Résumé de la 1re partie n Mme Sinclair donne un chien à Richard Chapmann... Il décide de l'appeler Dick. La maladie des yeux dont il souffre est effectivement incurable en cette année 1952. Mais tout ira mieux maintenant qu'il y a Dick. L'avenir est infiniment moins noir, au propre comme au figuré. 14 décembre 1952. La vie de Richard Chapmann a changé du tout au tout depuis quatre mois. Non parce que son acuité visuelle a baissé plus vite que prévu - cela il l'a supporté avec beaucoup de sang-froid - mais le grand changement dans son existence : Dick. Il a entrepris de dresser ce dernier le jour même où Dorothy Sinclair le lui a donné. D'abord, connaître son nom et obéir à la voix. — Dick, ici ! Dick, rapporte ! Au pied, Dick ! Mais tout cela n'était que le début car Dick s'est tout de suite révélé extraordinairement doué... En prévision de l'infirmité, hélas inévitable, qui l'attendait, Richard Chapmann lui a appris tout ce qui lui serait bientôt indispensable : faire les courses par exemple. Et Dick a donné toute sa mesure. Au bout de quelques semaines, il savait aller tout seul chez les principaux commerçants et rapporter le nécessaire quotidien. Richard Chapmann lui avait attaché sur le dos deux sacoches de cuir tenues par une ceinture, un peu comme le bât d'un âne, et Dick revenait une heure après avec un bifteck, des légumes, des fruits, du pain, de la bière... Mais ce n'est pas tout ! A la maison, Dick a su rapidement reconnaître les objets en entendant leur nom, et les apporter : — Dick, va me chercher ma pipe et mon tabac ! Dick, donne-moi ma robe de chambre !... Et Dick arrivait avec la chose demandée dans la gueule, tout haletant, les yeux brillants de malice. Richard se penchait pour le regarder et imprimer son image dans sa mémoire pendant qu'il en était temps encore... Du berger allemand, Dick avait presque tout, sauf le museau, qui était tout noir, mais il avait surtout un air comme aucun animal : un air humain ! Mme Sinclair n'en revenait pas. — Ça, on peut dire que vous vous y connaissez en dressage ! Quand je pense qu'il était si pataud quand je vous l'ai donné ! Mme Sinclair n'était pas la seule à s'émerveiller. Dans tout le quartier d'abord et bientôt dans tout Stockton, Dick a vite fait sensation. On se pressait sur son passage, tandis qu'il allait d'un magasin à l'autre en tirant la langue, avec ses deux paniers à provisions sur le dos. On tentait de le cajoler, des enfants lui offraient des bonbons. Mai Dick n'en voulait pas. Dick ne s'arrêtait pas, Dick poursuivait imperturbablement son chemin, fidèle à sa mission, fidèle à son maître... Six mois ont encore passé. Nous sommes début juillet 1953. Ce jour-là, Richard Chapmann est en train, comme à son habitude, de prendre le frais sur sa terrasse. Il ne voit rien venir mais il est prévenu par les furieux aboiements de Dick. Il s'agit d'un homme, vêtu d'un costume blanc et portant un chapeau texan. Il se découvre poliment. — Je me présente : Derek London, imprésario... Dick continue à émettre des grognements sourds. Richard Chapmann s'adresse à lui d'une voix fâchée : — Ça suffit, Dick ! Laisse ce monsieur tranquille... Derek London a un sourire. — Ne grondez pas votre chien, cher monsieur. C'est pour lui que je suis ici. — Pour Dick ? — Oui ! Je passais en voiture dans Stockton lorsque je l'ai aperçu avec son attirail sur le dos. Le temps de demander votre adresse et me voici... Monsieur Chapmann, votre chien doit faire du cinéma. (à suivre...)