Résumé de la 149e partie ■ Chantal devina le drame intime qui se jouait dans le cœur du pasteur et rompit le silence le plus doucement possible. Elle ouvrit Pour préparer l'arrivée de Bébé. Son aiguille commença à courir sur un carré de toile qui se transformerait rapidement en couche. Noël approchait : il ne fallait pas que le nouveau petit Jésus, qui allait naître, fût tout nu par sa faute. Elle cousait depuis une bonne heure quand, les marches de son escalier craquèrent de nouveau : l'aumônier catholique était devant, elle. Décidément, pensa-t-elle, mes professeurs se succèdent... — Ne bougez surtout pas ! lui dit le Père Rivain. Je vois avec plaisir que le travail avance, et que les regrettables incidents dont nous avons été les témoins et failli être les victimes n'ont pas arrêté votre ardeur. C'est bien, mon enfant. J'étais venu pour votre leçon de grammaire et d'orthographe. Nous allons faire d'une pierre deux coups : continuez à coudre et écoutez-moi. La règle des participes est au fond très simple... Chantal eut la surprise de recevoir de très bonne heure le lendemain, une lettre de Mme Royer. C'était la preuve que le courrier aéropostal fonctionnait normalement entre Makogaï et la France. Cette seule pensée lui donna une immense joie ainsi que la première partie de la lettre. Mais subitement le ton changeait : Chantal dut s'y reprendre à plusieurs fois pour lire un passage où MmeRoyer lui annonçait des choses inouïes, à peine croyables... Tout d'abord, elle lui racontait, sans ménagements, que Jacques était mort, frappé d'une attaque d'apoplexie dans son bureau. Sa mort avait été belle : il n'avait pas eu le temps de souffrir. Dans une lettre jointe à son testament et adressée à sa femme, il révélait sa liaison avec Chantal et le secret qui le liait à elle. Il ajoutait qu'il n'avait jamais compris le départ de la jeune femme et qu'il ne pouvait pas croire qu'elle eût accepté de renoncer à tout ce qui faisait sa joie de vivre pour un homme, si beau et si séduisant fût-il. Cette fatuité de vieillard exaspéra Chantal, mais ce qui la rendit folle était l'idée que l'agent de change n'avait pas craint de livrer par écrit, avant de disparaître, un secret que personne n'aurait dû connaître... La fin de la lettre était embarrassée. Quand Chantal eut terminé la lecture des feuillets de papier pelure couverts d'une écriture serrée, elle fut prise d'un malaise atroce qui la fit chanceler. Elle dut s'agripper à la table du living-room pour ne pas s'écrouler et faire appel à tout ce qui lui restait d'énergie pour ne pas se laisser sombrer dans une crise de désespoir ou de folie. La mort de Jacques ne la touchait que peu, bien qu'elle éprouvait un léger serrement de cœur en pensant à l'attitude parfaite qu'avait eue cet homme, même après sa fuite éperdue. (A suivre...)