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La littérature algérienne : Du conformisme idéologique d'hier au souci esthético–artistique d'aujourd'hui
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Publié dans El Watan le 11 - 11 - 2016

Aux lendemains de l'indépendance, la littérature algérienne d'expression française, loin de s'amenuiser comme s'y attendaient certains spécialistes-littérateurs d'outre-mer, s'est plutôt ravivée, après l'éclatement,notamment, d'une thématique très polarisée sur le thème de l'identité nationale et qui allait lui faire connaître son véritable envol, en réinventant en quelque sorte la langue française.
Les écrivains nouveaux en verve de l'époque, tels que Rachid Boudjedra, Mourad Bourboune ou Nabile Fares «tordent le cou» à une langue étrangère, cassant son style, malaxant sa texture en explorant des territoires nouveaux, pour l'adapter à un mode d'expression «algérien-local», exposé en une phraséologie, des tournures, voire un vocabulaire souvent détourné de ses significations primordiales : véritable nouvelle langue transfigurée, exprimant en français ce qui n'est pas français, soit un langage qui relève d'un mode de pensée témoignant des processus cognitifs et facultés intellectuelles tributaires d'une structure mentale non- française mais algérienne, exprimant un fond algérien, avec souvent des tournures de style à l'algérienne, pour reprendre les propos méditatifs du regretté Kateb Yacine, le maître d'œuvre en la matière.
En matière d'expression littéraire arabe, l'on s'était attendu, par contre, à ce que la littérature algérienne de graphie arabe, fière de sa parenté avec la langue d'El Djahidh et auréolée de l'héritage historique, puisse prendre son essor, dès la phase cruciale des littératures de combat, à l'instar de ce qui s'est fait dans le roman algérien de graphie française.
Mais mis à part la poésie qui a brillé de son éclat, avec d'illustres poètes, se distinguant également dans la poésie du «Chi'e'r Melhoun» de la tradition dialectale populaire, atteignant des sommets, le roman algérien contemporain d'expression arabe, a dû,lui, attendre les premières années des lendemains de l'indépendance pour voir le jour, sous la plume des pionniers Tahar Ouettar et Abdelhamid Benhadouga.
Bien évidemment, le conditionnement extrêmement hostile du contexte culturel colonial, refoulant systématiquement la langue arabe, y est pour quelque chose dans ce retard, mais ce facteur ne peut, à lui seul, tout expliquer. Car il y est aussi question, quelque part, de l'autre conditionnement, non négligeable, d'un certain mode de pensée dérivant du soubassement culturel communautaire, traditionnaliste-national, quasi-religieux, aux fréquents relents conservateurs qui se heurtent, tout naturellement, à l'exigence esthétique-libertaire inhérente à la nature de la création littéraire –artistique.
Ceci quand cette tendance ne se résout pas à se défaire de ce facteur conformiste, contraignant, découlant de ce rapport philosophico- moral de fond, constamment stagné (jamais «réformé»), nettement opposé aux valeurs contemporaines de la Modernité multidimensionnelle : celle-là même qui a bouleversé, depuis des lustres, l'état socioculturel du monde entier, touchant pratiquement toutes les civilisations et cultures connues de l'Histoire…
Mais, qui, si ses attributs allant de l'avant ont fait presque partout l'objet d'adaptations audacieuses, bousculant tabous et idées reçues, en Algérie et dans le monde arabo-musulman, d'une façon générale, ces données d'évolutionnisme culturel concret d'affranchissement de l'idéologie embrigadante sont généralement perçues par les sphères mentales des milieux conservateurs perpétuant les patterns passéistes, comme les éléments de «réactualisation des items envahissants de l'occidentalisme chrétien» et autres «agents aliénants et dépersonnalisant du nouveau colonialisme», assimilant ainsi la modernité planétaire des cultures transfrontières, à l'ordre des valeurs anciennes de l'eurocentrisme, l'impérialisme, le conservatisme ségrégatif de caste ou de classe, etc.
Autant de griefs mis en avant et incompatibles, pourtant avec les valeurs démocratiques de la Modernité, ses fondements reposant, bien évidemment, sur l'idéal libertaire du pluralisme démocratique, favorisant partout où elle est structurellement instituée, la coexistence citoyenne-pacifiste multiethnique, multiculturelle, multiconfessionnelle, multilinguistique, etc.
Le langage artistico-littéraire
Sur ce point, les usagers de l'idiome arabe ont fort affaire dans un milieu contraignant (contrairement aux usagers du français qui se procurent certaines «échappatoires», en quelque sorte, sur ce plan),non pas que «la langue arabe se trouve être en cause», comme l'ont déjà fait observer des spécialistes - linguistes et littérateurs, mais cela est dû surtout à l'attitude timorée de la plupart des écrivains qui subissent «un état de langue» sclérosé (selon l'expression de Abdellatif Laabi), très peu d'entre eux osant défier les tabous et aller au-delà des préjugés communautaires,de classes, ou de particularismes étroits.
La traduction concrète du vécu populaire en fait littéraire et esthético-artistique, par la langue arabe (ou une quelconque autre), passe inévitablement par sa désacralisation, le bousculement des normes figées, et le défrichement d'un «champ littéraire désanctuarisé», pour reprendre l'expression du défunt Rachid Mimouni qui rappelle à propos du travail accompli dans le champ littéraire algérien d'expression française, - comparativement à celui voisin d'expression arabe,- que «c'est la profanité de la langue française qui a permis toutes les audaces». Mais face aux coups de boutoir de la modernité, la littérature de langue arabe a cultivé des comportements de «citadelle assiégée» (selon la formule de J. Eddine Bencheikh).
Et alors que la littérature voisine de graphie française, perçue comme le cheval de Troie destinée à dépérir, a, contre toute attente, continué obstinément à survivre après l'indépendance, - et mieux, les écrivains tendant à se déculpabiliser ouvertement vis-à-vis des tares qui la minaient du temps de la colonisation pour s'assumer pleinement et sereinement,- c'est plutôt la littérature d'expression arabe qui s'est rétrécie, pendant un bon bout de temps, dans un éclectisme ostentatoire, précieusement confiné dans un hermétisme inaccessible au langage du sens commun.
Le récit romanesque étant resté quasi-absent en Algérie, se faisant publier ailleurs à Tunis, Rabat ou à Beyrouth, Le Caire, cela ayant persisté après les lendemains de l'indépendance jusqu'au jour, où à la faveur de considérations sociopolitiques, sont apparus des auteurs de la génération nouvelle, rompant avec un certain «fatum» traditionaliste, inspirés en cela par les théories en vogue de la période, fortement imprégnés par l'idéal du «réalisme esthétique socialiste» ambiant : recours forcé, en quelque sorte, à cet élément d'emprunt dérivant non moins de la «culture de l'occidentaliste» naguère boudée, mais pour en faire, astucieusement, un instrument d'expression littéraire (et idéologique) intervenant directement au présent, dans un langage bien entendu adapté à la quotidienneté et spécificités de la réalité locale.
Et partant, rejoignant le discours idéologique officiel de la conjoncture, plus ou moins promoteur d'une certaine modernité nationale, il va sans dire, du fait de son allant volontaire, résolument impulsé à contre –courant des habitudes figées et mode de pensée immémorial, consacrées jusque-là : c'est-à-dire, affrontant le risque de bousculer tabous et idées scolastiques héritées de la mentalité traditionnaliste- communautariste handicapante, les auteurs et poètes qui allaient à contresens de l'idéologie de l'establishment se comptant alors sur les doigts d'une seule main (Habib Sayeh, Omar Azradj…).
Ainsi en fut-il, avec les premières œuvres chantant «la Révolution agraire et l'option socialiste» des pères fondateurs Ouettar – Benhadouga, avant les remises en cause identitaro- culturelles et doctrinaires intervenant notamment après la fracture politico-sociale d'octobre 1988 et les conséquences déchirantes qui s'en sont suivies…
Les promesses
Après l'indépendance, s'est imposée tout naturellement une littérature nationale héritière de la littérature de combat anticoloniale, dont la thématique de la célébration guerrière ayant persisté plus qu'il n'en faut a suscité les réactions des voix autorisées dans le domaine.
L'éminent Mostefa Lacheraf, évoquant cette période, n'a-t-il pas déploré à Tunis en 1968 qu'«on exploitait abusivement l'héroïsme guerrier»? De son côté, allant dans le même sens, Mourad Boureboune faisait dire au héros du Muezzin (1968) : «Marre de tous les pays en quête de héros positifs !»
C'est que les nouveaux romanciers qui s'affirment progressivement, particulièrement dans la langue de Molière, tels que R. Boudjedra, M. Farès, M. Boureboune, A. Lemsine, M. Achour, R. Mimouni, T. Djaout,etc., prennent de plus en plus leurs distances vis-à-vis d'une certaine langue de bois et s'essayent dans de nouvelles thématiques, souvent audacieuses s'attaquant aux tabous et idées reçues, tandis que les auteurs anciens, tels que Dib, Mammeri, A. Djebar, continuent d'interroger le passé, tout en se projetant dans l'avenir incertain.
Ces auteurs traitant, d'une manière générale, de sujets pluriels et féconds, cernant les contradictions sociales, l'aliénation culturelle, la dépendance sociopolitique et économique, la mainmise de la religion, l'emprise des mœurs sur la vie sociale, la condition féminine, humaine de l'exploitation de l'homme par l'homme, les milieux de la marginalité, etc. Et à propos de ce point, le regretté Rachid Mimouni disait lui-même qu'il écrivait «pour les marginaux, les paumés, les laissés-pour-compte.»
D'une manière générale, la littérature de la phase d'indépendance, après un temps d'enlisement dans le culte du héros positif en cette période post 1962 de la mise en avant de la célébration des actes héroïques des hauts faits de guerre et de résistance anticoloniale, a commencé à quitter progressivement les sentiers surannés du thème obsédant de l'adversité étrangère, servant souvent de prétexte aux pouvoirs en place afin de dissimuler bien des tares compromettantes chez soi.
Cette littérature d'expression française que d'aucuns, tel que Albert Memmi, lui ont prédit d'être «condamnée à mourir jeune», aujourd'hui, bien au contraire, elle se renouvelle et rayonne de plus belle, ne cessant de surprendre même le lectorat des deux rives de la Méditerranée et au-delà. En se penchant notamment sur les divers tourments des êtres, les questions préoccupant leur vie, leur avenir, si bien que, comme la souligné Michel Butor le roman devient «recherche».
Et, comme indiqué plus haut, l'œuvre littéraire nous apparaît, de ce fait, comme en effet le reflet d'une époque ou son miroir (allusion Stendhalienne) lorsque le romancier prospectant la période ou son milieu conjoncturel, le fait à l'image d'un «para- historien», est-on tenté d'écrire, et ce via le contenu narratif de son texte littéraire offrant un tableau, de surcroît assez objectif, contribuant à la restitution réanimée (magique pourrait-on dire) d'un certain vécu, d'un certain âge, d'un certain temps, d'une certaine circonstance, d'un certain moment marquant.
Autrement dit, en cette phase évolutive succédant à l'immédiateté postindépendance, une nouvelle tendance s'est dessinée prenant à bras-le-corps le questionnement de notre devenir, aspirant à un renouveau qui puisse aller au-delà des désillusions des lendemains de l'indépendance qui déchantent. Et c'est à juste titre que des observateurs perspicaces ont vu dans l'œuvre littéraire,- des plus tranchants pardi,- «le refuge d'une conscience libre», une œuvre devenant par les temps qui courent un moyen de communication, de médiation, sondant les univers aussi bien extérieurs qu'intérieurs des êtres, dans l'affirmation d'un réseau de significations traduisant la sensibilité et degré esthétique de la créativité originale de son auteur.
Il y a longtemps que les romanciers algériens ont signifié qu'ils ont pris acte de cette nécessité de renouvellement et de ressourcement périodiques dans cette aventure de l'écriture,à l'image des écrits pluriels questionnant notre existence de la panoplie des plumes nouvelles qui se sont distinguées dans l'idiome du Français, tels que les Yasmina Khadra, Salim Bachi, Taieb Belghiche, O. Merad, Azziz Chouaki, Anouar Benmalek, Salim Bachi, Nina Bouraoui, Maissa Bey, Sarah Haider, Kamel Daoud, Hamid Grine, etc., ou dans celui de l'arabe, tels que les Waciny Laredj, Abdelkader Hamid, Bachir Mefti, Noureddine Saadi, H'mida Layachi, Zineb Laouedj, Ahlam Mosteghanemi, Sarah Haider, Amine Zaoui, Abderrezak Boukeba, Yasmina Salah, Samira Guebli, etc.
Tous ces écrivains qui surprennent souvent par leur style original, art de relater, transcrire et transposer des faits du réel ou du monde intime de la psyché, - certains écrivant dans les deux langues du français et de l'arabe, - concourent à inscrire par leur habile doigté, une œuvre considérable dans le champ réservé des hautes productions littéraires : celles du talent de l'individualité de l'écrivain au style générateur de changements, aspirant au bien-être social, à la paix, au mieux-être citoyen, à davantage de liberté, de droits de l'homme et de la femme, etc., et qui via l'esthétique et vérité prônée par le «sacerdoce» de son écriture, tend à dégager le sens de valeurs nouvelles qui se font au jour le jour.
Dans cette optique, la littérature algérienne d'expression plurielle s'est grandement enrichie de nouveaux apports et atouts esthético-artistiques, tant au plan du contenu thématique que celui des diversités des formes langagières des multiples récits caractérisés par un style assez particulier, se voulant innovant, démarqué, tout à fait aux antipodes de l'orthodoxie thématique et formaliste des pionniers fondateurs. La caractéristique de ces changements se distinguant par cette volonté des écrivaines et écrivains d'aller résolument de l'avant, bousculant tabous, idées reçues, le politiquement correct, etc., et faisant la part belle au libre cours de l'expression individuelle de l'intimité ou de la contestation des impositions des normes de l'establishment, etc., tant réprimés et étouffés par le passé, du fait de la censure ou de l'autocensure.
Le renouement
Et toujours dans ce contexte d'éléments enrichissants, ce qui a constitué un apport inestimable et fécond pour la littérature algérienne – et qui la renoue avec ses sources culturelles patrimoniales originelles,- c'est incontestablement l'affirmation de la littérature d'expression amazighe.
Naturellement, si les contes, récits, poésies populaires, etc., inhérentes à cette dernière datent depuis la nuit des temps, le roman amazigh est, par contre, relativement récent, le chercheur Amar Améziane, mentionnant que c'est des années quarante, du siècle passé, que daterait la naissance du premier texte littéraire berbère : L wali n Wedrar signé Belaïd Aït-Ali, ( 1909 – 1950), de son vrai nom Belaïd Izarar, originaire de Azru Uqellal, région de Aïn El Hammam (voir interview dans le Jeune Indépendant du 07/11/2006).
Il a fallu attendre jusqu'aux années 1980 pour voir la publication d'autres œuvres littéraires d'expression berbère, le roman Asfel, de Rachid Alliche marquant un début de floraison du genre, suivi, entre autres, de Ungal (roman kabyle), après des débuts difficiles, sur tous les plans.
L'esthétique de la nouvelle forme littéraire diffère, bien entendu, des caractéristiques de la structure traditionnelle des textes fondateurs s'inspirant des mythes et légendes, la nouvelle tendance s'inscrivant progressivement, dans la mouvance du roman réaliste, à l'image,entre autres, des textes d'auteurs émergeants tels que Zenia, Nekkar, Uhemza et surtout Rachid Alliche, Amar Mezdad, ces deux romanciers se distinguant par leur structure du récit éclaté (Tughalin et Ass - Nii, Amar Mezdad). Tout comme l'auteur Brahim Tazaghart, auteur-éditeur, qui considère tradition et renouveau sous un rapport de complémentarité dans le projet d'une œuvre littéraire amazighe, à la fois rattaché aux sources patrimoniales et ouvert sur la modernité universelle.
C'est ainsi que le roman amazigh amorça son tournant historique dans la forme moderne, et à l'instar de Brahim Tazaghart, d'autres écrivains comme Saïd Chemakh, Laïfa Aït Boudaoud, Yazid Oulansi, Mohand Aït, ou encore Tahar Ould Amar, pour ne citer qu'eux, ne tardent pas à accoucher d'œuvres littéraires amazighes nouvelles, témoignant ainsi de ce renouvellement des styles et structures narratives classiques.
Citons, entre autres, les œuvres romanesques Le chant des cigales (Laïfa Aït Boudaoud) ; Didida (Yazid Oulansi) ; Bururu (Tahar ould Amar) ; Tafrara, Ighil d wefru (Salem Zenia) ; Adfel Urghu, (Amar mezdal ), ou le recueil de nouvelles el traductions en tamazight de l'écrivain Mohand Aït Igil qui traduisit, entre autres, le dernier roman de Tahar Djaout…
Ces premières tentatives de roman amazighe abordent, en général, dans un style tamazight des plus simples et sans fioritures, selon ses auteurs, une thématique par contre assez complexe, se situant entre l'inévitable quête identitaire et le conditionnement des contradictions sociales de la société algérienne.
Ainsi, ce souci de spécificité identitaire préoccupant, surtout quand l'artiste, en général, est pris entre le marteau et l'enclume, subissant d'une part les affres de l'idéologie dominante du conformisme des constantes nationalistes exclusives d'un pouvoir en retard sur bien des acquis démocratiques d'Octobre 1988, consacrant notamment le plurilinguisme et multiculturalisme, et confronté, d'autre part, au danger guettant de la violence des extrémistes islamistes radicalement négateurs de tout pluralisme d'idées.
Cela dit, la jeune littérature amazighe moderne relève tant bien que mal le défi de son affirmation progressive, et ce, malgré les grandes difficultés auxquelles elle fait face.
Aujourd'hui, après les acquis glanés, la littérature algérienne usant de l'idiome national du tamazight - qui a constitué un genre particulier, à une étape transitoire déterminée de l'histoire du pays, - est en train de s'ouvrir sur une autre phase, tout à fait autre : celle annonciatrice de perspectives nouvelles, rompant fondamentalement avec les considérations esthético- artistico-littéraires des tendances surpolitisées et noyées dans les partis pris idéologiques d'auparavant.
Autrement dit, se dessine une littérature des temps autres que ceux du passé, rejoignant par là la tendance actuelle de ses sœurs algériennes d'expression française et arabe, à l'histoire souvent magnifiée par la majorité des écrivains prédécesseurs, fervents des classiques thématiques à thèses, vis-à-vis desquelles l'option de la littérature actuelle prend relativement ses distances.
La tendance est au travail de l'esthétique, la fluidité de l'imaginaire, le libre cours aux accents poétiques, etc., pour ne point en rester là, avec la caducité du rabâchage des anciens modes d'expression devenus inopérants et pour cause : un récit littéraire romanesque n'a pas à être confondu avec les rigueurs d'un essai à caractère historique soucieux de se conformer, autant que faire se peut, à la stricte fidélité des faits passés.
Ainsi, ces innovations fréquentes, prônées dans les nouvelles productions littéraires algériennes, dans les trois idiomes de l'arabe, du tamazight et du français, qui témoigneraient de ce souci constant de prise en compte des valeurs incontournables de la République universelle des arts et lettres : ce qui ne signifie point, -comme ont tendance à l'interpréter les traditionnels gardiens du temple - que ces œuvres pluralistes modernes se démarquent de toute authenticité. Bien au contraire, elles s'inscrivent toutes, - par-delà les temps qui les séparent et distinguent des œuvres antécédentes marquantes du patrimoine culturel national, commun, – dans cette même dynamique historique spécifique à l'algérianité mosaïcale en incessant devenir.


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