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Beyrouth, la capitale la plus européenne des villes arabes : La vitrine trompeuse du pays du Cèdre
Publié dans El Watan le 18 - 07 - 2010

Chambre avec vue sur immeuble bombardé. Il n'y a qu'à Beyrouth que les hôtels peuvent offrir ce service bien singulier. Il faut dire que ce n'est pas bien difficile. Chaque coin de rue a sa bâtisse portant les stigmates de la guerre.
Beyrouth (Liban). De notre envoyée spéciale
Beyrouth qui se veut être une cité de glamour et de bling-bling est encore imprégnée des réminiscences des combats qu'elle a connus. L'imposant et lugubre Holiday Inn, de la chaîne américaine qui porte le même nom, témoigne de la cruauté de l'histoire envers la capitale du Liban. Ce qui devait être l'hôtel le plus luxueux de Beyrouth, n'est plus qu'une épave verticale qui résume à elle seule la fragilité du pays. Deux semaines avant son inauguration en 1975, les hostilités entre les milices des différentes confessions religieuses éclatent. Des obus s'abattent sur le Holiday Inn lui occasionnant de sérieux dégâts. « L'hôtel était entre deux feux : les musulmans d'un côté et les chrétiens de l'autre. Fort heureusement, ces communautés vivent en parfaite harmonie aujourd'hui », se souvient Wahbi, 55 ans, agent de sécurité, costume et cravate noirs, chemise blanche et talkie-walkie à la main, qui précise qu'il est musulman chiite. Le Holiday Inn est aujourd'hui complètement abandonné.
Il a fini par être envahi par les mauvaises herbes et la rouille. Les passants, qui empruntent les chemins mitoyens, sont incommodés par l'odeur pestilentielle d'urine qui se dégage du bas de cet immeuble transformé en décharge publique, malgré la clôture censée le protéger. Il est devenu l'emblème du passé malheureux de la capitale libanaise. Sa présence anachronique contraste avec les nouvelles constructions modernes. « Il a été laissé tel quel pour rappeler les affres de la guerre et pour dire plus jamais ça », souligne Wahbi. Le Holiday Inn est situé à quelques encablures de l'endroit où avait été assassiné le 14 février 2005, Rafic Hariri, l'ancien premier ministre du pays du Cèdre. Un autre hôtel, au destin tragique, permet d'imaginer la violence de l'attentat qui avait emporté la vie de l'homme politique libanais, ainsi que celles de 22 autres personnes. Il s'agit du Saint-George dont les murs nus sont affreusement lézardés. Son propriétaire aurait été harcelé par Rafic Hariri pour qu'il le lui vende, mais il a toujours refusé et n'a pas cédé aux pressions du défunt. Ce dernier lui aurait même interdit l'accès à la plage pour le pousser à vendre son bien. En vain. Le destin a voulu que Hariri soit tué juste à côté de l'hôtel convoité. Pour certains, l'endroit choisi pour l'assassinat n'est pas fortuit.
Des soupçons pèsent sur le propriétaire du Saint-George. Les libanais sont cependant convaincus de l'implication des services secrets syriens. Un passant interrogé sur les circonstances de l'attentat le laisse entendre. « Demandez aux syriens », ironise-t-il, en fixant la statue et la stèle en bronze érigées en hommage à l'ancien homme d'affaires, au milieu d'un jardin fleuri. La conversation est interrompue par des crissements de pneus, un phénomène courant à Beyrouth, même pendant la nuit. Les automobilistes donnent l'impression de se livrer à un rallye et l'excès de vitesse ne semble gêner personne. Pas même les rares policiers qui régulent la circulation. Le recours excessif aux klaxons semble être un geste pavlovien. « Nous avons toujours grandi dans l'anarchie et la désorganisation à cause des guerres. Je suis né en 1975 alors que la guerre venait d'éclater et je me suis habitué à cette ambiance », relève un jeune chauffeur de taxi aux cheveux gominés.
Les khalidjis et l'argent
Les Beyrouthins en général s'accommodent de ce style de vie. Leur dynamisme et leur vivacité atteignent leur paroxysme en début de soirée. La corniche est envahie par des familles, des couples, des groupes de jeunes qui s'adonnent à des activités ludiques, telles que le cyclisme, les patins à roulettes ou un simple jogging. D'autres se contentent de s'asseoir sur les bancs publics pour savourer le plaisir que leur procure le narguilé, le visage fouetté par la brise marine. Outre la baie de Beyrouth, on a une vue panoramique du centre- ville où s'élèvent des gratte-ciels construits pour la plupart grâce aux capitaux des investisseurs des pays du Golfe et de riches expatriés libanais, sous l'impulsion de Rafic Hariri qui voulait faire de la capitale libanaise la plus européenne des villes arabes. C'est donc dans cet esprit qu'a été construit le quartier El Hamra, une sorte de Champs-Elysées, l'arc de triomphe en moins. De nombreuses enseignes connues de vêtements, chaussures et cosmétiques s'y sont installées. Des restaurants et des cafés-bars attirent une clientèle nombreuse, notamment des touristes friands de cuisine libanaise. La principale rue d'El Hamra est bien animée à toute heure de la journée. Les prix donnent cependant le tournis. « La plupart des libanais n'achètent pas dans ces magasins. Ces prix sont destinés aux riches des pays du Golfe qui viennent ici pour faire leur emplettes après avoir fait la fête toute la nuit », explique Wahbi.
Avec ses 2000 dollars de revenus mensuels, il affirme faire partie de la classe moyenne libanaise. « Je suis commerçant la matinée et je gagne en général entre 1200 et 1300 dollars, mais le soir je deviens agent de sécurité pour un salaire de 700 dollars. Je fais ce deuxième métier pour avoir droit à une couverture sociale pour ma famille et moi », indique-t-il en précisant qu'il loue un appartement pour 400 dollars par mois. L'un de ses premiers soucis est d'assurer à sa fille, 19 ans, étudiante en droit à l'université américaine de Beyrouth, un cadre de vie proche de celui de la haute société. « Je ne veux pas que ma fille prenne le mauvais chemin en étant impressionnée par le luxe affiché par les hommes du Golfe. Je lui donne 200 dollars par mois afin qu'elle puisse s'offrir tout ce qu'elle veut », fait-il valoir. « Ils sont très malins. Ils savent que tout l'argent qu'ils dépensent ici sera récupéré dans l'achat de produits énergétiques dont leurs pays sont fournisseurs », émet Wahbi. « Ils viennent à Beyrouth pour faire étalage de leur opulence alors que la plupart des arabes vivent dans une misère totale », s'indigne pour sa part Hisham, serveur dans un grand hôtel au centre-ville, en voyant arriver un cortège de voitures reluisantes dont l'une transportant un émir koweitien venu assister à un séminaire. Pour de nombreux Beyrouthins, les Khalidjis, comme on les appelle ici, sont un mal nécessaire pour cette région.
L'envers du décor
De nombreux libanais vivent en dehors de cette ville mythique des phéniciens, bien qu'ils y travaillent. Il en est ainsi de Mohamed, 30 ans, rencontré à Saïda située au sud du Liban, à 48 km de Beyrouth, qui fait chaque jour le déplacement par microbus jusqu'à la capitale, où il y exerce en tant que gendarme. Le décor dans cette ville côtière est bien différent de celui de la capitale. Les devantures des magasins sont bien moins soignées et on y propose essentiellement des produits bon marché, souvent made in China. Exit les Chanel, Hermes et autres marques de luxe qui font la fierté de la capitale libanaise. On y voit plus souvent des femmes voilées des pieds à la tête. Un étranger est tout de suite assailli par une horde de gamins, la peau hâlée par un soleil de plomb, pour tenter de lui vendre soit des porte-clés de pacotille où du chewing-gum. Mohamed touche un salaire d'un million de lires libanaises (environ 630 dollars) alors que la rémunération moyenne au pays du cèdre est de 300 000 lires libanaises. En l'absence de débouchés dans les activités économiques, beaucoup de jeunes s'engagent dans les rangs de l'armée, de la police ou de la gendarmerie, comme c'est le cas de Mohamed. « Notre pays n'a pas de ressources naturelles. Il survit grâce au tourisme et aux transferts d'argent effectués par les expatriés libanais. Nous avons quand même une dette qui dépasse les 50 milliards de dollars et le taux de chômage est très élevé », fait observer Mohamed.
« Les jeunes n'ont pas de perspectives. Je voulais me marier, mais mes moyens ne me permettent pas de fonder un foyer. Le loyer pour le dernier des appartements est de 300 dollars par mois. Sans compter les autres dépenses quotidiennes comme l'électricité, l'eau, le gaz, la nourriture, etc. Je ne pourrais pas m'en sortir », lance-t-il dans un soupir. Mohamed habite à Taïba, ville frontalière avec Israël. Une éventuelle attaque de l'Etat sioniste ne lui fait pas peur. « Ce sont (les Israéliens) qui ont peur » , note-il tout sourire et un visage plein d'assurance. « Tant qu'il y aura le Hezbollah, ils ne pourront pas nous vaincre », soutient-il, en affirmant soutenir sans aucune hésitation le leader de ce mouvement politique chiite, Hassan Nasrallah. De nombreux libanais, de toutes les confessions religieuses, voient en cette figure de proue du Hezbollah, qui défia l'Etat sioniste en 2006, une icône de la résistance et du courage. Ils lui vouent un respect total au point où les vendeurs de souvenirs à Beyrouth évitent de mettre les prix sur les articles à son effigie, estimant qu'il a une valeur inestimable. Hassan Nasrallah fait ainsi l'unanimité dans un pays qui a été minée par les divisions par le passé.


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