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Plus que le souvenir, un esprit rassembleur
Il y a dix ans nous quittait saïd ouahioune
Publié dans El Watan le 26 - 03 - 2014

Discret, tu l'étais Saïd, même pour la maladie qui te minait. Seuls le docteur Aïder et toi le saviez.
Un mois avant ton départ pour un ailleurs que plusieurs signes laissaient croire à son pressentiment : tes visites d'adieu, ainsi que ton recueillement, à Moissac, sur la tombe de Slimane Azem.
Tu arrivais chez moi un 25 février. Ce midi, avant de t'en aller, nous avions partagé un rôti de veau arrosé d'une bouteille de sancerre, puis nous nous étions rendus dans une grande surface pour t'acheter une antenne d'intérieur, car tu avais besoin de t'informer. Chemin faisant, tu me racontais la farce que vous aviez jouée, Madjid Bali et toi, au pauvre Ben Hanafi. Pour vous excuser, vous l'aviez invité à un repas.
A six heures moins le quart, tu m'appelais pour me dire que tu te sentais mal. Le temps d'éteindre mon ordinateur à la mairie de Mt-St-Martin, où j'assurais mes permanences, et d'arriver. Je te cherchais partout dans la maison, en vain. Puis, je sortis et fis le tour du pâté de maisons. Devant l'arrêt de bus, un attroupement de curieux autour de l'ambulance du SAMU et de la voiture des pompiers. Une «pervenche» m'arrêta :
– Monsieur, ce n'est pas un spectacle, me dit-elle.
– C'est peut-être mon ami, lui répondis-je.
– Il s'appelle comment votre ami, reprit-elle.
– Saïd Ouahioune.
– C'est lui. Pouvez-vous le reconnaître ?
Une dernière tentative du médecin urgentiste.
Tu sursautas, comme pour me faire tes adieux et tu retombas raide mort. Le temps de te fermer les yeux, les pompiers te glissèrent dans leur véhicule pour te déposer à la morgue de l'hôpital.
Il me restait la triste charge d'avertir ton épouse, tes enfants, ta mère, tes frères à Bruxelles et à Alger. Il n'était pas aisé d'être à la hauteur pour gérer pareille épreuve, de se détourner de la douleur pour assumer avec plénitude la lourde obligation. Obligation, émotionnellement très difficile, douloureuse et pourtant inévitable, à laquelle il fallait ajouter les formalités administratives, ton ultime et sacrée toilette et le rapatriement de ton corps. Pour le quarantième jour, El Watan publiait un article post mortem où je retraçais ton parcours et rappelais ton souvenir. J'étais la dernière personne qui t'avait vu vivant. Il m'échoit encore aujourd'hui d'évoquer ton souvenir.
Aujourd'hui, les mêmes personnes sont venues comme il y a dix ans, Saïd, te rendre encore hommage : ta famille au sein de laquelle tu t'es accompli, les villageois avec qui tu as partagé la vie, tes amis, le rire caché en arrière-pensée d'entente. Ils reviennent tous te célébrer. Les voilà rassemblés en foule compacte autour de ta tombe pour te remémorer, réveiller leurs souvenirs. Bien que le silence du cimetière plane sur nous, chacun dans sa croyance, vient en toute complicité témoigner dans une conversation intérieure, dans la solitude d'un silence éloquent, dire encore l'idéal qui rassemble les âmes, comme tu aimais rassembler les bonnes volontés. René Char a bien raison de dire : «Le vrai tombeau des morts, c'est le cœur des vivants.» Nous ne t'avons pas oublié, c'est pourquoi nous sommes là, réunis comme naguère autour de toi, pour t'écouter dans notre recueillement.
Car qui mieux que toi, par ton charisme, ton don particulier pour le patrimoine commun, ton ascendant, sait distinguer chez les êtres totalement divergents la part d'analogie : «Car, disais-tu, ils ont de nombreux points communs.» Tu sais aussi rassembler des souvenirs, des esprits. Aujourd'hui encore, autour de ce dixième anniversaire, tu as su nous réunir, nous qui nous sommes perdus de vue, dispersés par le vent de la vie aux quatre horizons qui crucifient le monde. Comme le coryphée, tu sais diriger à l'unisson le chœur du théâtre antique, où tous les rôles se jouent dans un air nouveau, dont toi seul connais les tenants et les aboutissants.
Le lichen s'identifie avec le rocher pour le marier à la plante. De même, l'articulation relie deux os pour faire le même mouvement. Comme dans les organismes élémentaires, une foule de corps simples et complémentaires distincts s'unissent, se soudent, se groupent et se conglomèrent en une seule masse.
Ton métier de géologue te permet d'étudier les caractères chimiques, physiques et biologiques de la Terre qui nous a donné le jour, qui nous nourrit et sur laquelle nous vivons. Tu t'es accroché à la roche primaire, comme le chêne à glands doux autour duquel ton village s'est érigé et structuré sur la colline de manière à former une masse compacte, comme le sérum qui agglutine les germes, comme s'agglutinent les souvenirs pour former Tassaft Ougemmoun, le chêne de l'éminence.
Pour tous les hommes de ta génération tu as servi, Saïd, de passerelle qui traverse un cours d'eau au fil des ans. Les rivières qui s'unissent mêlent leurs eaux en confluent. Tu disais à juste raison : «La rivière n'est pas ce qui sépare mais ce qui relie.» De même qu'en informatique, la passerelle est le système qui relie un environnement à un autre. La passerelle que tu étais est une voie d'accès, une voix de communication, ce qui met en rapport, ce qui sert de lien. Tu t'es établi comme un pont mystérieux entre l'âme des personnages et celle des spectateurs. N'est-ce pas, Saïd, que le pont, chez les constructeurs automobile, constitue l'ensemble des organes qui transmettent le mouvement moteur aux roues. La passerelle deviendra, une fois de plus, le symbole intellectuel qui réunit les choses par des liens invisibles, les mettre ensemble de manière à former un tout homogène. La passerelle consacre ce qui rapproche et oublie ce qui divise.
De l'amitié, ce sentiment réciproque d'affection ou de sympathie qui ne se fonde pas sur les liens du sang, Aristote a élaboré une théorie : vouloir le bien de l'autre. La bienveillance fonderait l'amitié parfaite qui, pour être durable, nécessite une certaine ressemblance, du moins de l'ordre d'une vertu partagée, et de la confiance. Montaigne reprend et prolonge la pensée d'Aristote, à laquelle il donne un surcroît d'âme en rendant hommage à Etienne de La Boétie, l'ami disparu. L'amitié est liberté et égalité. «Parce que c'était lui, parce que c'était moi», écrivait Montaigne pour distinguer son amitié avec La Boétie, sublimant par cette sentence concise toute description réductrice, voire ordinaire. C'est le fondement d'élection individuelle, c'est la rencontre profonde de deux particularités.
Le poète Si Mohand avait l'habitude de se retrouver régulièrement avec Youcef-ou-Lefqi et Ouelhadj, ses amis, dans le café de Hemou-ou-Yidir à Michelet. Mais voilà que Ouelhadj, contrairement à ses habitudes, ne venait plus aux rendez-vous. Ses amis s'inquiétèrent et allèrent dans son village des Ouacifs. Ouelhadj se mourait. Si Mohand, après qu'il eut pleuré, versifia sur l'amitié* :
Ay Allen-iw εahdemt ides
(Bannissez le repos mes yeux)
Welhağ m'itnuyes
(Ouelhadj tire à sa fin)
Rafqemt ul-iw d amudin
(Escortez mon cœur souffrant)
Aţţaya tasa-w tezza
(Mes entrailles se consument)
F lherz l-lfetta (Pour la parure d'argent pur)
Lateţţaγent tawliwin (Des fièvres se succèdent)
Tin i εaddan γas ta (Quand de l'une survenue)
Nekwni nγil berka (Croyant être la dernière)
Tleqmit-id tayednnin. (Une autre se greffe et s'enchaîne.)
Autrefois, les pèlerins en visite sur la tombe d'un ancêtre mythique, après avoir effectué sept girations, viennent prendre ce qui leur manque :
W'ibγan lbar(aka yebbwi
(Qui veut la bénédiction en a emporté)
W'ibγan lğuz iγezza. (Qui veut le geste en est rempli).
Littéralement : W'ibyan lğuz iγeżża, qui veut casser des noix en a concassé, c'est-à-dire qui veut broyer du noir en a eu pour son compte. Mais nous qui venons ici en pèlerinage, ce que l'on prend c'est la baraka.
Mais avant de repartir dans notre inconnu, ta famille, le village de Tassaft, dans la maison où tu nous a, combien de fois, invités à partager le pain et le sel, tagella d lemleh, ont tenu à nous faire partager, une fois de plus, le repas communiel autour du même plat, comme autrefois, pour sacraliser nos retrouvailles. Nous allons repartir, chacun de son côté, mais nous emporterons avec nous, comme viatique, plus que le souvenir, ton esprit de rassembleur, servant de plateforme entre les hommes et les générations.


Texte lu à Tassaft Ouguemoun pour la commémoration du dixième anniversaire du décès de Saïd Ouahioune.


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