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Le dernier témoin
Mohamed Beziane, évadé de la prison du Coudiat avec Ben Boulaïd
Publié dans El Watan le 01 - 11 - 2014

Pour Mohamed Beziane, le Zalatou a toujours été une montagne de rebelles, de déserteurs et d'insoumis dont le plus célèbre fut sans doute le fameux bandit d'honneur Messaoud Ugzelmad. «Même Salah Bey, le dernier bey de Constantine, est venu se réfugier ici, à la chute de sa ville», dit-il. Avec de telles gâchettes fines, il n'est donc pas étonnant que les Aurès soient tenus pour le berceau de la Révolution. C'est un vieil homme de 80 ans qui reçoit dans son salon à Tkout, sa ville natale.
Beziane Mohamed a 20 ans en 1954, mais il est tombé très tôt, dès l'âge de 14 ans, dans le chaudron du nationalisme grâce à son oncle qui l'a initié. Quelques jours après le déclenchement de la Révolution, Mohamed et deux de ses compagnons sont vendus par des goumiers à la solde de la France. Arrêtés et emprisonnés à Batna puis à Tazoult, ils sont déférés devant le tribunal militaire de Constantine. La sentence ne tarde pas à tomber, le 10 novembre 1955 : peine capitale.
En attendant la guillotine, les condamnés croupissent dans la célèbre prison du Coudiat. Dans ce sinistre bagne construit dans les années 1850, 30 condamnés à mort, tous militants nationalistes, s'entassent dans une salle aux murs épais, pratiquement blindée, dotée d'une porte métallique portant trois verrous ; les barreaux de sa fenêtre sont vérifiés chaque soir par les gardiens. Chaque quart d'heure, un maton regarde par le guichet de la porte pour s'assurer que les prisonniers n'ont pas pris la poudre d'escampette.
Dans le groupe, on compte Tahar Zbiri, qui fera parler de lui quelques années plus tard (en 1967) pour sa tentative de coup d'Etat ratée contre le président Boumediène. Mais aussi Mustapha Ben Boulaïd, charismatique chef des Aurès. «Nous devons échafauder un plan pour sortir de cette prison et tout le monde est invité à donner son opinion», leur dit un jour Ben Boulaïd.
Mohamed Beziane se rappelle que c'est un gars d'El Khroub, du nom de Hadjadj Bachir, qui fait observer à Ben Boulaïd et à ses compagnons que la grande salle donne sur une sorte de débarras inoccupé, par lequel on peut accéder à une cour. Le mur de celle-ci donne directement sur l'extérieur. Il suffit donc de creuser un tunnel pour en sortir. Oui, mais avec quoi ? Un détenu a alors l'idée géniale d'arracher un loquet de fenêtre pour s'en servir comme d'un racloir. Pour tromper la vigilance des surveillants, le loquet est remplacé par un bout de savon taillé comme un cadenas. Il n'y a plus qu'à frotter longuement et patiemment le loquet à la dalle de béton pour l'affûter.
«Chaque jour on creusait jusqu'à 23h, quand la sirène se faisait entendre et que chacun devait regagner sa paillasse», se souvient Mohamed Beziane. Les prisonniers rebouchent le trou avant de poser un tapis dessus. Les paillasses étant fouillées chaque jour, le loquet est caché dans le petit balai en feuilles de palmier nain.
Le trou est creusé centimètre par centimètre, la terre est tamisée et jetée dans le trou qui sert de latrines. Pour faire partir les gravats, on verse de l'eau. Couché à même le sol, un détenu guette sous la porte l'ombre du gardien ; quand ce dernier s'approche – chaque d'heure – il donne l'alerte. De son mouchard, le surveillant ne voit que des prisonniers occupés à jouer ou à prier. Pour pallier à l'obscurité dans le trou qui gagne en profondeur, les détenus confectionnent des mèches à l'aide de coton et de bouts de graisse pêchés dans la soupe quotidienne. «On faisait mine de jouer et de se blesser exprès dans la cour pour avoir du coton afin de confectionner ces mèches», raconte encore Mohamed Beziane.
Il a fallu creuser pendant 28 jours pour voir enfin le bout du tunnel. «On a alors déchiré nos paillasses pour fabriquer une échelle et des cordes de 3 mètres, dit-il. Lorsque tous les détails de l'évasion furent réglés, on a procédé à un tirage au sort. On a tiré à la courte paille pour savoir qui sortirait en premier. Ben Boulaïd et trois de ses compagnons n'étaient pas concernés par ce tirage au sort.»
Chaque région devait tirer au sort pour déterminer qui sortirait en premier. En cas d'échec de l'évasion, le groupe est assuré d'avoir un représentant libre de chaque région.
S'aidant de cordes et se faisant la courte échelle, les premiers prisonniers arrivent sur le mur d'enceinte d'où ils se laissent glisser le long d'une courte corde. Quand il ne reste plus que 3 à 4 mètres, ils sautent par terre et se tapissent dans l'ombre. L'opération dure près d'une heure. Quand les gardiens donnent l'alerte, la salle est déjà vide. Onze prisonniers, dont Mustapha Ben Boulaïd, ont réussi à se faire la belle. Dix-neuf autres sont rattrapés avant qu'ils ne franchissent le mur.
«Nous nous sommes cachés dans l'herbe, se souvient Mohamed Beziane. Ayant perdu nos espadrilles dans la boue, nous continuons pieds nus jusqu'à Megtaâ El Athmania, où des militants nous prennent en charge. Ils ont su pour l'évasion car La Dépêche l'a rapportée à la Une. Je n'ai revu Mustapha Ben Boulaïd à Kimmel, dans le maquis, que plusieurs jours plus tard.» Avant de clore ce chapitre de sa vie de moudjahid, Beziane Mohamed nous raconte une dernière anecdote sur le charismatique et historique chef des Aurès : au déclenchement de la Révolution, Ben Boulaïd avait 17 000 francs en poche ; Messali Hadj, lui, avait 70 millions dans ses caisses.


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