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Béjaïa. Le tatouage à ses adeptes
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Publié dans El Watan le 12 - 12 - 2011

Un tatouage coûte entre 1 000 et 10 000 dinars. Cela dépend de sa taille, sa complexité et des couleurs insérées. Lyès a du mal à se présenter comme tatoueur. Il préfère dire qu'il est dessinateur.
Décorer la peau de son corps est devenu une véritable mode de nos jours. Dans la wilaya de Béjaïa, des jeunes gens sont de plus en plus nombreux durant ces deux dernières années à se faire des tatouages.
Cette pratique, à ne pas confondre avec les tatouages éphémères que l'on se fait habituellement à la plage pendant la période estivale, attire majoritairement des jeunes de moins de trente ans. «C'était pour moi un rêve de gamin» nous confie un jeune homme âgé de 25 ans qui s'est fait tatoué en mois de juillet dernier.
Pour mieux mesurer l'ampleur de ce phénomène, nous avons pris contact avec l'un des rares tatoueurs, qui se comptent sur les doigts d'une seule main à Béjaïa.
Lyès, 22 ans, pratique
son métier de tatoueur depuis trois ans déjà. Il affirme avoir tatoué plus de mille personnes depuis le commencement de sa profession. «Le nombre de ma clientèle grimpe en flèche à un tel point que je ne trouve plus le temps de satisfaire tout le monde» a-t-il déclaré. Au début, Lyès insérait les substances colorantes à l'aide de moyens de fortune, puis il a acquis un matériel professionnel, acheté à l'étranger. Après quoi, notre tatoueur s'est fait une si bonne réputation que les jeunes intéressés le contactent de partout.
Selon notre interlocuteur, un tatouage coûte entre 1 000 et 10 000 dinars. Cela dépend de sa taille, sa complexité et des couleurs insérées. Souvent, les nouveaux candidats choisissent le genre de leur futur tatouage à partir d'un catalogue que Lyès a confectionné en rassemblant des photographies des dessins qu'il a réalisés auparavant. «Les gens qui viennent pour se faire tatouer préfère, pour la plupart, les images d'animaux. Le choix des différents symboles vient en deuxième position puis en troisième place arrivent les écrits de toutes sortes» nous explique-t-il. Lyès atteste que les conditions d'hygiène sont respectées et que son matériel est toujours stérilisé.
«Même des pères de famille»
«Il y en a ceux qui le font juste pour essayer ou parce qu'ils sont fans d'un idole tatoué» nous dit Mme Laâzizi, psychologue dans un hôpital public. «Un tatouage est une petite histoire qu'on marque sur son corps pour ne jamais oublier» témoigne un jeune homme qui a inscrit le nom de sa femme sur son bras et qui s'apprête à en faire d'autres tatouages.
Dans ce même contexte, Lyès, le tatoueur, fait remarquer que ses clients d'aujourd'hui ne sont plus comme ceux qu'il avait à ses débuts. «Avant, je travaillais beaucoup plus avec des délinquants mais à présent je tatoue des gens respectueux, instruits, des couples et même des pères de familles sans histoires» nous dit-il.
Lyès a du mal à se présenter comme tatoueur. Il préfère dire qu'il est dessinateur car «dans une société intolérante comme la nôtre, on associe souvent le tatouage au gangstérisme.» Il a toujours refusé de tatouer des mineurs. Il rêve d'avoir un jour son propre magasin pour y travailler en toute légalité.
Mais, nous confie-t-il, des tatoueurs comme lui sont traqués par les éléments des services de sécurité.
Pourtant, des avocats et quelques sources proches de la police et de la gendarmerie nationale, que nous avons questionnés, nous ont tous répondu la même chose : «Il n'y a aucun texte de loi qui interdit le métier de tatoueur.»


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