L'Algérie devrait faire un diagnostic précis sur son potentiel de partenariat industriel pour se lancer dans la coproduction. Celle-ci consiste, pour une entreprise donneuse d'ordre, à faire fabriquer des composants intermédiaires industriels ou encore des modules technologiques complets, à forte valeur ajoutée, par une entreprise partenaire dans un pays émergent. « Il n'y a pas de diagnostic connu sur le potentiel de partenariat industriel avec les étrangers en Algérie ni de données précises ni de méthodologie de mesure des potentiels », a indiqué, hier à Alger, El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à Paris Dauphine en conférence organisée par le Club d'action et de réflexion autour de l'entreprise (Care). Ce dernier recommande de « sortir de la sous-traitance dans la chaîne d'assemblage et se mettre au niveau des biens intermédiaires car, pour l'instant, le pays importe essentiellement des biens intermédiaires et finis, sans en exporter ». Cet économiste parle de niches à gros potentiels de coproduction comme la pharmacie, la pétrochimie, l'électronique, l'informatique et l'agroalimentaire. Mais le préalable reste la formation. « En Algérie, une manne de jeunes diplômés est là en attente de formations spécifiques. C'est un capital humain à former en 6 mois ou un an », a-t-il affirmé. L'autre préalable est l'intégration progressive des entreprises locales dans cette chaîne de production qui pourrait être de 20 ou 30%. Aujourd'hui, selon M. Mouhoud, les partenaires étrangers sont à la recherche de pays où les capacités technologiques sont disponibles et non pas d'une main-d'œuvre bon marché. Des cas de coproduction timide en Algérie Mlle Sahnoun, cadre au ministère de l'Industrie, a fait savoir, en réponse à l'intervention du professeur Mouhoud, que « le ministère a lancé des appels d'offres pour la réalisation d'études de filières pour la mécanique, l'électrique et l'électronique ainsi que le pharmaceutique afin de déterminer leurs potentiels ». Pour sa part, le vice-président du Conseil national économique et social (Cnes), Mustapha Mekidèche, a cité quelques cas de coproduction « réussis » comme le groupement de textile et celui de la sidérurgie avec les Turcs ou encore dans le dessalement de l'eau de mer avec l'américain General Electric. Pour ce qui est du retrait de l'Algérie du projet Desertec, production de l'électricité à partir du solaire, qui est un cas de coproduction, M. Mekidèche a souligné que « tant que les tarifs de l'électricité restent élevés en Europe, l'Algérie ne peut y prendre part ». Enfin, l'éducation nationale et l'enseignement supérieur devraient être au cœur de la stratégie de coproduction. Leur financement représente 2,5% à 3% du Pib alors qu'il se situe entre 16% et 17% en Tunisie, au Maroc, en Egypte et en Turquie, selon M. Mouhoud.