Performance - Le spectacle était magnifique, un pur moment de recueillement spirituel. C'est dans une ambiance typiquement soufie que le public a pu apprécier, hier, à la salle Ibn Khaldoun, la performance des derviches tourneurs venus de Konya (Turquie). L'assistance a été invitée, à l'initiative de l'établissement Arts et Culture, à s'immerger dans la tradition séculaire de ces «moines soufis». Le spectacle était magnifique, un pur moment de recueillement spirituel, plongeant le public dans une infinie sérénité religieuse, régénératrice d'émotions nouvelles et translucides. Le silence était de rigueur, il s'imposait pour créer un environnement favorable à cette atmosphère de quiétude, de pureté et de mysticisme qui se dégageait dans une instantanéité saisissante à laquelle les derviches se livraient avec autant d'intelligence que de maîtrise et de justesse. Leur performance était habile, aisée. Le mouvement que les tourneurs exécutaient était fluide, aérien, d'une grande souplesse, comme s'ils s'apprêtaient à prendre imperceptiblement leur envol vers les cimes célestes. Les pas s'exécutaient avec adresse : vêtus d'une longue tunique blanche et d'une toque cylindrique en poil de chameau, les tourneurs pivotaient sur scène au son du ney et sur fond de percussions (tambour appelé daf), accompagnés de chants religieux, ils tournaient sans perdre l'équilibre en traçant des mouvements circulaires, le cercle est à chaque fois répété. Les derviches tournaient infatigablement, presque à l'infini, sans avoir le vertige, la main droite levée vers le haut, alors que la gauche est tournée vers le bas. Cette position des mains s'avère symbolique : la droite levée vers le ciel recueille la grâce divine que le derviche transmet à la terre par la main gauche tournée vers le sol. Tout cela se faisait avec délicatesse et élégance. Le chant, le son du ney et le rythme des percussions ponctuaient la performance chorégraphique des derviches tourneurs. Et à mesure qu'ils tournent, leurs rotations se font de plus en plus rapides jusqu'à ce qu'ils entrent dans un état de transe et d'extase mystique. Ils entraient dans une contemplation intérieure euphorique. L'expérience était telle que le public s'est laissé naturellement transporter dans cet univers où il entrait pleinement dans une exaltation suprême. Le jeu des derviches tourneurs, qui se faisait naturellement et inlassablement, n'est autre qu'une prière, menant à l'union suprême avec Dieu. Et le derviche tourneur ne pourrait être qu'un intermédiaire entre l'inspiration céleste, dépourvue de toute matérialité, et la vie terrestre qui, elle, en revanche, est faite de ces choses périssables. Avec les derviches tourneurs, l'on se sent d'emblée atténué, lénifié, entré dans une félicité intérieure ineffable. Notons que les derviches tourneurs renouvelleront l'expérience avec le public, ce soir, à la salle Ibn Khaldoun.