Le oui massif pour le projet d'autonomie de plusieurs régions de l'est de l'Ukraine, même rejeté par les Occidentaux et Kiev, constitue bien une évolution importante dans le bras de fer qui oppose les deux camps depuis l'éclatement de la crise. Il faut convenir aujourd'hui que les Occidentaux ont mal joué dans cette partie aux aspects géopolitiques évidents. En soutenant au départ une «révolution» qui ne pouvait pas avoir l'approbation de la majorité des Ukrainiens, les Occidentaux ont indubitablement pris un risque aux conséquences mal calculées. Et aux résultats aux antipodes de leurs espérances. Il était évident que les nouvelles autorités de Kiev n'avaient point les moyens de construire un large consensus et surtout ne disposaient pas non plus d'une légitimité incontestable. Historiquement les régions russophones d'Ukraine qui sont entrées en rébellion ont toujours regardé l'Ouest avec suspicion. L'objectif des Occidentaux devenu obsessionnel au fil de la crise était de s'assurer d'un pouvoir antirusse à Kiev. Mission quasi réussie, mais à quel prix ? L'Ukraine se retrouve aujourd'hui dans la pire situation de son histoire. En encourageant de façon unilatérale un saut «révolutionnaire» dans l'illégalité, les Occidentaux ont ouvert la boîte de Pandore. Les différentes parties en présence dans cette crise ne se sentant plus tenues par un quelconque légalisme. Résultat : après la perte de la Crimée, rattachée à la Russie après référendum, les régions de l'Est s'installent durablement dans un processus de séparation. Ainsi la «victoire sur Moscou» voulue par les Occidentaux aura pour résultat une situation plus catastrophique : la décomposition du pays. Le gouvernement de Kiev qui prône un discours belliqueux dépassant ses moyens ne reconnaît pas le choix du peuple au Donbass. Et feint d'oublier que du point de vue du droit son arrivée au pouvoir est le résultat de l'éviction d'un Président élu. Aujourd'hui l'on se retrouve devant le paradoxe où les Occidentaux veulent de Moscou une action dans le sens de contenir les russophones alors que la porte de la déstabilisation a été ouverte à Kiev. Avec la caractéristique de taille : le mouvement est venu par la rue et non par les urnes. Il y a présentement un énorme déficit de légitimité que les campagnes propagandistes les plus sophistiquées ne peuvent combler. Le seul effet de ces campagnes est en réalité celui qu'on refuse : approfondir le clivage d'un pays plus que jamais écartelé entre l'Occident et la Russie. M. B.