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Pouvoir, business et scandales: les "liquidations" sous Bouteflika et après
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 16 - 08 - 2019

ALGERIE15/08/2019 11h:02 CET | Actualisé il y a 23 heures
huffpostmaghreb.com
Sous Bouteflika, les entreprises liées à des affaires de corruption présumées sont mises en liquidation. Après Bouteflika, ce sont les hommes d'affaires et une partie de la façade politique qui sont "liquidés" par voie judiciaire. Pour les entreprises concernées, on ne parle pas de "liquidateurs", mais d'administrateurs.
Avec les sulfureusement politiques affaires Khalifa, BRC – et aussi l'Union Bank, la première banque privée algérienne dirigée par Brahim Hadjas -, les maître-mots ont été la "liquidation" et les "liquidateurs". Khalifa et ses filiales et BRC, filiale de Sonatrach, auraient pu, selon beaucoup d'experts, être repris totalement ou en partie dès lors qu'ils étaient financés par de l'argent public. Mais comme ce sont des entreprises où l'interférence du pouvoir politique était forte, le choix de la liquidation a été pris, comme s'il s'agissait de faire disparaître le corps du délit.
Le cas de BRC (Brown Roots and Condor), une joint-venture de droit algérien créée en 1994 ( 40% Sonatrach, 11% par le Centre de recherche nucléaire de Draria (CNRD) et 49% par KBR, la filiale du groupe américain Halliburton) liquidée en 2007 a défrayé la chronique. Sous le titre "pourquoi liquider BRC" Ihsane El Kadi relevait dans une chronique économique publiée le 19 février 2007 que l'entreprise était financièrement viable, emploie 1900 travailleur, détient des créances importantes et a accumulé une expertise réelle dans certains travaux de réalisations.
Toutes les raisons étaient réunies, même si le DG de l'entreprise Moumene Ould Kaddour était poursuivi pour surfacturation, pour que Sonatrach préserve son outil. Pourtant, le pouvoir politique en a décidé autrement. La liquidation a été menée tambour battant, confirmant les craintes exprimées par le chroniqueur qui avait conclu que cette liquidation sera " suspecte au point de ressembler à une destruction délibérée de pièces à conviction dans l'enquête judiciaire en cours.Un reproche entendu plus d'une fois au procès Khalifa de Blida."
Le choix de liquider l'ensemble du groupe Khalifa a été, lui aussi critiqué, certaines filiales pouvaient être reprises d'autant que les révélations ont montré que c'est essentiellement de l'argent public – beaucoup plus que cela des épargnants privés – qui a été aspiré dans cette affaire qui a marqué le début des années Bouteflika.
Le procès de l'affaire Khalifa, qui a été géré pour ne pas aller trop loin a compté plus de 75 accusés et quelques 300 "témoins" dont l'ex-ministre des Finances, l'éphémère Premier ministre et très longtemps ministre, Abdelmadjid Tebboune, l'ex-ministre de la justice puis Président du Conseil constitutionnel de Bouteflika, Tayeb Belaiz, sans oublier l'ex-SG de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Said. L'ex "patron" de l'UGTA i avait avoué lors du procès tenu au tribunal de Blida qu'il avait rédigé un procès-verbal sanctionnant une réunion fictive du conseil d'administration de la CNAS pour placer les fonds de l'organisme chez la Khalifa Bank.
Sidi Said, c'est un cas assez unique dans les histoires judiciaires, partira tranquillement chez lui après cet "aveu", sans que la justice ne lui demande des comptes. Très clairement, le pouvoir politique, directement ou indirectement impliqué dans les scandales financiers, était pressé de liquider les entreprises concernées pour "clore" des dossiers encombrants.
Aujourd'hui, avec le mouvement populaire de contestation pacifique radicale du régime entamée le 22 février, une partie du pouvoir en liquide une autre. Deux Premiers ministres, des ministres, des cadres ministériels et des walis sont en prison en liaison avec des enquêtes pour corruption touchant les hommes d'affaires qui avaient pignon sur rue sous le règne de Bouteflika.
Si le pouvoir emprisonne une partie de sa devanture "politique", son objectif pour "satisfaire" une population qui mène un combat singulier, aussi pacifique que radical, est de "démontrer" qu'il est en train d'entreprendre un véritable assainissement. Ce pouvoir de fait ne cherche pas à masquer les "liens" entre les politiques et l'affairisme corrompu, il cherche au contraire à les exposer pour frapper les imaginations et convaincre.
Mais si on "liquide" les présumés corrompus, on veille à assurer que les entreprises privées dont les patrons sont à la prison d'El Harrach seront préservées. Ainsi on ne parle pas de "liquidation" ou de "liquidateurs" mais "d'administrateurs», ou d«administrateurs assesseurs». Le gouvernement se dit soucieux de préserver les 3000 emplois concernés – selon un chiffre publié dans les médias et qui paraît relativement faible. Le problème est en tout cas posé: les entreprises des hommes d'affaires emprisonnées, les 'Ali Haddad, les frères Kouninef et Mahieddine Tahkout, ont vu leurs comptes bancaires bloqués et leurs travailleurs sont sans salaires.
Cette "liquidation" d'un autre genre menée aujourd'hui est spectaculaire mais pour une partie des Algériens qui sortent dans la rue, les mardi et vendredi, elle ne fait que confirmer l'idée que la corruption n'est pas un dysfonctionnement ou un bug dans le système, mais qu'elle en est le principe de fonctionnement. D'où le rejet d'un changement dans le régime et l'appel insistant à un changement de régime.


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