Les 6 et 9 août 1945, par l'usage de deux bombes atomiques, les Etats-Unis purent obtenir la reddition du Japon et accélérer ainsi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le prix le plus lourd a été payé par la population civile japonaise. Soixante-dix ans après, pour la paix dans le monde, le martyre de Nagasaki et de Hiroshima aura été vain. Obsédés par leur volonté de dominer et de contrôler la planète toute entière, confortés par leur puissance de feu inégalée, quoique contrariée un temps par l'Union soviétique, les Américains portèrent des guerres et des souffrances sur tous les continents, particulièrement ceux de l'hémisphère sud. Ils le firent directement par l'usage de leurs forces (Asie du Sud-Est) ou indirectement par le soutien à des régimes dictatoriaux (Amérique latine, Asie, monde arabe…). Leur responsabilité reste entière dans la généralisation du terrorisme à travers le monde, autre arme de destruction massive, aussi ravageuse que les armes nucléaires. Les Etats-Unis ont porté à bout de bras les talibans, qu'ils ont armés et encadrés pour qu'ils expulsent les forces d'occupation soviétiques de leur territoire. Suffisamment aguerris, ces derniers instaurèrent un Etat théocratique tout en déferlant dans de multiples pays, dont l'Algérie, afin d'imposer, par la terreur, leur diktat. Sur cette lancée, les Administrations successives de Washington scellent des alliances stratégiques avec les monarchies du Golfe, dont la plus agressive, l'Arabie Saoudite, n'a eu de cesse d'intensifier la diffusion du salafisme dont les adeptes font du recours à la violence un devoir. Nombre d'Etats arabes, africains et asiatiques ont payé – et payent encore – le prix de cette doctrine, une vision rétrograde de l'islam. Confortés par nombre d'alliés, y compris arabes, les Saoudiens ont occupé le Bahreïn et bombardé le Yémen, tuant nombre de civils, au nom d'une incessante confrontation avec l'Iran, que Riyad prolonge sur le terrain du pétrole en bloquant toute riposte à la chute dramatique du prix de cette énergie, privant ainsi nombre de pays en voie de développement de recettes salvatrices. Le monde arabe est aujourd'hui quasi totalement éclaté : d'abord réduit en miettes par l'occupation américaine, l'Irak subit les assauts de la nouvelle excroissance terroriste qu'est Daech, dont l'idéologie se veut salafiste mais anti-wahhabite, déclarant la guerre à pratiquement tous les pays musulmans qu'elle considère comme apostats, tout en menaçant l'Occident de destruction. Tout à côté, la Syrie paye le prix des errements de son pouvoir politique qui n'a pas épargné la population civile de la guerre menée contre Daech et contre l'opposition armée. Dans cette guerre interarabe, l'Europe, alliée à Washington, a davantage jeté de l'huile sur le feu que contribué à ramener la paix. La Libye a vu son territoire bombardé sous le prétexte de l'élimination d'El Gueddafi : l'embryon d'Etat existant a été détruit, sans alternative politique viable, ce qui a créé une situation inextricable dans le pays, mise là aussi à profit par Daech. L'effondrement en cours du monde arabe n'aurait jamais été possible si les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, n'avaient pas porté à bout de bras Israël, Etat colonial et terroriste en puissance. En déniant depuis 1948 aux Palestiniens le droit à la récupération de leur territoire, Israël a fait du Proche-Orient une poudrière, aux conflits incessants et une terre de désespoir. Doté de l'arme nucléaire avec la bénédiction occidentale et maintenant que l'Iran est neutralisé, Israël s'impose comme le maître absolu de la région proche-orientale en lambeaux, où aucun Etat arabe n'est en mesure de le contrecarrer. C'est ce qui est inscrit dans le plan de remodelage géopolitique de la région que les Occidentaux et les Israéliens ont élaboré il y a déjà une cinquantaine d'années.