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Renault-Nissan : Réunion au sommet pour surmonter l'affaire Ghosn
Publié dans Le Maghreb le 27 - 11 - 2018

Des hauts responsables de Renault-Nissan vont tenter cette semaine d'éviter qu'une lutte de pouvoir mortifère entre les deux constructeurs ne menace leur coopération, après l'arrestation du P-DG de l'alliance, Carlos Ghosn, accusé au Japon de fraude fiscale et de détournement de fonds. Des dirigeants des deux constructeurs et de leur partenaire Mitsubishi doivent se retrouver en milieu de semaine à Amsterdam, dans le cadre de comités opérationnels qui étaient déjà prévus avant l'arrestation de Carlos Ghosn le 19 novembre dernier, ont confirmé les groupes.

"Il n'y a pas de changement dans notre relation concernant l'alliance", a déclaré un porte-parole de Mitsubishi.
Alors que Nissan et son actionnaire à 43,4% Renault ont assuré qu'ils feraient tout pour préserver l'alliance, le directeur général du constructeur japonais, Hiroto Saikawa, qui a remplacé prestement Carlos Ghosn pour assurer son intérim à la présidence du groupe, a estimé que l'alliance ne devait plus à l'avenir être dominée par Renault.
Selon la NHK, Carlos Ghosn, 64 ans, et son ex-bras droit chez Nissan et complice présumé, Greg Kelly, ont rejeté les accusations selon lesquelles ils auraient tenté de dissimuler au fisc une partie des revenus du dirigeant franco-libanais et qu'il aurait détourné des fonds pour un usage personnel.
Le conseil d'administration de Renault s'est abstenu pour sa part mardi de démettre officiellement Carlos Ghosn de ses fonctions de PDG du groupe français et a choisi de nommer un tandem composé de Thierry Bolloré et de Philippe Lagayette pour assurer l'intérim. En coulisse, des divergences importantes sont apparues sur les droits accordés à Renault dans le cadre des accords portant sur l'alliance entre les deux groupes, ont déclaré des sources proches du dossier à Reuters. Nissan, le partenaire le plus puissant en terme de ventes, a de nouveau appelé Renault à renoncer à sa participation de contrôle sur le groupe japonais. Après l'éviction le 22 novembre de Carlos Ghosn du conseil de Nissan, Renault a informé Hiroto Saikawa qu'il prévoyait de nommer un quatrième administrateur, s'appuyant sur les termes de l'accord de 2002 sur l'alliance. Dans sa réponse officielle, le DG de Nissan a contesté ce droit à Renault. Le groupe français dispose actuellement de trois administrateurs au conseil de Nissan, dont Carlos Ghosn, dont le mandat de président ne peut être révoqué qu'en assemblée générale.

Pression des investisseurs
Bruno Le Maire, le ministre français de l'Economie et des Finances, est revenu dimanche sur la question de l'alliance, appelant une nouvelle fois à ce que les charges qui pèsent sur Carlos Ghosn soient rapidement communiquées au gouvernement français et à Renault.
Il a réaffirmé son souhait de voir l'alliance se renforcer "en respectant les participations croisées telles qu'elles sont aujourd'hui", à savoir la part de 43,4% de Renault dans Nissan, qui ne possède en contrepartie que 15% du capital de Renault sans droits de vote.
Il est aussi "préférable" que les règles de gouvernance, qui prévoient que le président de l'Alliance est aussi celui de Renault, "ne changent pas", a-t-il encore dit. Les velléités d'indépendance d'Hiroto Saikawae sont toutefois encouragées par certains actionnaires, qui souhaitent que la décote du titre Nissan liée à la participation de contrôle de Renault soit levée. "La relation entre Nissan et Renault doit être rééquilibrée", observe dimanche Arndt Ellinghorst, analyste chez Evercore. "Nous appelons Renault à ramener sa participation dans Nissan (...) à environ 25% et à en utiliser le produit pour racheter ses propres titres." Jeudi, lors de la réunion du conseil de Nissan, les administrateurs de Renault ont eux aussi voté en faveur de l'éviction de Carlos Ghosn. Ils ont pris cette décision après avoir consulté une note interne de 400 pages, sans pouvoir partager cette information, y compris avec les dirigeants du constructeur français, a-t-on appris de sources proches du dossier. La réunion d'Amsterdam devrait permettre à Thierry Bolloré et à Hiroto Saikawa de se retrouver face-à-face pour la première fois depuis l'arrestation de Carlos Ghosn, ont indiqué des sources proches des deux groupes. "Ce sont des réunions purement opérationnelles", a toutefois précisé un responsable de Renault. Chacun des trois membres de l'alliance a tenu à souligner que la coopération au sein de l'alliance se poursuivait normalement.
Nissan a toutefois annulé le lancement le 28 novembre à Yokohama et à Amsterdam d'une nouvelle version hautement performante de sa voiture électrique, la Leaf. Un porte-parole de Nissan n'a fourni aucune explication à ce report et a déclaré que la société n'avait pas encore fixé de nouvelle date pour cette annonce.

Pas une revue de l'alliance
Le directeur général de Nissan Hiroto Saikawa n'a pas suggéré lundi qu'une revue de la structure actionnariale de l'alliance avec Renault était requise, alors qu'il a déjà déclaré par le passé que l'alliance ne devait plus être dominée par le constructeur français.
Renault détient 43,4% de Nissan alors que le groupe japonais a 15% de Renault, sans disposer de droit de vote. Hiroto Saikawa, qui assure la présidence par intérim de Nissan depuis l'arrestation du P-DG de l'alliance Carlos Ghosn accusé au Japon de fraude fiscale et de détournement de fonds, s'est exprimé lors d'une réunion avec les salariés du groupe. Auparavant, le quotidien économique Nikkei avait cité le directeur général disant aux salariés que la "relation avec Renault ne se fondait pas sur une base équitable".
Un porte-parole de Nissan a déclaré qu'Hiroto Saikawa avait à nouveau parlé de la trop grande concentration de pouvoirs dans les mains d'une seule personne - Carlos Ghosn est également P-DG de Renault et était, jusqu'à son éviction jeudi, président de Nissan. Cette situation n'encourageait pas les autres membres des conseils de Renault et de Nissan de communiquer directement entre eux, préférant faire remonter les décisions à Carlos Ghosn.

Mitsubishi annonce à son tour l'éviction de Ghosn
Mitsubishi Motors a annoncé lundi que son conseil d'administration avait voté en faveur de l'éviction de Carlos Ghosn, accusé au Japon de fraude fiscale et de détournement de fonds, du poste de président du constructeur automobile japonais, imitant ainsi Nissan. Mitsubishi Motors précise qu'Osamu Masuko, son actuel directeur général, est nommé président par intérim. Carlos Ghosn, toujours en détention, est encore P-DG aussi bien de Renault que de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Mardi, le conseil d'administration de Renault s'est abstenu de démettre officiellement Carlos Ghosn de ses fonctions de PDG du groupe français et a choisi de nommer un tandem composé de Thierry Bolloré et de Philippe Lagayette pour assurer l'intérim.

Carlos Ghosn nie les accusations qui le visent
L'ex-patron du groupe Renault-Nissan Carlos Ghosn nie toute dissimulation de revenus et les malversations dont il est accusé, a affirmé dimanche la chaîne de télévision publique japonaise NHK. Le Franco-Libano-Brésilien, qui est resté formellement P-DG de Renault, ne s'était pas exprimé depuis son arrestation lundi à Tokyo. Interrogé par la justice, M. Ghosn n'a pas fait usage de son droit à garder le silence et a indiqué n'avoir jamais eu l'intention de dissimuler des revenus, selon des sources non identifiées citées par NHK. M. Ghosn, toujours en garde à vue au Japon, a été arrêté lundi dernier en même temps que son bras droit, l'Américain Greg Kelly. Il est soupçonné d'avoir dissimulé ses revenus de président du conseil d'administration de Nissan à hauteur de 5 milliards de yens entre juin 2011 et juin 2015. Il lui est reproché d'avoir fait la même chose pour les trois exercices comptables suivants, ont indiqué vendredi les quotidiens nippons Asahi Shimbun et Nikkei, soit un total de 8 milliards de yens, l'équivalent de plus de 62 millions d'euros de revenus dissimulés aux autorités financières japonaises.
Celui qui a été révoqué jeudi de la présidence du conseil d'administration de Nissan est également suspecté de ne pas avoir déclaré un bonus de plus de 30 millions d'euros lié à des plus-values dégagées sur les actions, selon Nikkei. L'agence de presse Kyodo a de son côté affirmé que Nissan avait payé la soeur de Carlos Ghosn 100.000 dollars (87.900 euros) par an depuis 2002 pour une mission de conseil fictive. M. Kelly a lui aussi nié les allégations dont M. Ghosn fait l'objet, indiquant que les salaires de ce dernier avaient été versés comme il se devait, selon des informations de médias japonais publiées dimanche. Nisssan avait mis en place une équipe "secrète", incluant des membres du conseil d'administration, pour enquêter en interne cette année sur des soupçons de destruction de preuves par M. Ghosn, selon des sources citées par l'agence de presse Kyodo News.


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