Il faut le reconnaitre, la transition d'une économie administrée, bureaucratisée à l'extrême depuis plusieurs décennies, à une économie de marché, liée à un Etat de droit ne se règle pas du jour au lendemain ; beaucoup de réalisations depuis l'indépendance politique, ou vivaient nos familles, et combien avons-nous eu d'étudiant en 1962), mais des stratégies d'adaptation sont rendues nécessaires, épaulées par de nouvelles forces sociales réformistes qui se heurteront à la résistance des conservateurs assis sur la rente des hydrocarbures face à la transformation du monde en perpétuelle évolution, n'existant pas de situation statique, toute nation qui n'avance pas recule forcément. Cette présente contribution, d'une brûlante actualité, est à la fois la réactualisation d'un chapitre consacré à la communication en faveur des réformes, de l'ouvrage collectif sous ma direction ayant réuni anthropologues, politologues, sociologues et économistes, paru en 2005, à Casbah Edition (deux ouvrages 560 pages), sous le titre «Réformes et démocratie» et d'autres audits sous ma direction. Au vu des expériences récentes, les impacts du réchauffement climatique, les innovations technologiques, en perpétuelles évolutions, dont la transition numérique (intelligence artificielle) et énergétique (biogaz – énergies renouvelables, hydrogène vert, bleu et blanc), auront une influence sur la gestion des institutions tant civiles que militaires que sur nos comportements, sur la nouvelle structure des taux de croissance et la structure de l'emploi, les générations futures étant appelées à changer plusieurs fois d'activités, nécessitant à la fois, une haute qualification adaptée et une formation permanente. Le concept de crise auquel tous les pays sont confrontés sans expression doit être appréhendé dans sa véritable dimension historique et en dynamique. L'Algérie, doit se hisser au niveau de la crise du monde et ne pas rester une crise de société bloquée faute de perspectives pour l'avenir d'une population et surtout d'une jeunesse angoissée et même très angoissée par les assauts de la nature, par la violence humaine et les déchéances sociales et économiques. La communication rénovée doit trouver des réponses réelles qui répondent en priorité à ces angoisses, le monde entier étant aujourd'hui traversé par une crise des pouvoirs, d'identité avec des traumatismes sociaux, comme le montre le désintérêt vis-à-vis des partis et des sociétés civiles traditionnelles, lors de différentes élections, conséquence de la marginalisation croissante de larges pans de la société. Dans ce contexte avec le nouveau système de communication où tout est enregistré, un politique doit être réservé, ne jamais s'aventurer à faire des promesses qu'il ne pourra pas tenir, s'il veut conserver sa crédibilité auprès de la population qui a en mémoire ses promesses. A une question comment reconnaissez-vous un bon personnage politique, Churchill avait répondu : « même s'il reste en conversation avec moi, plus d'une heure, je ne saurai pas s'il a dit oui ou non ». Il faut que les responsables politiques, à tous les niveaux, se présentent avec la modestie qu'exigent l'imaginaire et le mental algérien, sans tomber dans le populisme médiatique qui serait alors contre productif. Car l'opinion publique nationale se ligue normalement autour de la femme ou l'homme rassembleur, capable de lui réaliser un certain accomplissement, pouvant féconder la matrice qui forge la mobilisation populaire, car les Algériens et en dépit des apparences, sont attachés à leur passé et aux défis de leur présent. Il faut redonner l'espoir en l'avenir afin que les Algériens s'impliquent car, les réalisations futures sont à leur portée. Aussi, sous réserve d'une nouvelle gouvernance, par la libération de toutes les énergies créatrices, l'exploitation de la crise économique peut être salutaire, si elle est perçue comme un demi-mal, et si elle permet une dynamique qui impliquerait les citoyens, afin de faire face aux grands défis, les expériences historiques montrant que les populations fondent leur adhésion sur un projet de société fondé sur la tolérance, la diversité sociale et culturelle. Cela renvoie au concept de la citoyenneté qui ne doit pas rester, aux yeux de la population, comme un modèle importable, existant un lien dialectique entre la tradition et la modernité, ne devant jamais renier notre riche patrimoine historique et culturel (voir expérience des pays de l'Asie comme le Japon, la Malaisie ou la Chine) mais adapter nos politiques économiques, sociales, culturelles, sécuritaires et militaires au mouvement du nouveau monde. La rationalité comme l'ont montré deux grands philosophes allemands : Hegel et Kant étant relative et historiquement datée et pour reprendre les propos du prix Nobel, l'économiste indien, A.K Sen, toute action démocratique doit tenir compte des anthropologies culturelles spécifiques à chaque société. En résumé, le grand défi pour l'Algérie, devant éviter de vivre sur l'illusion de la rente éternelle des hydrocarbures, existant un lien entre sécurité et développement est la relance économique fondée sur la bonne gouvernance et la valorisation du savoir. Une bonne éducation, un système de santé performant, le logement et résoudre le dilemme «inflation- chômage» implique un taux de croissance minimum entre 7/8% par an afin d'absorber le flux additionnel de demande d'emplois annuels qui s'ajoutent au taux de chômage actuel ne devant pas confondre régulation avec autorisations administratives qui paralysent les initiatives créatrices, tant des opérateurs publics que privés, l'Etat régulateur tout en ne se substituant pas au marché, édicte les règles de jeux et les fait respecter par l'ensemble des acteurs économiques et sociaux grâce au dialogue social. L'objectif est d'améliorer la gestion par une plus grande rigueur budgétaire, l'Etat doit donner l'exemple par une lutte contre la bureaucratisation et la corruption, facteur de démobilisation en impliquant les citoyens à travers une réelle décentralisation que les bureaucrates confondes avec déconcentration en créant de nouvelles entités administratives. Nous avons une population merveilleuse, y compris la diaspora, qui a fait preuve de patriotisme, aux moments où la nation est en danger, tant par le passé que par le présent. Evitons toute sinistrose, mais toute autosatisfaction loin de la réalité que vit quotidiennement les Algériens, les étrangers, notamment les grandes puissances et les institutions internationales connaissant parfaitement la situation socio-économique du pays ; et engageons tous ensemble, en tolérant nos différences, chacun aime l'Algérie à sa manière, un seul but les intérêts stratégiques du pays, un renouveau de la gouvernance tant centrale que locale, l'Algérie, acteur stratégique de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine, ayant toutes les potentialités pour devenir un pays pivot. Abderrahmane Mebtoul Professeur des universités Expert international