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Les frères Bouteflika ont pourtant dit non !
La chronique de A. Merad
Publié dans El Watan le 07 - 02 - 2019

Vous pensez être en 2019, on vous dit non. Vous êtes toujours en… 2014. Car c'est à l'échéance du 4e mandat que l'horloge du clan présidentiel s'est arrêtée. Si on prend la machine à remonter le temps, on s'aperçoit en effet que l'immobilisme, la fumisterie et la violence despotique demeurent les principales vertus du pouvoir en place, malgré toutes les pressions morales, politiques et économiques qui s'exercent sur lui pour l'amener à s'ouvrir sur les réalités algériennes du monde contemporain.
En 2014, rappelez-vous, c'était la même atmosphère viciée qui entourait l'élection présidentielle lors de laquelle Bouteflika, impotent et déjà sur chaise roulante, très malade et incapable de prononcer une phrase complète, s'était engagé bien malgré lui. C'était aussi le même personnel de l'intendance et de la logistique qui était à la manœuvre pour faire tourner la mécanique électorale.
C'était enfin le même climat de terreur qui régnait pour éliminer le moindre grain de sable. Cinq années après, la similitude des scénarios pour formaliser le scrutin est tout simplement stupéfiante, comme si le temps était resté suspendu. On a repris les mêmes ingrédients pour une opération qui semblait inachevée, même si, entre-temps, l'état de santé du «leader bien-aimé» a dramatiquement dépéri.
Le fait de remettre en selle un homme comme Sellal, l'ancien Premier ministre qui n'en finissait de se morfondre dans son purgatoire, pour animer la campagne électorale à la place du président sortant, est la preuve que les maîtres du jeu qui dominent la scène politique par l'abus de pouvoir, la fourberie et les artifices, n'ont aucun esprit inventif pour s'adapter intelligemment aux conjectures temporelles et à l'évolution de la société, et que faute de projections innovantes n'ont d'autre alternative que de s'accrocher à la seule branche salutaire qui leur reste, celle du statu quo, pour maintenir certains équilibres indispensables de survie.
Sellal ressuscité à partir de la fameuse matrice qui sert à recycler les laissés-pour-compte du sérail, sanctionnés pour avoir dévié un moment de leur carrière de la trajectoire, est à ce titre le symbole frappant de cette sclérose ambiante qui empêche le pays de respirer et sur laquelle investissent encore en toute impunité les puissants du système.
A la veille de cette échéance présidentielle qui ne porte en elle aucune perspective de changement sinon de graves menaces d'implosion dans un pays bloqué et étouffé de partout, c'est la nette impression d'un remake encore plus grotesque qui domine.
Ils sont en tout cas tous là, toujours aux commandes, ces indéboulonnables caciques, pour nous faire de la prestidigitation – que Amar Ghoul dans sa débilité politique appelle «fête démocratique» – dans le seul but d'assurer leurs arrières en mettant en avant un postulant qui avait pourtant lui-même, à la fin de son deuxième mandat, donc avant le discours de Sétif, pris le Bon Dieu à témoin pour dire aux Algériens que dix années de règne suffisaient largement à son ambition. La vidéo qui témoigne de cet aveu existe et fait actuellement le tour des réseaux sociaux.
Il faut dire que le coup de force tenté par tous les acharnés du 5e mandat, à leur tête Ahmed Ouyahia – alors qu'il avait publiquement rejeté la quatrième mandature qu'il avait qualifiée en privé d'«insensée» –, a quelque chose d'énigmatique à partir du moment où on sait maintenant, par plusieurs sources et par recoupement des informations se rapportant sur le sujet, que le principal intéressé n'a jamais montré une quelconque obsession pour conserver le pouvoir à tout prix.
Il faut revenir aux propos tenus par le chef du MSP après sa rencontre secrète avec le frère du Président pour essayer de démêler l'écheveau. Il ressort, selon les révélations qu'il avait faites sur son blog, que ce dernier lui avait clairement signifié que la famille Bouteflika était opposée à une nouvelle candidature présidentielle et que seule l'intéressait une sortie honorable du Président malade et gagné par l'âge.
Saïd Bouteflika, aux dires de Mokri, reconnaissait que son frère dans son état ne pouvait plus assumer les lourdes tâches de l'Etat. Ces affirmations sont relayées par le leader du RCD, qui nous apprend que d'après des sources crédibles, il n'a jamais été question pour la famille de Bouteflika de se lancer dans ce 5e mandat qui fait aujourd'hui polémique.
Si telle est donc la vérité – que les intéressés n'ont à aucun moment démentie –, qui serait alors derrière le forcing pour introniser un président sortant qui n'a plus les capacités de relever le défi ? L'entreprise, assurément, paraît complètement schizophrénique puisqu'on assiste à une sorte de substitution par procuration qui n'a jamais été validée. Mais la question reste de savoir pourquoi les frères Bouteflika se sont laissés entraîner dans cette aventure malgré leur refus et quel poids finalement ont-ils sur l'échiquier politique, alors qu'on prêtait au frère conseiller des pouvoirs exorbitants qui pouvaient lui assurer à tout le moins le respect de sa décision.
D'un autre côté, l'on s'interroge de plus en plus sur le rôle qu'est en train de jouer le Premier ministre dans cette affaire en misant coûte que coûte sur la carte du 5e mandat alors qu'il sait au fond de lui-même que la mission est insoutenable pour Bouteflika.
Il y a trop d'opacité pour saisir les nuances de cette expédition électorale, mais les manœuvres dilatoires des caciques pour aussi dangereuses qu'elles puissent être, ne seront jamais annonciatrices de bonnes nouvelles pour le pays. Ouyahia a été particulièrement arrogant, virulent, méprisant lors de sa dernière sortie médiatique. Pour quelqu'un qui a trempé dans la diplomatie, il a plutôt frayé au niveau des pâquerettes en tenant un langage guerrier, pour semer la terreur dans les rangs des partis de l'opposition, de la société civile et des médias indépendants. Les propos sont chargés de menaces gravissimes de la part d'un responsable qui doit prôner la modération et l'esprit de confrontation pacifique.
En plus des inepties livrées au public qui montrent que le personnage n'a ni argument politique solide ni une quelconque dimension politique au-delà de la réputation surfaite qui lui a été confectionnée, il a affiché une outrecuidance qui a aggravé son impopularité, ce qui a fait dire à certains observateurs qu'il est en train de se couler lui-même.
Restent toutes les manipulations et le flot d'intox et de désinformations qui accompagnent cette élection présidentielle. Et là, nous ne pouvons passer sous silence les envolées pitoyables du rédacteur en chef d'un site électronique mis au service du clan présidentiel, qui a trouvé depuis peu refuge dans le petit écran de Hichem Aboud, Amel TV. Voilà un personnage qui pense détenir toutes les vérités et qui, pour se faire entendre, n'hésite pas à lâcher les pires calomnies sur les autres pour se valoriser.
Il a ainsi traité, tout comme Ouyahia d'ailleurs, notre journal d'«anti-Bouteflika primaire» et, plus grave, de coller à celui-ci l'étiquette de «pro-DRS» sur la base de simples interjections assassines dans une discussion de café qui roulait très bas. Heureusement que le patron de cette chaîne, qui tarde à trouver ses marques, l'a remis professionnellement à sa place en lui suggérant de «rester calme petit, ce n'est pas de cette façon que tu grandiras dans le milieu de la presse». Merci Aboud pour ton honnêteté.


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