Il y a un plus de deux ans maintenant, les habitants de la ville de Khenchela, chef-lieu de wilaya, furent témoins d'une opération de plantation de palmiers adultes le long de certaines artères, première opération du genre. Ce fut un sujet de discussion pendant plusieurs semaines et les avis étaient partagés. Les plus sceptiques parmi les habitants étaient persuadés que cette «expérience» serait un échec au plan technique, en avançant plusieurs raisons : des tentatives précédentes d'ordre domestique et pour ce type de palmiers (initiées par des particuliers) n'ont pas réussi malgré un entretien régulier, hormis quelques palmiers nains ; le climat de la région n'était pas favorable (très froid pendant plusieurs mois d'affilée) ; la culture des espaces verts et de leur entretien n'est pas le propre de la ville et de ses élus ; la difficulté de maintenir en l'état ces plantations sur la durée complétait la démonstration… etc. D'autres habitants se sont interrogés par contre sur l'opportunité de cette opération, en terme économique et financier et du coût pour les contribuables, considérant d'une part qu'il y avait d'autres priorités en terme de rationalisation dans les dépenses publiques, notamment l'hygiène, l'assainissement, l'entretien des chaussées et la voirie, et d'autre part se demandant qui a pris la décision de l'opération, est-ce la wilaya, l'APC, les directions de l'environnement et de l'urbanisme ? Quel en a été le coût et a-t-elle été menée dans le respect du Code des marchés publics ? Les plus optimistes parmi les habitants se sont dit pourquoi pas, si cela pouvait contribuer à embellir la ville, même si les plantations se sont limitées à trois grandes artères quelque peu excentrées. Malheureusement, il a fallu «défoncer» des trottoirs qui venaient d'être refaits, les rendant du coup impraticables (d'énormes trous béants et profonds qui ne sont pas sans risque pour les piétons obligés à certains endroits d'emprunter la chaussée), notamment tout le long du boulevard qui longe le siège de la wilaya jusqu'aux deux lycées «Lebbah». Solution expéditive Les premiers mois de l'opération – en période de température clémente -, un semblant d'entretien de ces centaines de palmiers était assuré. Un entretien qui se résumait en fait à un arrosage par camions citernes (au passage, pendant la même période, certains quartiers de la ville ne disposaient même pas d'eau potable), puis les camions citernes cessèrent leurs tournées, ce qui conforta le scepticisme de certains habitants. Mais le plus grave allait arriver : le processus de mort lente des palmiers a pris-le dessus. Beaucoup de palmiers commencèrent à s'assécher, leurs feuilles sous forme de palmes (on les appelle des frondes) ayant cessé de croître, et leurs troncs – ayant perdu leur vigueur -, furent sérieusement malmenés lors des périodes de grand vent, devenant ainsi une menace pour la sécurité des passants. Les moins résistants et les plus fragiles furent abattus (il n'y en a plus aucun au niveau des deux lycées «Lebbah»), et plusieurs dizaines furent longtemps abandonnés à même les trottoirs, image désolante de «cimetière de palmiers» à ciel ouvert ! Il fallut s'en débarrasser, et là aussi on utilisa des solutions expéditives : des dizaines de palmiers morts furent enfouis dans le terre-plein au milieu de la double voie qui contourne la ville à hauteur de la nouvelle gare routière. Quelques uns ont été jetés au niveau du jardin public abandonné qui longe «Hai Saada» et ils y sont toujours. On estime à près de la moitié les palmiers qui ont disparu. Les deux tempêtes de froid qui ont touché Khenchela ces dernières semaines risquent d'alourdir «le bilan». Un technicien en arboriculture urbaine interrogé nous a expliqué que le palmier en ville aime les terres riches et bien irriguées, les sols lourds, mal drainés le rendent plus sensible au froid, qu'il ne supporte ni les situations trop ombragées, ni trop dégagées, et que de manière générale, le palmier apprécie d'être entouré par d'autres végétaux, buissons ou grandes plantes vivaces, qui créent un microclimat, ce qui n'a pas du tout été le cas à Khenchela.