Le Premier ministre, Abdallah al-Thani, reprend ses quartiers. Il est sorti victorieux du bras de fer qui l'opposait à son rival Ahmed Miitig, intronisé par le bloc islamiste, accusé par des députés libéraux de manœuvre frauduleuse pour atteindre le quorum des 121 voix requises. Le verdict de la Cour suprême, jugeant « anticonstitutionnelle » l'élection de Miitig, ouvre assurément de nouvelles perspectives pour un règlement négocié et définitif de la crise. Dans son volet politique, la fin du bicéphalisme assure un retour à un équilibre institutionnel conforté par le retour à la légitimité et à la consécration de la primauté de la loi. Le Conseil général national (CGN) a annoncé avoir « obtempéré à la décision de la justice ». Son vice-président, Salah el-Makhzoum, a validé, lors d'une conférence de presse, la primature d'Abdallah al-Thani qui revient par la grande porte aux affaires gouvernementales. La bataille de la légitimité, présentée par le grand perdant Miitig comme un « acquis pour la consécration de l'Etat de droit », constitue un sérieux revers pour la coalition islamiste représentée au CGN par les Frères musulmans du Parti de la justice et de la construction (PJC) et les radicaux d'Al Wafa, soutenus par les milices de Misrata, accompagnant l'entrée en force de leur candidat au siège du gouvernement. Cette avancée, qui bannit le recours à la force, donne toute sa crédibilité au Premier ministre, disposant d'un mandat légal pour remettre sur les rails un pays en décomposition, tenu de main de maître par des milices régnant par la loi des armes et livré à l'internationale terroriste déployant ses tentacules à l'Est, de Benghazi hanté par le spectre d'Ansar Al Charia à l'« Emirat » de Derna, et vers le Sud érigé en sanctuaire d'Aqmi. Dans son évaluation sur « les menaces transnationales en Afrique du Nord », traitées dans un forum organisé à Alger par le Nesa (Near East South Asia Center for Strategic Studies), le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, est revenu sur la réalité intangible du « printemps arabe » qui a servi de matrice idéologique et logistique aux groupes terroristes pour « accroître leur influence et leur force matérielle ». Le constat de Lamamra sur la « complexité et la transnationalité des menaces terroristes » prend toute sa pertinence dans l'existence d'une toile d'araignée établie dans la région sahélo-saharienne, au cœur de l'Afrique centrale et occidentale, et alimentée par l'« arsenal à ciel ouvert » libyen. Que fera le gouvernement légal d'Abdallah al-Thani pour conjurer le péril montant du terrorisme pour lequel le général Khalifa Haftar se donne « mandat » pour son éradication totale ? Des combattants en Syrie affluent, à l'appel du guide spirituel d'Ansar Al Charia, Mohamed el-Zwahi, à Derna par bateaux entiers.