec une valeur dépassant 3.500 milliards de dollars et une population de 1,4 milliard d'habitants, la plaçant en position de futur épicentre de la croissance économique mondiale. Grâce à ses ressources naturelles et humaines considérables, encore largement inexploitées, le continent offre une multitude d'opportunités aux investisseurs désireux de contribuer à son développement, de le hisser au rang de puissance économique mondiale et de rompre avec les trajectoires de dépendance et de vulnérabilité. Dans ce contexte, le Dr Abdourahmane Ba, expert sénégalais en évaluation des politiques publiques, management et stratégie de développement, a souligné que "l'Afrique concentre une abondance de richesses naturelles, agricoles, énergétiques et humaines qui devraient en faire un moteur du développement mondial". S'exprimant à l'APS à l'occasion de la 4e Foire commerciale intra-africaine (IATF), prévue à Alger du 4 au 10 septembre, il a rappelé que près d'un tiers des réserves minérales identifiées de la planète se trouvent sur le continent, dont plus de 75% du cobalt mondial, ressource critique pour les batteries électriques. L'Afrique dispose également d'un potentiel solaire estimé à 60% des meilleures ressources planétaires, et détient environ 60% des terres arables non cultivées au monde. Son potentiel énergétique inclut, en outre, d'importantes réserves pétrolières et gazières, offrant à la fois une opportunité stratégique pour les investisseurs, une chance de renforcer la sécurité énergétique du continent, d'alimenter l'industrie locale et de devenir un exportateur majeur d'énergie. Le continent se distingue aussi comme l'un des marchés intérieurs les plus dynamiques, porté par une démographie de plus de 1,4 milliard d'habitants et une consommation estimée à 2.500 milliards de dollars en 2030. Dans cette perspective, le Dr Ba a plaidé pour des investissements ciblés dans l'agriculture, les infrastructures rurales et l'agro-industrie afin de transformer l'Afrique en acteur central de la sécurité alimentaire mondiale. Il a rappelé que le continent reste importateur net de denrées alimentaires pour plus de 50 milliards de dollars par an, un montant qui pourrait dépasser 110 milliards à l'horizon 2030. Le dynamisme démographique engendre par ailleurs une urbanisation accélérée et ouvre de nouvelles perspectives d'investissement. L'Afrique est ainsi la région qui s'urbanise le plus rapidement au monde, avec plus de 500 millions de nouveaux citadins attendus d'ici 2040, a-t-il noté. De multiples défis à relever Ce diagnostic est partagé par l'économiste et directeur de l'Ecole supérieure de commerce, Ishak Kherchi, qui a mis en avant les nombreux défis auxquels demeure confronté le continent malgré l'abondance de ses ressources naturelles et humaines. "Le véritable défi de l'Afrique réside aujourd'hui dans la capacité à valoriser localement ces ressources, dans une vision commune, incluant un effort massif dans l'amélioration de l'éducation et de l'enseignement supérieur, la recherche scientifique et l'innovation technologique, afin de permettre l'émergence d'une expertise africaine en matière de transformation locale", a-t-il expliqué. Selon lui, l'Afrique reste fragilisée par la dépendance à l'exportation de matières brutes, en raison de facteurs tels que le manque d'infrastructures et de logistique, la vulnérabilité du système financier, l'absence d'intégration régionale et le déficit de transfert technologique de la part des grandes puissances industrielles. Pour Dr Kherchi, la solution ne réside pas seulement dans l'augmentation de la production, mais dans une refonte globale des chaînes de valeur, ajoutant que l'enjeu est de passer de l'exportation de matières premières à la transformation locale et à l'innovation. Cette transition, poursuit-il, suppose la mise en place de plusieurs leviers, parmi lesquels des fonds africains d'investissement, la mobilisation de financements internes s'affranchissant du soutien exclusif des institutions internationales (FMI, Banque mondiale), ainsi que le développement d'infrastructures communes de transport, d'énergie et de logistique. Les deux économistes s'accordent sur un point central : la nécessité d'accélérer l'intégration économique continentale, un axe majeur de la prochaine édition de l'IATF, tout en relevant que les échanges intra-africains ne représentent encore que 14 à 16 % du commerce total, contre plus de 60% en Europe. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), couvrant un marché potentiel de 3.400 milliards de dollars, apparaît selon eux comme l'instrument structurant pour franchir ce cap. "Avec la mise en œuvre effective de la ZLECAf, à travers la suppression des barrières tarifaires, l'harmonisation des normes et la fluidité douanière, le commerce intra-africain pourrait croître de 33% et sortir 30 millions de personnes de l'extrême pauvreté d'ici 2035", a souligné le Dr Ba. Pour le Dr Kherchi, la mise en œuvre de la ZLECAf ne renforcera pas seulement les échanges interafricains, mais stimulera aussi les investissements conjoints, contribuant ainsi à consolider l'intégration économique du continent. Enfin, les deux experts ont insisté sur la place stratégique de l'innovation et du numérique. La pénétration rapide d'Internet et de la téléphonie mobile en Afrique constitue un levier majeur pour accélérer l'industrialisation et le développement du continent.