La préparation de l'après-pétrole et la substitution des importations, en forte hausse ces dernières années, repose notamment sur l'imminent engagement d'une stratégie de diversification économique et industrielle, a affirmé hier à Alger El Mouhoub Mouhoud, professeur d'économie à l'université Paris Dauphine. Les importations ont sensiblement augmenté suite à la progression du pouvoir d'achat de l'économie algérienne, à la faveur de la remarquable hausse des prix du pétrole. La production s'est, en revanche, concentrée principalement sur les hydrocarbures, au détriment des industries manufacturières, a noté M. Mouhoud dans son intervention à la rencontre-débat sur la «Coproduction et substitution des importations : réalité algérienne», organisée par le Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise (Care) avec le soutien de la Fondation Friedrich Naumann. Cependant, «cette tendance n'est pas forcément bonne car elle ne permet pas l'inclusion, particulièrement, des jeunes sur le marché du travail», a averti l'économiste, qui craint la persistance du chômage de masse. Il recommande, à cet égard, l'encouragement de la coproduction, qui peut être «un moyen pour mettre en œuvre une stratégie industrielle» intégrant les jeunes dans le marché du travail et par la même, rattraper le retard technologique. Mais, explique M. Mouhoud, pour impulser une industrie diversifiée, il est nécessaire de développer la coproduction, qui est l'une des armes stratégiques. La coproduction, poursuivra l'économiste, repose sur un principe de partenariat. Il consiste, pour une entreprise donneuse d'ordres, à faire fabriquer des composants intermédiaires industriels ou encore des modules technologiques complets à forte valeur ajoutée, par une entreprise partenaire dans un pays émergent qui dispose de capacités productives et doté d'une main-d'œuvre qualifiée peu onéreuse. La coproduction, basée sur un partage de la chaîne des valeurs, est la plus appropriée car elle génère une plus importante valeur ajoutée et permet d'obtenir un niveau plus élevé de rentabilité, contrairement à la sous-traitance qui consiste en un simple assemblage de biens importés. Offrant la possibilité d'améliorer la qualité des produits industriels et de donner l'occasion de créer des partenariats avec des groupes mondiaux, la coproduction est nettement différente des pratiques des entreprises qui délocalisent ou sous-traitent seulement les activités d'assemblage à faible valeur ajoutée dans les pays à bas salaires. Dans l'industrie automobile, par exemple, la coproduction consiste en la production de modules entiers qui exploitent les avantages comparatifs de l'économie algérienne. L'Algérie peut réussir dans le domaine de la coproduction à condition de mettre en œuvre des stratégies d'intégration. Cependant, les PME algériennes ne sont pas compétitives et souffrent également de carences en matière de formation de leurs ressources humaines, qui manquent aussi de professionnalisme. La question de la formation professionnelle est un préalable à la mise en place d'une stratégie de coproduction. Selon le spécialiste, l'Algérie peut soutenir les secteurs de la pétrochimie, de la pharmacie, de l'informatique et de l'électronique à travers lesquels il serait possible d'enclencher une production intermédiaire avec des entreprises étrangères pour servir le marché algérien et régional notamment. Il est nécessaire également de chercher des niches dans les secteurs porteurs dans les marchés régionaux et d'avenir. Pour l'Algérie, préconisera M. Mouhoud, les récentes mesures de facilitation et d'encouragement pour la création d'entreprises doivent être rehaussées par des stratégies de long terme à travers d'autres mesures qui ne se limitent pas à celles du financement de court terme. Outre la définition des priorités industrielles et de formation, l'Algérie, a-t-il recommandé, doit exploiter son potentiel géographique et développer des partenariats avec le reste du monde et ne plus se limiter aux partenariats traditionnels avec les pays de l'Union européenne.