La diplomatie, ce moyen de trouver des solutions pacifiques aux problèmes internationaux, vit des moments durs, traduits par son incapacité d'empêcher la machine de guerre que mène l'armée israélienne contre des civils palestiniens sans défense. En subissant la voie des armes, qui font plus de 500 tués en une semaine -le bilan le plus lourd en un jour depuis 1967-, la diplomatie des instances est en train de perdre ses derniers mythes. Ni le spectre d'un drame humanitaire, qui plane fortement sur la région de Ghaza, ni le parapluie sélectif de la défense des droits de l'Homme que brigue, de façon variable, l'Occident, n'ont amené les «Etats civilisés» à imposer le choix de la paix au détriment de celui de la guerre. Dans le respect total de la diplomatie à géométrie variable, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est opposé à l'adoption de résolutions non contraignantes pour Israël. Après quatre heures de discussions sur la situation qui prévaut à Ghaza, le Conseil de sécurité n'a pu dégeler le niet américain quant à un salvateur appel à l'arrêt des raids israéliens sur les populations palestiniennes. Les Américains, de leur côté, barricadent souvent les chemins de la politique pour privilégier le langage militaire dès qu'il s'agit d'Israël. Dans le monde arabe, la présente conjoncture a prouvé, une fois de plus, la «disjonction» entre les peuples et les régimes en mal de légitimité. Sur le Vieux Continent, les dirigeants, décidément poussés par les dénonciations populaires, multiplient les appels à un cessez-le-feu immédiat. Les chances de voir les attaques de l'armée israélienne s'arrêter demeurent néanmoins très minimes, sinon insignifiantes, si l'on tient compte de la stature des acteurs des œuvres diplomatiques entamées de manière accrue depuis hier au Moyen-Orient. Il suffit de savoir que toute négociation devrait passer par le président égyptien, Hosni Moubarak, pour prédire la poursuite du crime. L'espoir d'un arrêt des hostilités s'étiole davantage devant l'intransigeance de la partie israélienne qui, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, déclarait hier, en réponse aux appels des diplomates européens, qu'«Israël a agi de manière à changer la donne qui prévalait avant l'opération militaire, alors que le Hamas tirait sur Israël quand il le désirait et qu'Israël faisait preuve de retenue». Le pessimisme de la raison est de mise, notamment avec le rappel lancé par un habitué de la table des négociations. En déclarant que «la diplomatie la plus activiste de notre temps, la française, manque d'influence tant auprès d'Israël que du Hamas», Jan Egeland, le diplomate norvégien qui avait participé aux accords de paix d'Oslo en 1993, vient de certifier que nous sommes dans l'ère de la diplomatie des sourds. A. Y.