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Vers un rattrapage progressif des retards
Grève, report des examens et chamboulement des programmes
Publié dans El Watan le 22 - 05 - 2019

Tout porte à croire que la reprise des cours dans les universités en grève, depuis trois mois déjà, ne saurait tarder. Les échos parvenus des différents campus universitaires affirment que la grande majorité des étudiants sont aujourd'hui favorables pour l'arrêt de la grève.
Ils estiment que la communauté estudiantine peut très bien continuer à soutenir la protestation populaire sans pour autant sacrifier toute une année universitaire. Il faut dire que beaucoup parmi les universitaires grévistes ont déjà repris le chemin des amphithéâtres. Pas plus tard qu'hier, la direction du rectorat de l'université Ibn-Khaldoun de Tiaret a annoncé avoir réussi à conclure un accord avec les représentants des étudiants pour la reprise des cours à partir de dimanche, après une grève ayant duré trois mois.
A Béjaïa, la reprise des cours s'est faite progressivement. Le recteur de l'université a appelé, à cet effet, à une concertation entre les comités pédagogiques, les enseignants et les étudiants, pour établir une programmation des examens de rattrapage du premier semestre. Dans plusieurs autres universités du pays, la situation est quasi similaire : une reprise progressive des cours, avec des retards à rattraper dans le programme.
Sur le plan pédagogique, la situation semble maintenant maîtrisée dans la quasi-totalité des universités et le retard enregistré au début de ce second trimestre est «récupérable grâce à la détermination des enseignants et la prise de conscience des étudiants», nous dit-on. La seule université où il a été décidé de poursuivre la grève est celle de l'USTHB de Bab Ezzouar, la plus grande du pays. Avec un effectif de plus de 45 000 étudiants et plus de 2 000 enseignants, l'université est aujourd'hui complètement paralysée, depuis déjà trois mois.
Le dernier vote hebdomadaire organisé, jeudi dernier, dans l'enceinte de l'université pour trancher la question de la reconduction ou pas de la grève, a donné lieu à une majorité favorable pour la non-reprise des cours. Toutefois, il semblerait que les étudiants qui soutiennent la reprise des cours n'avaient pas massivement participé à ce vote, ce qui a laissé la chance aux partisans de la grève de faire valoir le choix.
«Lors du prochain vote, nous sommes pratiquement sûrs que le choix de la majorité des étudiants basculera vers la reprise des cours», nous disent des étudiants de l'USTHB, convaincus que «la mobilisation de la communauté universitaire et son soutien au mouvement populaire ne justifient pas une grève illimitée aux conséquences désastreuses sur l'année pédagogique».
En effet, au rythme où vont les choses, la poursuite de la grève ne pourra mener l'université que vers l'année blanche. C'est la raison pour laquelle, pour sauver l'année universitaire en cours, le ministère de l'Enseignement supérieur a décidé de prolonger l'année jusqu'à la fin du mois de juillet prochain. Les examens du deuxième semestre seront programmés pour le mois de septembre.
Pour sa part, le ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tayeb Bouzid, a assuré que les cours n'ayant pas été dispensés en raison de la grève au niveau des universités seront rattrapés. Il dit qu'«il n'y a pas lieu de parler d'année blanche, vu que les cours ont été dispensés normalement durant la premier semestre». Pour lui, le retard pédagogique sera néanmoins rattrapé à la faveur d'une série de mesures qui feront l'objet d'examen au niveau des établissements universitaires.
Plusieurs solutions ont été définies pour «rattraper les écarts enregistrées dans les activités pédagogiques, et ce, afin de préserver la crédibilité de la formation, d'autant que l'écart n'existe pas uniquement entre les différentes universités, mais au sein d'un même établissement entre spécialités, classes ou facultés».
Le ministre n'a pas manqué d'appeler l'ensemble des partenaires universitaires à la vigilance, affirmant qu'«il est de notre devoir à tous, enseignants-chercheurs, étudiants, fonctionnaires et responsables d'œuvrer à protéger l'université algérienne contre tout risque de dérapage pouvant compromettre le processus pédagogique de l'étudiant, et de contrer toute tentative visant à porter atteinte à la crédibilité du diplôme de l'enseignement supérieur et à la réputation de l'université».
Le ministre a rappelé aux directeurs des établissements universitaires, des centres et agences de recherche scientifique à «la nécessité de s'engager à l'adoption du dialogue comme méthode et de la concertation comme moyen, en vue de trouver les solutions idoines à même de prendre en charge les impacts induits par les circonstances exceptionnelles que vit le système universitaire».
Tayeb Bouzid a également exhorté les mêmes responsables à «rattraper le temps pédagogique perdu à travers leurs initiatives dans le cadre de plans et programmes adoptés en concertation avec toutes les composantes de la corporation universitaire, tout en prenant en compte les contrastes enregistrés». Le ministre a notamment indiqué que le mouvement populaire a perturbé le déroulement régulier des activités pédagogiques dans la plupart des établissements universitaires et ajoute que «le hirak a révélé la force, l'efficacité et la contribution de la corporation universitaire et scientifique dans la dynamique du sursaut nationale que connaît la société».


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