kFigure incontournable du patrimoine musical algérien, M'hamed El Kourd — de son vrai nom Mohamed Benamara — a marqué de son empreinte l'histoire du malouf.Né le 2 août 1895 dans la vieille ville d'Annaba, il grandit dans un environnement où la musique occupait une place essentielle. Issu d'une famille dont les racines seraient andalouses, il hérite très tôt d'une sensibilité artistique nourrie par l'influence de son père, musicien originaire de Constantine, qui pratiquait le târ. Comme beaucoup d'enfants de son époque, Mohamed Benamara suit d'abord un enseignement traditionnel. Il apprend notamment le Coran à la mosquée Sidi Bou Merouane, ce qui contribue à façonner sa rigueur et son attachement à la culture arabo-musulmane. Mais c'est ailleurs qu'il découvre sa véritable vocation. Attiré par l'effervescence des cafés populaires d'Annaba, il s'immerge dans l'univers du malouf, observant et écoutant les artistes qui animaient ces lieux emblématiques de la vie culturelle locale. L'expérience du monde et la naissance d'un nom La trajectoire de Mohamed Benamara prend un tournant décisif lorsqu'il est mobilisé pendant la Première Guerre mondiale. Envoyé au Moyen-Orient, il entre en contact avec de grands maîtres de la musique orientale venus de divers horizons, notamment de Syrie, d'Egypte, de Tunisie et de Turquie. C'est au cours de cette période qu'il séjourne également au Kurdistan, où il reçoit le surnom d'« El Kourd », signifiant « le Kurde ». Ce pseudonyme artistique l'accompagnera toute sa vie et contribuera à forger sa légende. Cette immersion dans des traditions musicales variées élargit considérablement son univers artistique. Il y découvre de nouveaux modes, de nouvelles sonorités et une autre manière d'aborder l'interprétation. Ces influences marqueront profondément son style et expliqueront plus tard l'originalité de ses compositions. Une carrière bâtie sur l'innovation De retour à Annaba, il entame véritablement sa carrière artistique en 1925. Il se produit dans les cafés, sur les places publiques et lors d'événements festifs, gagnant peu à peu la reconnaissance du public. Très vite, il se distingue par son audace et sa volonté de renouveler le malouf. Considéré comme un innovateur, il introduit un instrument inattendu dans ce genre musical : le piano. Jusqu'alors dominé par les instruments à cordes et les percussions, le malouf s'ouvre ainsi à une nouvelle dimension sonore. Cette initiative suscite admiration et débats, mais contribue surtout à moderniser la pratique musicale. Ses compagnons, impressionnés par sa virtuosité, le surnomment « les doigts d'or ». En s'éloignant des codes stricts de l'école constantinoise, il participe à l'émergence d'une identité musicale propre à Annaba. Sa renommée dépasse progressivement les frontières locales. En 1932, il représente la musique algérienne lors du Congrès de musique arabe au Caire, une reconnaissance majeure pour l'artiste et pour le malouf. Un pionnier de l'enregistrement musical M'hamed El Kourd entre également dans l'histoire comme l'un des premiers artistes à immortaliser le malouf sur disque. Dès 1934, il enregistre une série de 78 tours à Paris. Ces enregistrements, aujourd'hui précieux, témoignent de la richesse du patrimoine arabo-andalou algérien. Son style d'interprétation se distingue par sa sobriété. La voix, claire et expressive, occupe une place centrale. Les instruments sont peu nombreux, le chœur absent, et les qçaid volontairement raccourcies. Ce choix artistique s'explique notamment par les contraintes techniques des supports d'enregistrement de l'époque, mais il confère aussi à ses œuvres une accessibilité et une intensité particulières. Héritage et mémoire d'un maître Au fil des années, M'hamed El Kourd se produit également en Tunisie, où il anime des fêtes et conquiert un public fidèle. Certaines de ses interprétations s'intègrent même au patrimoine populaire local, preuve de l'impact durable de son art. Il s'éteint le 10 octobre 1951, sans laisser de descendance. Ses funérailles, grandioses, rassemblent des foules venues de partout, signe de l'estime immense qu'il suscitait. La presse de l'époque évoque une ville plongée dans le deuil. Aujourd'hui encore, son influence perdure. De nombreux artistes annabis ont puisé dans son répertoire, perpétuant son style et son esprit novateur. Des associations musicales œuvrent également à préserver sa mémoire et à transmettre son héritage aux nouvelles générations. Par son talent et sa vision, M'hamed El Kourd demeure une figure essentielle de l'histoire du malouf algérien.