Les Marseillaises et Marseillais ont jusqu'à 20 heures dimanche pour se rendre dans un bureau de vote et désigner les candidats qui accéderont au second tour la semaine prochaine, dans la ville du maire de gauche Benoît Payan. 46,80% des électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote du département avant 17 heures. Le taux de participation était à cette heure-ci en 2020 d'à peine 32%. La matinée n'a pas été de toute tranquillité dans le bureau de vote de l'école Malpassé les Oliviers (13e arrondissement). D'après une assesseure membre de LFI, alors qu'elle était en train d'expliquer à un électeur les modalités du double scrutin, la déléguée de la majorité sortante du Printemps marseillais aurait pointé la liste de secteur sur laquelle elle figure : «Je lui ai rappelé qu'elle n'avait pas le droit», fustige l'assesseure. Le délégué RN a sollicité le président du bureau, qui rappelle que «les délégués n'ont pas à prendre part aux opérations de vote». La mise en cause, elle, dément les faits dans le procès-verbal. Un premier tour entaché d'irrégularités ? À Marseille, les soupçons de fraudes et irrégularités ne manquent pas d'émailler la journée électorale. Dès les jours précédents, la présence personnes décédées ou anormalement âgées sur les listes électorales ont posé question. Ce matin, entre 10 et 20 bureaux de vote (sur 480) n'avait pas pu ouvrir à 8h comme prévu, laissant craindre que certains électeurs matinaux n'aient pas voté. Dans la journée, les équipes de campagne ont multiplié les signalements. Comme l'absence de bulletins (signalée par Christine Juste, Marseille Ecologie) ou l'inversion entre les bulletins de secteur et de mairie centrale (signalée par l'insoumis Sébastien Delogu et Louis Grégoire du RN), pouvant invalider les votes. Ou des bulletins endommagés, et donc voués à être considérés nuls lors du dépouillement. Le Rassemblement national a signalé qu'une personne « de nationalité comorienne a été autorisée à voter en présentant un titre de séjour, sans présentation d'une carte nationale d'identité française » ou que des délégués auraient « montré aux électeurs les bulletins qu'ils devraient prendre avant de se rendre dans l'isoloir ». Certains signalements ont été faits au procureur alors que des inspecteurs de la préfecture ont parcouru de nombreux bureaux de vote durant la journée pour observer la tenue du scrutin. Mais ni les services de l'Etat ni la justice n'ont pour habitude de communiquer rapidement leurs éléments et conclusions. Les quartiers nord boycottent ? Gérard Blanc est avocat et tête de liste pour Martine Vassal (candidate de la droite et du centre) dans le 8e secteur (15e et 16e arrondissements de Marseille). Toute la journée, avec une petite équipe, il traque les diverses irrégularités que lui remontent ses assesseurs depuis les bureaux de vote. Dans le bureau 1582, à l'école de la Granière, on l'a prévenu de quelques soucis : des gens n'auraient pas pu voter, une dame aurait voté deux fois... Ni une ni deux, il monte dans sa voiture «hors d'âge» et file voir ce qui se passe. Premier problème à l'arrivée : l'affiche de Martine Vassal a disparu du panneau officiel. Gérard Blanc, qui en trimbale une flopée, recolle en vitesse. Il s'enquiert ensuite auprès de la présidente du bureau de cette histoire de vote double. En fait, une dame s'est trompée et a glissé une enveloppe beige (pour le scrutin de la mairie centrale) dans l'urne aux enveloppes bleues (pour la mairie de secteur). Sous le contrôle de la présidente, elle a donc revoté avec la bonne couleur. L'incident a bien été inscrit au PV, remarque Gérard Blanc. Plus de peur que de mal pour cette fois, il suffira de ne pas compter l'enveloppe beige au dépouillement. Dans les bureaux de vote du 8e secteur (15e et 16e arrondissements), la participation semble globalement en baisse par rapport à l'année 2014–2020 étant l'année Covid. Dans le bureau de vote 1589 de l'école élémentaire de la Solidarité, une cité très excentrée du nord de Marseille, on relève à peine 15 % de participation à 15 heures. Le président du bureau, Hedi Ramdane, par ailleurs adjoint dans la majorité de Benoît Payan, ne peut que constater une abstention «anormalement élevée» qu'il explique par la concomitance du ramadan. Les nombreux électeurs musulmans du quartier vont-ils attendre le coucher du soleil pour venir voter ? Pas sûr, selon lui. A quelques centaines de mètres, le bureau 1582 de l'école Granière, «qui vote fortement RN historiquement», affiche, lui, 28 % de participation. Pour rappel, depuis la réforme de la loi PLM votée en 2025, l'organisation de l'élection a été modifiée. Désormais, il y a deux votes différents à Marseille : le premier pour élire la liste de la mairie centrale et le futur maire de Marseille, le second pour la liste de la mairie de secteur, qui regroupe deux arrondissements. Seuls les candidats ayant obtenu plus de 10% des voix pourront se maintenir au second tour, qui aura lieu dimanche 22 mars. Les listes ayant obtenu entre 5 et 10% pourront fusionner, et celles ayant obtenu moins de 5 % seront directement éliminées.