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Unis contre l'arbitraire
Le mouvement populaire rend hommage à Fekhar et insiste sur le départ du système
Publié dans El Watan le 01 - 06 - 2019

Côté pancartes, on ne voyait que le visage amène de feu Kamel Eddine Fekhar, accompagnant différents slogans. L'un des plus partagés disait : «Ils croient t'avoir tué, ils ne savent pas qu'ils t'ont rendu immortel». Beaucoup demandaient justice pour le défunt militant : «Justice et vérité sur le décès du Dr Fekhar»
Alger, 31 mai 2019. 15e vendredi de mobilisation populaire pour le changement et dernier vendredi du Ramadhan 2019. Beaucoup d'émotion, hier, et une colère sourde parmi les manifestants, tempérée seulement par le principe de la «Silmiya» qui continue à guider résolument le mouvement de contestation malgré la répression, les provocations de la police et la violence du système judiciaire qui a coûté la vie au Dr Kamel Eddine Fekhar – Allah yerahmou.
Le visage de Fekhar était sur plein de pancartes, de banderoles, et dans les cœurs surtout. Son image ne quittait pas nos pensées. Tout le monde n'avait d'yeux que pour le vaillant «Chahid el karama», le «martyr de la dignité», comme on pouvait le lire sur nombre de bannières à sa gloire. Si bien que des millions de Fekhar ont surgi à sa place pour perpétuer sa parole.
A la veille de son enterrement prévu pour aujourd'hui au cimetière d'El Alia, les manifs d'hier résonnaient à la fois comme une cérémonie funèbre, une oraison populaire, des obsèques spectaculaires mais aussi, et surtout un serment fait à l'héroïque insurgé du M'zab comme l'illustre ce slogan répété en chœur : «Ya Kamel ertah ertah, sanouwassilou el kifah !» (Kamel, repose-toi, nous poursuivrons le combat).
La dictature et son bras judiciaire pensaient l'humilier, le faire taire, en s'acharnant contre lui pour le réduire au silence, en l'enterrant vivant avec son compagnon de combat Hadj Brahim Aouf dans une misérable cellule ou une médiocre chambre pénitentiaire insalubre à l'hôpital de Ghardaïa, ils n'imaginaient pas qu'ils semaient une graine miraculeuse, et que des millions de Fekhar allaient relayer sa flamme.
Et ils l'ont, de fait, montré prodigieusement hier en martelant à l'unisson : «Nous sommes tous Fekhar !». Et pour le signifier avec encore plus de détermination, beaucoup étaient coiffés d'une chéchia blanche en hommage à cette icône de la révolution citoyenne.
«Kamel Fekhar, eddoula gatlatou»
Les manifestants n'hésitaient pas à désigner les coupables de ce véritable crime d'Etat en scandant : «Ya lil âre, ya lil âre, el issaba qatlate Fekhar !» (Quelle honte ! La bande a tué Fekhar !), «Kamel Fekhar rabbi yerahmou, Kamel Fekhar eddoula gatlatou» (Kamel Fekhar, c'est l'Etat qui l'a tué), «M'zab chouhada» (M'zab martyrs), «Algérie chouhada», «Pouvoir assassin !», «Ulac smah ulac !» (Pas de pardon), «Libérez l'Algérie»….
A l'appel au dialogue de Gaïd Salah, les manifestants répondaient : «Dawla madania, machi askaria» (Pour un Etat civil, pas un Etat militaire), «Had echaâb la yourid, hokm el askar min djadid» (Ce peuple ne veut pas d'un nouveau régime militaire), «Y en a marre des généraux !», «Gaïd Salah dégage !», «Djeich-chaâb khawa khawa, Gaïd Salah maâ el khawana» (L'armée et le peuple sont frères, mais Gaïd Salah est du côté des traîtres), «Makache intikhabate ya el issabate» (Pas d'élections avec les gangs)…
Côté pancartes, on ne voyait que le visage amène de feu Kamel-Eddine Fekhar, accompagnant différents slogans. L'un des plus partagés disait : «Ils croient t'avoir tué, ils ne savent pas qu'ils t'ont rendu immortel». Beaucoup demandaient justice pour le défunt militant : «Justice et vérité sur le décès du Dr Fakhar», «Qui est responsable ?», «Qui jugera les assassins des martyrs du hirak ?». Cette dernière pancarte est assortie des portraits de Fekhar, Mohamed Tamalt, Ramzi Yettou et Hassan Benkhedda.
On pouvait lire aussi, pêle-mêle : «Non aux détenus d'opinion. Libérez-les ! Ou bien vous voulez leur mort ?», «Mohamed Tamalt, le martyr oublié». A la place Audin, une large banderole est déployée avec cette sentence : «Libérez les prisonniers politiques», message accompagné des portraits de Hadj Ghermoul, Hadj Brahim Aouf (qui a été libéré ce jeudi), Abdallah Benaoum et Ahmed Baba Nedjar.
D'autres pancartes disaient : «On n'a pas refusé le dialogue avec le président pour l'accepter avec un planton», «Qui t'interdit le droit à la parole ne te garantit pas ta voix», «Volonté populaire souveraine, pas d'élections avec Bedoui et sa clique», «Non à la répression !», «On ne veut pas de décisions de l'intérieur des casernes», «Non à la tyrannie, oui à la Constituante», «Les généraux, écoutez le peuple ou partez !», «Libérez la justice, libérez l'Algérie !»…
«Pas de dialogue sans la libération des détenus politiques»
Alors que Me Salah Debbouz, l'impétueux avocat de toutes les causes justes, compagnon de combat de Fekhar, scandait avec les manifestants hissés sur un muret attenant à la bouche de métro de la Grande Poste : «Kamel Fekhar, eddoula gatlatou !» on pouvait voir des jeunes brandir des pans de papier kraft avec ces mots : «Le wali de Ghardaïa et le procureur général à la prison de Blida». Il y avait aussi ce message : «Sauvez Ghardaïa des restes de la bande».
Un jeune en tenue traditionnelle mozabite arbore les portraits de plusieurs martyrs du M'zab dont le Dr Fekhar. Le jeune mozabite nous dit : «On demande l'ouverture d'une enquête, d'abord avec le wali et le procureur général de Ghardaïa !» Il ajoute : «Les détenus qui sont en prison, pour la plupart, il n'existe aucune preuve tangible contre eux. On veut une enquête sur tout ce qui s'est passé pendant la crise de Ghardaïa depuis le début».
Mehdi, la quarantaine, dénonce l'acharnement judiciaire qui s'abat sur les activistes de la région, et dont feu Kamel Eddine Fekhar a payé le prix fort. «Le système est le même. Rien n'a changé !» s'écrie-t-il. «A Ghardaïa, on a des lois spéciales. Ce ne sont pas les mêmes qu'à Alger, à l'Est ou à l'Ouest. C'est à croire que nous ne faisons pas partie de ce pays». Il s'indigne contre le sort subi par Fekhar ou Hadj Brahim Aouf. «Mais qu'est-ce qu'ils ont fait de mal ? S'exprimer est-il un délit ? La liberté d'expression est censée être garantie, non ?
Ils les ont arrêtés pour rien alors que des traîtres ne sont pas inquiétés. Il n'y a aucune justice dans ce pays». Concernant le dialogue, Mehdi déclare : «Il n'y a pas de dialogue possible avec ce pouvoir. Qu'il commence d'abord par libérer tous les détenus politiques qui sont en prison, et qui sont innocents. Certains ont été arrêtés injustement lors des événements de Ghardaïa de 2014, ils croupissent toujours en prison. Il n'y a aucune preuve de leur culpabilité. On exige de l'Etat de les libérer avant toute démarche de dialogue».
Mehdi termine en disant : «Kamel Eddine Fekhar est mort, mais il y a des millions de Fekhar qui émergent, et moi-même je suis Kamel Eddine Fekhar. Nous sommes tous Fekhar. Il a été victime d'une injustice flagrante, et moi je suis prêt à être sacrifié comme lui pour la vérité. Toute l'Algérie aujourd'hui est Kamel Eddine Fekhar. J'aimerais qu'on soit tous unis la main dans la main, qu'on parle tous d'une même voix et qu'on agisse toujours pacifiquement, d'une façon silmiya. Ils ne nous diviseront pas !»
«Nous ne nous repentirons jamais de nos rêves»
Une minute de silence a été observée à deux reprises à la mémoire de Kamel Eddine Fekhar, l'une en fin de matinée, l'autre vers 15h, dans une ambiance de recueillement qui donnait la chair de poule. Autre image forte : parmi les pancartes brandies hier, il y avait un large panneau à l'effigie de Fekhar est accompagné de ces mots : «Kamel Eddine Fekhar, le martyr du hirak populaire».
Des panneaux similaires ont été tirés en hommage aux autres martyrs du Mouvement du 22 février : Hassan Benkhedda, le jeune Ramzi Yettou ainsi que Nabil Asfirane, victime d'une crise cardiaque en pleine manif, vendredi dernier. C'était émouvant de voir un de ses fils prendre admirablement le relais en arborant une pancarte sur laquelle figure le portrait de notre frère Nabil – Allah Yerahmou – et ces mots affectueux : «Tu resteras toujours dans mon cœur».
Nous avons eu le plaisir également de croiser Nazim Ferhi, le fils de l'immense Hamid Ferhi qui nous a quittés le 5 février dernier. «Raho maâ echikh», lance Nazim (Il a rejoint mon père) en parlant de Fekhar. Il nous fait remarquer dans la foulée, un brin ému, qu'il y avait nombre de pancartes où l'image de son père était associée à celle du Dr Fekhar, les deux hommes ayant partagé tant de luttes.
Voici d'ailleurs un jeune homme en chéchia immaculée soulevant une pancarte ornée de ces deux icônes rassemblées, et gravant ce beau message : «Nous ne nous repentirons jamais de nos rêves. Paix à toute âme qui s'est sacrifiée pour ce pays».


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