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Rompre avec la violence, construre la citoyenneté
Publié dans El Watan le 28 - 05 - 2012

Un Etat est une articulation juridico-politique des différents pouvoirs existant dans la société. Pouvoir législatif, syndicat, presse, partis…Tout cela exprime les contradictions au sein de la société», a déclaré le sociologue Lahouari Addi, samedi après-midi à l'hôtel Es Safir, à Alger, lors d'une rencontre-débat sur le thème «Algérie, réflexions sur une nation en construction», organisée par les éditions Barzakh et El Watan Week-end. Une rencontre coanimée par l'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, Abderrahmane Hadj-Nacer. Le débat a été modéré par le journaliste Noureddine Azouz.
«Le régime algérien a voulu construire un Etat pour un peuple imaginé et non pour la société réelle. La génération précédente a évacué le conflit. Un conflit politique existant entre Algériens. On est tous frères, khawa. Le peuple est imaginaire. Pour moi, le populisme tue la société», a-t-il ajouté. Il a relevé que les Algériens, qui ont résisté au colonialisme français, aspiraient à créer un Etat-nation. «Sociologiquement et historiquement, étions-nous prêts à créer un Etat-nation et une société ? Il ne faut pas chosifier ces concepts. Il faut toujours historiciser les notions que nous utilisons. La société est une construction historique», a-t-il noté. Selon lui, l'Algérie est en train de construire simultanément un Etat et une société.
«La société est embryonnaire. L'Etat, ce n'est pas un pouvoir central, l'Etat c'est la citoyenneté. L'Algérie a créé d'abord une armée, ensuite un Etat. Et c'est l'armée qui a créé cet Etat alors que, dans l'ordre logique des choses, il aurait fallu créer l'Etat, ensuite l'armée. La radicalité du système colonial voulait que l'Algérie soit indépendante par la violence, il fallait alors créer une armée», a-t-il analysé. Abderrahmane Hadj-Nacer a estimé, pour sa part, que depuis l'indépendance du pays, l'algérien n'a pas forcément évolué comme le voulaient les gestionnaires de l'administration. « Des gestionnaires qui ont été surpris par l'émergence d'un être qui cherche son autonomie et qui veut devenir citoyen. Dans les années 1980, les algériens ne se définissaient pas par rapport à une communauté ou un groupe mais directement par rapport à l'Etat.
L'image qu'on avait de la région arabe est l'existence de tribus dirigées par un système autoritaire républicain ou monarchique », a souligné le sociologue. Cette émergence de la citoyenneté a, d'après lui, justifié une certaine forme de violence. La raison ? «Nous ne sommes pas prêts à gérer la citoyenneté, les individus. Nous sommes habitués à la gestion de groupes. La gestion des individus est une autre ingénierie politique et sociale. Pour arrêter des émeutes et des mouvements sociaux, l'administration a eu recours aux tribus et à des organes de représentation qui ne sont pas modernes. On a réinventé la qbila, el arch, la djemâa… des structures que l'Algérien a oubliées. On ne veut pas que la citoyenneté s'organise de façon moderne », a-t-il noté.
Pour Abderrahmane Hadj-Nacer, le combat, aujourd'hui, est celui de la citoyenneté pas de la démocratie formelle. Il est important, d'après lui, de mener jusqu'au bout le mouvement de l'être algérien, jusqu'à la citoyenneté aboutie. «Là où l'existence individuelle de l'Algérien est reconnue par les institutions de sorte à ce qu'il puisse jouer son rôle. L'enjeu, aujourd'hui, est également la rupture avec la violence, d'aller vers l'individualisation de l'Algérien pour construire ensemble une société. Une société qui ne soit pas l'addition de groupes, mais celle d'individus. On ne peut plus continuer comme durant les cinquante dernières années. Il faut gérer de manière plus moderne, avec la participation de la population. Nous ne sommes pas à l'abri de la violence», a-t-il averti. Il a appelé à «sauver» l'armée. «C'est la seule institution encore debout. Je ne suis pas militariste, je le dis parce que je sens que c'est une nécessité. Sauver l'armée signifie l'aider à comprendre que le pouvoir se partage. Il n'y pas de pouvoir absolu», a observé M. Hadj-Nacer.
«On ne peut rien construire sans justice»
Pour Lahouari Addi, la société ne peut fonctionner que s'il y a un Etat de droit : «Ce n'est pas l'Algérien qui est mauvais, c'est l'être humain qui l'est. Nous voulons constituer une société avec des gens bons. C'est cela le populisme. Le régime algérien adore le peuple et déteste la société. Houari Boumediène détestait la société parce que c'était le lieu des conflits, des revendications salariales, des libertés syndicales, du pouvoir d'achat alors que le peuple, c'est l'unité, la pureté. Le peuple est un concept imaginaire.»
Et de citer la théorie du pessimisme anthropologique, une théorie qui considère que les gens sont «mauvais» et que la bonté ne peut venir que du respect du droit, de l'équité, de la liberté et de la justice. L'autre théorie, celle de l'optimisme anthropologique, défendue par les philosophes de l'autoritarisme, considère que les gens sont «bons» et que les mauvais sont des marginaux à combattre.
L'universitaire a évoqué la nécessité de reconquérir l'espace public et de laisser les pouvoirs sociaux s'exprimer dans leur autonomie : «Notre armée, issue de notre histoire, croyant bien faire, a fait taire tous les pouvoirs. Dans la culture politique algérienne, la colonne vertébrale de l'Etat, c'est l'armée. Or, l'ossature d'un Etat est la justice et le fisc. Dès qu'un haut fonctionnaire est impliqué, chez nous, dans une affaire de corruption, la justice est neutralisée. Donc la justice n'est pas autonome. La fiscalité est un instrument aux mains du régime pour réduire au silence les oppositions. Si demain, un entrepreneur décidait de faire de la politique, on lui infligerait un redressement fiscal de plusieurs milliards. Les impôts ne sont donc pas au service de l'Etat mais au service du régime», a observé Lahouari Addi. M. Hadj-Nacer a indiqué que, par le passé, le financement des institutions de l'Etat se faisait par les rentrées ordinaires (fiscalité ordinaire). «On ne finançait pas le fonctionnement de l'Etat, de l'administration, par le pétrole.
Aujourd'hui, nous sommes en déficit. Nous ne pouvons plus payer les fonctionnaires. Et demain, on ne pourra pas payer l'instituteur ou le médecin parce que l'argent, l'impôt, n'entre pas (…). Nous avons un système qui marche sur la tête», a-t-il relevé, avant d'ajouter : «Le premier droit est le droit à l'Etat de droit. On ne peut rien construire sans justice, sans lutter contre la hogra. L'Algérien dit ‘attouna gram qima'. Cela veut dire qu'il réclame son droit. L'impôt est le contrat existant entre un individu et un Etat. C'est ce contrat qui permet à l'individu de demander des comptes à l'Etat. Or, ce contrat a disparu petit à petit depuis l'indépendance.» Selon lui, le régime achète depuis deux ans la paix sociale : «Toutes ces voitures, ces entreprises, l'Ansej sont une réutilisation de la rentre pétrolière. Toutes ces activités devraient générer l'impôt. Or, l'impôt n'entre pas (…). La corruption a détruit la structure des recettes de l'Etat algérien. La base actuelle d'un Etat qui s'effiloche se trouve dans l'informel. On ne peut pas construire un Etat de droit si l'on ne peut pas demander des comptes à des individus et des groupes qui agissent en dehors de la loi.»
«La gestion de la violence par la violence»
La société a, selon Lahouari Addi, besoin de corps intermédiaires. Le pouvoir exécutif en a également besoin. «Cette courroie de transmission ne doit pas être la police politique. Cela ne peut pas être le DRS. Soyons sérieux. Même pas l'armée. Ce n'est pas son travail», a-t-il précisé, soulignant que les corps intermédiaires sont les partis et syndicats autonomes, les universitaires, les associations, la justice, la presse… «Le pouvoir exécutif centralisé a étouffé tous les corps intermédiaires. La société est à l'abandon. Ce pouvoir est dans un monde imaginaire (…). Pourquoi avons-nous échoué malgré l'existence d'une farouche volonté de se moderniser ? Depuis son indépendance, l'Algérie a toujours eu le taux le plus élevé de l'investissement par rapport au PIB dans le monde. Malgré ses sacrifices, nous n'avons pas d'économie, parce que nous n'avons pas une organisation sociopolitique de la société qui correspond aux réalisations sociologiques et anthropologiques», a-t-il expliqué. L'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie a relevé de son côté qu'on ne permet pas l'émergence d'acteurs économiques en Algérie. «Vous auriez remarqué qu'à chaque fois qu'émerge une institution ou un groupe bancaire privé puissant, il y a systématiquement des forces qui l'empêchent de s'exprimer en tant qu'agent économique ou de se développer. On a mis en place un système qui permet aux gens de se servir directement, mais jamais d'être producteurs de richesses», a-t-il souligné.
Il a estimé que toute la question est de savoir comment faire d'un citoyen algérien «qui émerge» un producteur de richesses dans la mesure que tout a été brisé. «Dans les années 1990, on a détruit toutes les structures d'ingénierie technique, politiques et sociologiques qui permettaient à cet Etat en construction d'avancer petit à petit. Aujourd'hui, cet Etat n'avance pas. Il est obligé de gérer la violence par la violence en permanence», a-t-il noté. Le régime, selon Lahouari Addi, n'a plus de perspective historique. «C'est un régime qui traîne par rapport aux mouvements sociaux. Les personnels du régime défendent leurs intérêts. Le pouvoir rend fou. L'homme a un désir insatiable de pouvoir. Un pouvoir qui ne cesse qu'à la mort», a-t-il affirmé, citant le Léviathan, œuvre majeure du philosophe politique anglais Thomas Hobbes, partisan connu de «la monarchie absolue». Selon lui, l'Etat de droit se construit de la confrontation entre la société et le pouvoir.
Plus la société repousse le pouvoir, plus le droit prend place dans la vie de la cité. Pour M. Hadj-Nacer, la rente n'est pas forcément un blocage à la création de richesses. Il a cité l'exemple de l'Arabie Saoudite dont la rente pétrolière est supérieure à l'Algérie et où l'investissement est plus important. «L'économie saoudienne est plus diversifiée que la nôtre. Comment en sont-ils là sans héritage industriel ? Ils produisent plus que nous. Donc, le problème n'est pas lié à la rente. Le problème de l'Algérie est la cohérence globale. Peu importe les choix économiques qu'ils ont faits. Nous avons toujours confondu entre développement et croissance (…) Si l'on veut avancer, il faut rendre licite la richesse et l'accumulation. Et avant de parler de choix économique, il faut qu'on détermine l'origine du pouvoir, comment il se légitime, se représente-t-il, son émanation, sa source… S'agit-il d'un pouvoir militaire ? D'un pouvoir d'argent ? Par essence, la politique est l'équilibre du pouvoir», a-t-il souligné.


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