Résumé de la 159e partie ■ Chantal a l'impression que toute la joie de Noël s'en allait devant la sinistre réalité du traitement... Elle ne répondait pas et restait couchée sur le côté, la figure obstinément tournée vers le mur de la chambre. Marie-Ange continua quand même : — Ce matin, j'ai le temps de vous tenir un peu compagnie : je n'avais que votre piqûre à faire. Nous laissons dormir les malades, qui ont veillé tard hier ; ils étaient très nombreux à notre messe de minuit. Chantal restait farouchement muette. La petite sœur hasarda ; — Je crois avoir bien agi en vous amenant ces enfants... Alors Chantal éclata en sanglots. Marie-Ange laissa s'apaiser cette peine, puis sa douce voix murmura : — Auriez-vous donc un cœur de mère ? Vous avez un enfant, là-bas ? La jeune femme hurla de désespoir : — Ils veulent me le prendre ! me le voler quand je suis loin... —Votre enfant ? demanda encore plus doucement Marie-Ange. Chantal ne répondit pas ; la petite sœur insista : — C'est un beau petit garçon... Je m'en suis doutée le jour où vous avez suggéré un nom au Père Rivain : votre fils s'appelle Daniel... Chantal releva la tête, farouche : — Vous me volez mon secret à l'heure où d'autres cherchent à me prendre mon enfant. Oui, j'ai un fils qui n'a pas de père. Il n'a que moi sur terre pour l'aimer. Et bribe par bribe, lambeau par lambeau, Marie-Ange connut l'histoire de Daniel et de sa maman.., La petite sœur apprit que, cinq mois après la première visite de Mme Royer à Chantal dans le bel appartement du boulevard Suchet, cette dernière a déclaré à la directrice de «Marcelle et Arnaud» : — Vous m'avez prouvé, par votre silence vis-a-vis de Mme Berthon que vous étiez discrète. Aussi vais-je vous confier une grande nouvelle : je suis enceinte ! — De qui ? avait demandé spontanément la directrice. — Mais... de Jacques ! avait répondu Chantal après une courte hésitation. — Qu'en dit-il ? — Il est très ému, confia Chantal en baissant les yeux. Quand aucun doute n'a plus été possible, il a même eu cette phrase magnifique : «Jusqu'à présent, je te considérais un peu comme ma fille, mais, à dater de ce jour, je t'aimerai doublement puisque tu es aussi la mère de mon premier enfant.» — Quel excellent homme s'exclama Mme Royer. — Je suis venue vous voir, continua Chantal, pour vous demander d'être marraine. — Accepté d'avance ! — Bien entendu, Jacques, que j'ai mis au courant de la visite que j'allais vous faire, m'a priée de vous demander la plus grande discrétion. (A suivre...)