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Merah victime du prosélytisme et des conditions socioéconomiques
Un jeune délinquant inconnu devenu ennemi n°1
Publié dans La Tribune le 23 - 03 - 2012

De notre correspondant à Paris
Merzak Meneceur

Inconnu il y a une dizaine de jours, il est devenu l'ennemi public n°1 avant de finir abattu d'une balle dans la tête jeudi à Toulouse, sa ville natale. Tel est le destin de Mohamed Merah, Français âgé de 23 ans. Un jeune carrossier qui est passé en quelques années de la petite délinquance de quartier au terrorisme assassin au nom d'une perversion absolue de l'Islam et de ses valeurs. En quelques jours, Merah a tué sept personnes. Trois militaires, deux à Montauban et un à Toulouse, dont deux de confession musulmane. Paradoxe de l'histoire, l'un des soldats est d'origine algérienne, comme lui, a 23 ans comme lui, est musulman, comme lui, et se prénomme Mohamed, comme lui. Son autre attentat sauvage commis à Montauban a éliminé de cette terre trois enfants juifs, 3, 6 et 10 ans, et un rabbin professeur.Dans une France en émoi, il a fallu ce dernier meurtre pour que le pouvoir politique déclenche la grande alerte, mobilise tous les moyens policiers et judiciaires qui, en très peu de jours, arrivent à identifier l'auteur des crimes, le localiser et finalement l'abattre après un siège de 32 heures de l'appartement où il s'est réfugié par une unité d'élite de la police (le Raid). Ce résultat final est à la fois une réussite, l'avoir mis hors d'état de nuire pour toujours, et un échec vu que l'ordre donné par le pouvoir politique était de l'arrêter. Ce qui provoque une polémique en France, jusqu'à l'ancien chef de l'unité d'élite de la gendarmerie, Christian Prouteau, accusant pratiquement d'amateurisme la méthode employée par le Raid contre un individu seul, confiné dans un lieu précis, sans otages. Mohamed Merah a rapidement été identifié parce qu'il figurait sur les fiches de la police pour avoir effectué deux séjours en Afghanistan et au Pakistan en 2010 et 2011. Mais le travail des intégristes aurait commencé dans une prison en France où il a purgé une peine en 2008. C'est un jeune, pur produit de la société française, qui a fait l'objet d'un lavage de cerveau classique pour passer du sympathique voisin, qui a juste commis quelques larcins, à l'assassin froid, cynique, au nom de la cause palestinienne, qui n'a point besoin d'un tel énergumène, et afghane parce que des militaires français se trouvent dans le pays des talibans. Aux ordres d'Al-Qaïda ou d'Aqmi, peu importe, connaissant les modes d'organisation de ces mouvements terroristes du moment. Il en a revendiqué l'appartenance idéologiquement et agit selon leurs méthodes d'action et leur choix des cibles à atteindre. La question qui fait aussi
polémique en France est pourquoi la Direction centrale du renseignement intérieur (Dcri), qui disait suivre à la trace Merah, n'a rien vu venir. Il aurait fait des cambriolages pour disposer de l'argent nécessaire à l'armada de fusils et de pistolets qu'il a pu acquérir. La preuve qu'il n'était pas suivi à la trace ? Une défaillance du système de surveillance des renseignements généraux ? Les agents du renseignement du sud-ouest de la France n'ont plus les moyens d'assumer leur mission ? Ce sont là des questions qui sont posées par les milieux antiterroristes et des personnalités politiques en cette période de campagne électorale présidentielle. Celle-ci a été mise entre parenthèses pendant quelques jours, avant de rependre jeudi dernier, permettant au président-candidat Nicolas Sarkozy d'être omniprésent sur le terrain et occupant le champ médiatique. Ce qui est un avantage qui commence à se traduire par des points gagnés dans les sondages. Par ailleurs, l'identité de Merah et de ses motivations font craindre à la communauté musulmane de France une instrumentalisation et une stigmatisation dont elle pâtira. Ses représentants, avec la solidarité de ceux de la communauté juive de France, ont rapidement réagi. Reçus deux fois par Sarkozy, ils demeurent vigilants face aux risques d'un accroissement de l'islamophobie et de la «psychose». Pour Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, il faut absolument rejeter «l'amalgame», qu'il ne faut pas mélanger «la religion musulmane à 99% pacifique et ces mini-petites franges de gens décidés à faire un mal atroce». Hier, avant la prière traditionnelle, il a lancé un appel aux musulmans : «Nous voulons dire à nos frères et sœurs que chacun est ambassadeur de la religion pour être un modèle de citoyen et s'éloigner de toutes tentations à salir la religion musulmane». Intéressante aussi la réaction de l'imam de Bordeaux, Tarek Obrou, qui a dit que les dérives comme celle de Merah sont «prévisibles». C'est son expérience qui parle lorsqu'il explique : «On connaît tous les profils violents dans nos mosquées, des fidèles qui frôlent les cas psychiatriques, passent de la délinquance à l'ultra-religiosité, sont en rupture familiale, sociale et religieuse. Malheureusement, le
discours de certains religieux embarque des musulmans dans un rapport de forces avec la société.» Comme quoi, la lutte contre le prosélytisme des intégristes passe d'abord par l'anéantissement du terreau socioéconomique et culturel qui lui permet de «chasser» ses proies. Et là c'est toute la question de la réussite de l'intégration des jeunes Français issus de l'immigration qui est posée une nouvelle fois.


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