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L'islamisme au secours de la crise identitaire au Maghreb
En raison de l'échec des Etats indépendants à mener à bon port leurs projets de société
Publié dans La Tribune le 13 - 12 - 2011

Les Maghrébins auraient donc connu le sort du corbeau qui, n'ayant pas «réussi à imiter la démarche de la tourterelle, a oublié sa propre démarche». Ce proverbe populaire illustre parfaitement la profondeur de la crise identitaire qui caractérise tous les pays maghrébins et qui se traduit par une dislocation sociale que ni les structures traditionnelles ni les structures modernes n'ont pu contenir. Une sorte de développement inégal et combiné a favorisé la cohabitation violente de deux modes de vie antagoniques et non conciliables : le conservatisme et la modernité. Le premier tire sa force du sentiment d'exclusion et le second de sa proximité du pouvoir. Paradoxalement, aucun camp ne dispose d'une majorité stable lui permettant, le cas échéant, d'imposer, par la force de la loi et la légitimité des urnes, une dynamique de stabilisation de la société à travers un projet de société clair et viable. A la lumière des expériences vécues aussi bien en Tunisie qu'au Maroc et en Algérie au lendemain des indépendances, on peut aisément conclure qu'en raison des ressemblances des symptômes de la crise identitaire des trois sociétés, les causes seraient plus profondes pour être liées aux choix politiques différents entre les trois pays. Les trois sociétés ont subi un traumatisme colonial qui les a sevrées d'une identité assumée pendant des siècles et qui a été, à tort ou à raison, assimilée à toute l'histoire glorieuse du Maghreb au Moyen-Age et sous l'empire ottoman.
De la position de dominant à celle de dominé
La chute de Grenade et «la perte» de l'Andalousie ont été un choc terrible pour les Magrébins qui ont accueilli les réfugiés andalous musulmans et juifs sans distinction. Les visées dominatrices des conquistadors les poussaient à menacer les rives sud de la Méditerranée, ce qui a contraint les Maghrébins à faire appel aux armées des Frères Arrouj pour les protéger. La venue des Ottoman au Maghreb a permis à ce dernier de reconquérir la Méditerranée et à s'imposer comme une puissance économique et militaire et ce tout au long des trois siècles allant du XVIe au XVIIIe siècles. La revanche de l'Europe a été terrible quand elle s'est partagée les provinces ottomanes et a soumis les peuples à son diktat politique, culturel et économique. De la position de dominants et de maîtres de tout le pourtour méditerranéen, les Maghrébins sont devenus des dominés et des sujets de puissances coloniales chrétiennes. Au-delà de la spoliation des richesses, des expropriations, le colonialisme français a porté atteinte à la sacralité des lieux saints comme les mosquées qui ont été transformées en églises. Les Maghrébins ont vécu cette situation comme une double agression puisqu'il s'agit de l'occupation physique de l'espace et une acculturation à travers une atteinte à l'identité et à l'imaginaire. Tout au long de la présence coloniale, tous les Maghrébins, notamment la majorité des exclus du système colonial dans toutes ses manifestations, allaient nourrir une haine profonde et indélébile à tout ce qui symbolise et représente l'occupant, sa culture et son mode de vie. Ce rejet du modèle occidental incarné par le colon allait marquer l'imaginaire des Maghrébins et déterminer leurs réactions et attitudes mentales, comportementales et culturelles pendant la période de résistances et de luttes d'indépendance et pendant toute la période postcoloniale. Les réflexes ataviques anti-occidentaux ont été théorisés et intellectualisés par des courants politiques et sociaux structurés avec des nuances qui séparent les tendances nationalistes indépendantistes des mouvances islamisantes et le mouvement d'idées modernistes assimilationnistes. Ces trois courants ont existé dans les trois pays maghrébins. Si ce dernier a été complètement rejeté par la société et s'est confiné dans une chapelle élitiste, les nationalistes et les islamistes ont réussi à s'enraciner dans un terreau social analphabète et ne faisant pas la nette distinction entre les nuances politiques et idéologiques qui séparent par exemple le PPA-MTLD des Oulémas en Algérie. Si les partis nationalistes avaient pour rôle de former le militant qui libère le pays, les Oulémas allaient préparer le lit idéologique du recouvrement de l'identité musulmane spoliée et «dénaturée». Au lendemain des indépendances, au Maroc, c'est le roi qui incarne l'Islam à travers le statut de Commandeur des croyants, en Algérie, l'islam sera religion d'Etat avec le fonds idéologique des Oulémas comme référence identitaire, en Tunisie, c'est l'Etat laïque qui s'impose à une société en totale déphasage avec ce concept et son corolaire juridique.
Les blessures coloniales sont béantes
Les trois Etats se sont ainsi inscrits dans des dynamiques théoriques de modernité et de progrès socioculturel sans créer les conditions objectives devant niveler la société par le bas en hissant le niveau social de façon égalitaire et en offrant des chances à tous les citoyens pour accéder au bien-être, à l'épanouissement et au progrès. Les disparités sociales au plan matériel sont exacerbées par des disparités culturelles qui allaient favoriser l'émergence de deux sociétés antagoniques dans le même espace politique. Les stratifications sociales ne sont pas le produit d'une évolution naturelle étalée sur une longue période pour que les populations intériorisent cette réalité et l'admettent. Elles sont le résultat d'une répartition injuste des richesses et des chances transformant ainsi la haine atavique à l'Occident colonial en une haine fratricide entre nantis et pauvres, entre modernes et conservateurs, entre quartiers de la même ville, entre francophones et arabophones… L'islam des Oulémas traditionnels, intégré dans le discours officiel, allait être dépassé par l'islamisme moderne avec toutes ses nuances et clivages. Frères musulmans et salafistes vont investir tous les espaces publics et propager leur doctrine qui rompt avec l'islam officiel et séculaire pour en faire le vecteur de la résistance, de la lutte pour le recouvrement de l'identité «pure» et pour en finir avec des régimes accusés d'être les héritiers de valeurs occidentales et pour instaurer l'Etat islamique sur la base des valeurs qui ont fait l'âge d'or des musulmans. C'est toujours par opposition à l'Occident, ses valeurs, ses symboles et sa représentation que les islamistes mobilisent les masses, cultivent l'imaginaire et formatent les esprits.
Quand l'Occident renforce les islamistes
Comme si les blessures béantes du passé colonial ne suffisaient pas à servir de référent mobilisateur et de catalyseur pour les islamistes, l'Occident a instrumentalisé l'islamisme dans sa guerre froide contre le bloc socialiste tout au long des années allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la chute du Mur de Belin. Les courants politiques et de pensée dominant aussi bien au Maghreb qu'au Moyen-Orient pendant les années de lutte anticoloniales jusqu'aux années quatre-vingts étaient d'obédience progressiste et de gauche qui se réclamaient tous du camp anti impérialiste. A quelques exceptions près, la majorité des Etats arabes s'inscrivaient aussi dans le tiers-mondisme et le non-alignement, ce qui les plaçait implicitement du côté du bloc de l'Est. Pour y faire face, l'Occident à travers les Etats-Unis a opté pour la stratégie de l'entrisme en soutenant financièrement et militairement les islamistes radicaux pour combattre le «péril rouge» grâce à la «vague verte». La fin des années 1970 a été marquée par deux événements majeurs qui allaient donner des ailes aux islamistes : la triomphe de la révolution islamique en Iran et les accords de Camp David. Il s'agit là d'un tournant décisif et d'un moment charnière où la domination des courants dits progressistes allait céder la place à la montée en puissance des islamistes qui vont s'imposer comme alternative aussi bien au nationalisme ronronnant qu'au tiers-mondisme battu en brèche. Ce phénomène a été plus visible en Palestine, véritable laboratoire des mutations idéologiques et politiques du monde arabe et en Algérie qui était «La Mecque des révolutionnaires». Après l'éclatement du bloc de l'Est et le retrait des Russes d'Afghanistan, la mission stratégique des islamistes était considérée par l'Occident comme achevée. Mais le monstre a pris du poids et a défini ses propres objectifs. Voulant le combattre là où il a été le plus renforcé, l'Occident avec son armada militaire, ses médias, ses intellectuels et ses partis de droite et d'extrême droite, s'est engagé dans une véritable «croisade» contre l'Islam. Du moins, c'est ainsi que l'opinion publique musulmane a perçu cette offensive qualifiée de «choc des civilisations ».
Les révoltes arabes donnent le ton et la mesure
Le même Occident soutien les révoltes de jeunes facebookistes qui se sont soulevés contre un ordre castrant et abortif aspirant à la liberté et à l'épanouissement social et économique. Mais l'Occident savait-il qu'une fois que la révolte occupe la rue, ce sont les forces structurées qui en profitent et qui en cueillent les dividendes. D'autant plus qu'au-delà de la perception manichéenne des réseaux sociaux arabes, la sociologie des jeunes révoltés est aussi disparate qu'hétérogène politiquement. Les islamistes sont devenus le recours pour les électeurs qui veulent prendre leur revanche d'un Occident arrogant, de régimes politiques corrompus et d'une élite qui méprise la plèbe. Tel est le sentiment qui sous-tend le choix des électeurs en Tunisie, en Egypte et au Maroc. L'Occident est face à la récolte des graines de la haine qu'il a semées pendant toute la période coloniale et postcoloniale. Les régimes sont face aux résultats de leurs politiques rentières et à plat-ventristes devant les puissances impérialistes. L'élite moderniste maghrébine est aujourd'hui face à son échec patent d'avoir méconnu ses sociétés et d'avoir déserté le terrain au profit de salons feutrés. La montée de l'islamisme est le résultat de la banqueroute des pseudo-projets de société concoctés dans des officines loin des préoccupations réelles des populations qui n'ont jamais été associées à la prise de décision. Ce phénomène est le produit de toutes les dictatures coloniales et nationales qui considèrent les peuples mineurs à vie et qui s'imposent comme tuteurs à vie. Cette vague qui emporte dans son élan tous les discours modernistes, générés par une lame de fond laissée- pour-compte marginalisée et exclue de toute vie politique, sociale, culturelle, économique.
A. G.


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